Matera, le néo syndic condamné et injoignable, lui aussi.

Publié le 26 janvier 2022 par Magazine En-Contact
Matera, le néo syndic condamné et injoignable, lui aussi.

Pratiques commerciales trompeuses. Back Market rejoint le club des entreprises et entrepreneurs poursuivis, un club aussi dense et couru que le Siècle. 

Veepee en fait partie mais a été relaxé. Sephora a été condamnée tout comme la SFAM, Comme J'aime. Vinted est poursuivi, tout comme Samsung, Zalando etc.. Le Erin Brockovich du secteur s'appelle HOP, l'association qui est parvenue à faire condamner APPLE à 25 millions d'euros d'amende, après une transaction pénale. L'obsolescence et les produits reconditionnés sont des sujets touchy. Utiliser, comme l'a fait l'équipe de Back Market, avec talent et persévérance, les codes de la complicité, de la proximité, n'est pas sans danger, lorsqu'on devient visible. Il existait jusque-là des responsables de l'allégresse, du Customer Delight au sein du 1er vendeur déclaré de smartphones re-conditionnés. On y embauche des Legal Counsel désormais.

La start-up Matera, qui s'était présentée en mars 2020, dans une campagne de publicité, comme une alternative efficace aux syndics, vantant son efficacité et sa disponibilité, par exemple, vient d'être condamnée par le Tribunal de Commerce de Paris pour dénigrement caractérisé des syndics qu'elle avait ciblés dans sa publicité en 2020. La Fnaim, Foncia (désormais Emeria) le SNPI et l'ANGC, l'association nationale des gestionnaires de copropriété, ont obtenu partiellement gain de cause devant le Tribunal mais ce dernier a reconnu l'activité de soutien aux syndics coopératifs comme légale. L'entreprise a été condamnée à verser 20000 euros à chacun des plaignants.

En d'autres termes et si l'on veut être très concret, Matera a moqué dans sa campagne les travers que de nombreux propriétaires dénoncent depuis des années chez les syndics, dont l'expérience client proposée est souvent perfectible. Mais c'est un peu l'histoire de l'arroseur arrosé: en sus de cette condamnation, depuis cette après-midi, Matera, qui a levé l'an passé 35 millions d'euros, a vu son site web tomber en carafe, de 13H environ à 20H, ce mercredi. Et dans les nombreux tests que la rédaction du magazine En-Contact a réalisés, se faisant passer pour un  client mystère de l'entreprise et depuis plus de 6 mois (dans le cadre d'un benchmark du service client chez les syndics qu'elle prépare), Matera est l'un des plus mauvais élèves testés sur le critère accessibilité téléphonique :l'entreprise ne répond jamais au téléphone ou presque, à part lorsque vous êtes un prospect en cours de réflexion au sujet de l'abonnement à son service :).  Elle propose en réalité un simple logiciel de gestion des charges, de suivi automatique de certaines tâches qui incombent à un syndic bénévole au sein d'une copropriété qui le mandate. Celui-ci est facturé et proposé pour un tarif somme toute conséquent, au regard de ce qui existe en vrai sous le “capot”: La rédaction du magazine En-Contact a, pour les besoins du benchmark, reçu deux offres commerciales, dont l'un pour une copropriété dans le Sud de la France: 8000 euros par an, quand l'offre d'un syndic professionnel s'établit à 11000 euros. Mais dans le 1er cas, c'est au syndic bénévole de tout faire qui dispose c'est vrai d'un joli logiciel en mode Saas. Bof bof… Comme le détaillent quelques rares clients mécontents dont les avis clients ont réussi à s'infiltrer parmi les avis élogieux, "c'est juste une plateforme où l'on dépose des factures (..) L'outil nous a été très bien vendu mais l'outil n'est pas souple et ne permet pas la reprise de comptes (..) en relation clientèle, on a l'impression d'avoir affaire à des jeunes geeks talentueux mais qui pensent détenir la vérité (..). Or, pour faire un travail de syndic efficace, la relation client est au coeur du métier: relance pour charges impayées, gestion des appels d'astreinte, résolution des sinistres au sein de la copro. Foncia, leader du marché, reçoit 2 millions d'appels par mois !

Matera ? Une start-up représentative des années 2020, qui pose une vraie question, celle de l'efficacité, de la réactivité des syndics traditionnels, du rapport prix payé/ service rendu, mais n'y apporte pour l'instant qu'un ersatz de réponse, bien marketé, selon nous : communiqués de presse tonitruants, avis clients soigneusement sélectionnés, argent levé consacré au growth, un peu trop exclusivement. Mais le meilleur est peut-être à venir ? Raphael Di Meglio, joint par nos soins à plusieurs reprises, et président de l'entreprise, n'a jamais décroché lors de nos appels. Nous ne nous étions pas présentés ni n'avons laissé de message, il est vrai. Lorsque vous mentionnez que c'est pour écrire un article, de nombreux patrons de start-up rappellent, vite. Nb: les premiers tests du service chez Matera ont débuté en Mai 2020, au sein du magazine. 

De nombreuses start-up, qui deviennent parfois des licornes, telle Back Market, consacrent de grands moyens et embauchent des experts du marketing, du SEO, afin de soigner leur communication commerciale et afin d'attirer les prospects sur leur site web. La bataille de la conversion s'engage alors. La limite est parfois délicate à trouver entre publicité séduisante et pratiques commerciales trompeuses. La plainte déposée hier par l'UFC Que Choisir contre Jung SAS, Back Market, est une parmi les très nombreuses plaintes de cette nature qui ont concerné des entreprises françaises: Sephora a été condamné en Octobre 2019, à 40 000 euros d'amendes. Re-condamnée à 200 000 euros, fin 2021 pour tromperie sur la concentration en spiruline de certains produit. Hop, l'association qui lutte contre l'obsolescence programmée est parvenue à faire condamner Apple.. à 25 millions d'euros d'amende. Mais Veepee a été relaxée, en 2022. Jacques-Antoine Granjon a évité la prison, ce qui est arrivé, pour pratiques commerciales trompeuses, à un entrepreneur médiatique du web, un jour, en France. 

Et au Maroc ? Parfois, parce qu'ils sont localisés dans des pays plus lointains, de gentils escrocs qui proposent par exemple de la gestion de e-réputation, tel Paul Trometter, échappent à nos associations, à la DGCCRF. A lire ici, une histoire de dealers de fiches Wikipédia.

La rédaction d'En-Contact. 

Visuel de une : l'une des affiches utilisées lors de la campagne de publicité de l'entreprise.

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