Comment se « débarrasser » de 1877 salariés dans ses centres d’appels… silencieusement ?

Publié le 06 décembre 2012 par Magazine En-Contact
Comment se « débarrasser » de 1877 salariés dans ses centres d’appels… silencieusement ?

Un livre à paraitre le 20 décembre, une histoire vraie signée SFR service client. C’est cette histoire que raconte l’ouvrage qui paraîtra le 20 décembre (Malpaso éditions), et signé Eric Denjean, l’un des ex salariés de SFR service client. Rappelons qu’en mars 2012, la cour d’appel de Toulouse a condamné SFR et Teleperformance pour collusion frauduleuse lors de la cession des centres d’appels de l’opérateur ; une plainte similaire concernerait aujourd’hui Arvato pour le site de Poitiers. Depuis l’ex drh de SFR est devenu président : il s’appelle Stéphane Roussel.

 

Pour commander : Adresser un chèque de 20 € à MALPASO – 7, rue paul dupuy – 75016 – Paris – L’ouvrage sera adressé à compter du 24 décembre 2012 (frais de port offert jusqu’à la fin janvier 2013 )

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L’avocat qui a fait chuter SFR et Teleperformance

Un avocat indépendant de Montpellier a tenu tête à des grands cabinets parisiens. Et c’est notamment parce qu’il a réussi à se faire communiquer, avec l’appui de la Cour de cassation, le « protocole d’accord pour la reprise de l’activité des centres de contact clients concernés » qu’il a pu démontrer cette manœuvre.

Interview exclusive accordée à En-Contact en Mars 2012 par Maître Romain Geoffroy, avocat au barreau de Montpellier.

Concrètement, que s’est-il passé dans cette affaire ?
SFR a violé ses engagements en matière d’emploi. Ils s’étaient engagés à maintenir l’emploi dans leurs centres d’appels notamment, et ont parallèlement négocié un contrat de sous-traitance (que j’ai mis trois ans à obtenir, parce que j’ai dû aller jusqu’en cassation), dans lequel ils écrivent en substance : « on va céder nos centres d’appels. Comme on sait que les 1 877 salariés ne vont pas rester, on vous donne une soulte de cent millions d’euros pour financer les départs ». Ainsi, SFR s’est exonéré de toute obligation de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi – la restructuration ne les intéressait pas puisqu’ils ne voulaient plus de call centers. Ils ont dit à Teleperformance :

« voilà cent millions d’euros, débrouillez-vous avec, faites le plan de sauvegarde, tout le monde l’intégrera » – évidemment, puisque les salaires et avantages étaient moins importants chez Infomobile que chez SFR.

Vous parlez de 100 millions d’euros. A quoi correspond ce chiffre et comment l’avez-vous eu ?
Je leur ai fait « avouer » judiciairement devant la cour d’appel de Toulouse : ce chiffre est consigné dans le contrat de sous-traitance.

Qui selon vous est responsable dans cette affaire ?
Très clairement SFR qui dit d’un côté à ses salariés, dans un accord de GPEC* « on s’engage à maintenir l’emploi et négocie parallèlement en douce avec des prestataires comme Teleperformance ou Arvato en leur disant « notre cœur de métier n’est pas les call centers, on va vous transférer tout cela, mais comme on sait bien que tout cela va coûter une fortune, eh bien, on va financer les départs ». 1 877 salariés étaient concernés sur trois sites, à Lyon, Toulouse et Poitiers. Les sites de Lyon et Toulouse ont été cédés à Infomobile, filiale de Teleperformance, le site de Poitiers a lui été cédé à Arvato (ndlr : dans les faits à Aquitel, filiale d’Arvato). Au départ, je ne voulais mettre qu’SFR en cause, car pour moi c’est SFR le décideur, le fautif, le responsable des ruptures.

 

Maître Romain Geoffroy, avocat au barreau de Montpellier

 

Arvato, via la société Aquitel qui appartient au groupe, a-t-il également touché de l’argent ?
Je viens d’être saisi pour le dossier de Poitiers. Je n’ai pas encore le contrat mais je pense que oui. Ils ont touché de l’argent, je sais que le contrat existe.

Depuis quand êtes-vous saisi de ce dossier ?
C’est moi qui ai initié le dossier parce qu’à l’époque, j’étais avocat du Comité d’Etablissement de Toulouse. Lors de ce transfert, j’ai suggéré d’attaquer SFR qui était selon moi responsable des ruptures des contrats de travail. Maître Tiennot Grumbach, avocat au barreau de Versailles, m’a fait l’honneur de venir assister notre cabinet dans ce dossier.

Et les salariés vous ont écouté ?
Oui et je suis honoré de leur confiance.
C’est assez rare en France d’engager des procédures longues, incertaines et contre des grands groupes.

Une question d’ordre personnel : que vous a inspiré cette affaire ?
Je pense que c’est la plus grosse fraude identifiée et révélée à l’article 1224-1 du code du travail qu’on ait connue. A l’évidence SFR a volontairement détruit de nombreux emplois. Cela m’inspire et me donne beaucoup d’énergie pour faire cesser ce genre de pratique. Cela montre que ces multinationales ont une acception de la communauté du personnel très déshumanisée. Il ne s’agit pour eux que de gérer des activités, les femmes et les hommes n’étant qu’un outil qu’on place ou déplace au gré des contraintes de rentabilités. Il faut continuer de se battre.

*ndlr : Gestion Provisionnelle des Emplois et Compétences.

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