A Omaha (Nebraska), l’entrepreneur français qui veut devenir le roi des flux entrants documentaires. A BPO story.

Publié le 24 mars 2022 par Magazine En-Contact
A Omaha (Nebraska), l’entrepreneur français qui veut devenir le roi des flux entrants documentaires. A BPO story.

Savoir collecter et vérifier les documents qui permettent par exemple de délivrer une Carte vitale, en combinant algorithme et opérateurs, un savoir-faire rare qui s’exporte. 

Il va devoir se rendre fréquemment à Omaha, Nebraska, la ville natale de Warren Buffett, mais il n’aura pas le droit pour autant de pénétrer dans les parties les plus confidentielles de l’usine qu’il doit construire, avec sa filiale américaine Flatirons Solutions Corporation. Depuis que le groupe qu’il dirige, et qu’il a bien l’intention de faire pivoter sur des métiers plus sexy et porteurs d’avenir que ceux de l’imprimerie, Thibault Lanxade, l’ancien vice-président du Medef, est parvenu à décrocher deux contrats d’importance dans un secteur d’avenir, bien que très concurrentiel, celui du BPO-BPM. D’autres acteurs français ou européens (Tessi, Comdata, Webhelp Payment Services, Everial, etc) déclinent la même stratégie mais, à date, l’ex-Jouve a plutôt bien transformé l’essai commercialement : le Conseil Constitutionnel vient de lui confier la gestion du portail des QPC, tandis qu’aux États-Unis, l’USPTO a confié à Flatirons Solutions Corporation la gestion de ses flux brevet d’un bout à l’autre, de l’acquisition à la publication. Dans une communication bien maîtrisée, les dirigeants du groupe évoquent déjà la place de leader mondial du Process Automation. Cette petite prétention mise à part et de bonne guerre, c’est la première fois aux États-Unis qu’une ETI française remporte un contrat impliquant des données sensibles. 

Alors ce contrat à 1,4 milliard dollars sur dix ans ? Ce petit bluff dans la communication bien huilée de Luminess dénote l’urgence du pivot et de la mutation que l’entrepreneur médiatique entend réussir. En réalité, le contrat de prestation de services est réparti avec un autre prestataire, RTIS, avec une clé de répartition indexée sur des KPI et degrés d’exécution qui pourront faire varier le volume de prestations confiées à chacun des prestataires de 25% à 75%. En réalité donc, Luminess encaissera sur les dix ans de 350 millions à 1,05 milliard de revenus. Pour ce qui est du contrat gagné au Conseil Constitutionnel, il est plus modeste et se chiffre en centaines de milliers d’euros, confirme Xavier Monmarché, directeur exécutif, le top gun commercial débauché chez Docaposte BPO. 

Pour en savoir plus 

« Concrètement, chaque fois que vous faites une demande de Carte vitale, ce sont les algorithmes mis au point par Jouve qui lisent, analysent et valident les documents envoyés par courrier ou via Internet avec l’appui d’opérateurs qui prennent le relais dès qu’une anomalie est signalée : 14 000 demandes sont ainsi traitées chaque jour. Ainsi que des demandes de remboursement de complémentaire santé, des documents liés à l’ouverture d’un compte en banque ou du Pass culture… En tout, 300 millions de documents sont traités chaque année.  L’ex-Jouve qui a vendu l’imprimerie l’an passé, dernière étape de la transformation en Luminess et en « entreprise entièrement digitale concentrée sur des marchés-clé : la banque, la santé, la propriété intellectuelle et l’administration ». Face à l’USPTO, Thibault Lanxade a pu, notamment, mettre en avant l’expertise acquise avec les Offices allemand et européen des brevets. (…) « Nous allons d’abord construire le moteur et la plate-forme technique en France. Ensuite, on va l’implanter aux USA et former l’équipe sur place », détaille le dirigeant. Aux sites de Mayenne, Laval (Mayenne), Rennes (Ille-et-Vilaine), Lens (Pas-de-Calais) et Paris, s’ajoutera bientôt celui d’Omaha dans le Nebraska choisi pour l’implantation de Jouve outre-Atlantique. Un millier de salariés vont y être embauchés, tous Américains. « C’est une condition impérative, comme le fait que toutes les données liées aux brevets soient traitées sur le territoire américain. Je n’aurai même pas le droit de pénétrer dans les parties les plus sécurisées », souligne Thibault Lanxade.

 

150 recrutements dans l’Hexagone

La France aussi va bénéficier de ce nouveau projet, avec 150 recrutements lancés, soit 10 % de l’effectif actuel. « Nous recherchons essentiellement des profils de développeur IT Bac + 3 à Bac + 5. » Le patron de Jouve n’anticipe pas de difficultés particulières pour attirer les bons profils du fait de « la dimension exceptionnelle du projet », mais également de l’impact de la crise sanitaire et du télétravail « Il y a un an et demi, il aurait été impensable pour nous de recruter un ingénieur basé à Montpellier (Hérault), ce n’est plus le cas », expose le PDG dont l’activité n’a pas souffert du Covid. « Nous n’avons pas eu besoin de solliciter un prêt garanti par l’État (PGE). » Pas de télétravail possible pour les opérateurs qui suivent les dossiers sur la santé ou bancaires. « Ce sont des documents sensibles qui doivent être traités chez Jouve. »

Source : Bénédicte Alaniou, 

Le Parisien

, Le 16 août 2021

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