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Les néo-banques préférées des bandits, courtiers d'assurance indélicats et garagistes malins

Publié le 13 janvier 2026 à 04:30 par Magazine En-Contact
Les néo-banques préférées des bandits, courtiers d'assurance indélicats et garagistes malins

Les arnaques aux faux conseillers bancaires ont rapporté plus d'un milliard à leurs commanditaires en France, depuis qu'elles se sont développées. Des garagistes fantômes vendent de fausses plaques d'immatriculation, par milliers. Le règne du faux ne pourrait pas perdurer sans la complicité de certaines banques et établissements financiers. Pourquoi ?

Certaines banques sont peu regardantes sur l'argent qui arrive sur les comptes qu'elles ouvrent et gèrent, et d'autres peu rigoureuses sur les procédures de KYC (Know Your Customer). Deux livres ou publications permettent de mieux comprendre ces dérives, ces manquements, tandis qu'un numéro spécial de notre magazine sera consacré cette année aux garagistes et vendeurs de pièces détachées.    

La défaillance dans la connaissance client ou les procédures de sécurité 

On a lu et savouré Les Caméléons, l’enquête sur l’arnaque aux faux conseillers bancaires.  L'ouvrage a été en rupture de stock sur Amazon, une semaine seulement après sa sortie. Et c'est normal car c'est un véritable page turner, bien écrit, très documenté. Une enquête glaçante également car elle dévoile une partie peu connue et montrée des coulisses du monde bancaire, des opérateurs téléphoniques, du KYC. La justice, et ses représentants par contre, y apparait motivée et incarnée, simplement dépassée dès la ligne de départ, en raison de ses moyens limités au regard de l'ampleur de la fraude ; et des précautions qu'elle doit prendre, elle, pour taper fort et efficacement. 

On y découvre par exemple, que parfois le succès et la croissance de certains établissements bancaires, Fintech, sont liés à la grande latitude qu'ils s'autorisent dans la mise en place des procédures de contrôle et de KYC qui leur sont normalement imposées par les législations. Et les tribunes faciles que constituent et procurent certains médias, presse, chaines d'information continue, où rien n'est contrôlé, fact-checké ? 

Dans un monde de plus en plus ouvert, il importe de savoir avec quel partenaire on s’engage et à qui on confie ses avoirs. D'accepter peut-être, de payer pour savoir ce qui est vrai, faux, ou le service qui est délivré. De prendre le temps. 

N26, Revolut, Solfea, Banking Circle..
En 2024 la néobanque N26 s’est vu infliger par la BAFIN une deuxième amende de 9,2 millions d’euros, une sanction qui s’ajoute à celle déjà reçue dans le même pays et prononcée en 2021. Pourquoi cette amende ? Parce que la banque n’est pas suffisamment vigilante et rigoureuse dans l’application des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent sur sa plateforme, indique l’autorité de contrôle. Très concrètement, N26 accepte d’ouvrir des comptes sans avoir vérifié tout ce qu’elle doit « checker » sur un client et les flux qu’il apporte. Elle y gagne on suppose en coûts de gestion. 

Pour avoir voulu ensuite se remettre dans le droit chemin, N26 a alors mis un grand coup de barre à gauche, se mettant en France à fermer des comptes sans raison, explications, et à geler les avoirs de ses clients honnêtes, car il y en a de nombreux. Résultat, le groupe Facebook  « arnaqués par N26 » est riche de centaines de membres qui se partagent les bons tuyaux pour tenter de savoir comment on fait comprendre à un bot anémié et peu intelligent pourquoi... il faut restituer l’argent ! Car forcément, il y a derrière ces pratiques une autre habitude, celle d’automatiser à tout va le service et la relation client. Sans être aussi lacunaire, Revolut a également fermé de nombreux comptes bancaires, précisément pour ne pas subir les mêmes foudres que sa concurrente.  La précaution peut parfois être radicale : tous les détenteurs de compte ayant utilisé ce dernier pour acheter ou vendre de la crypto en p2p ont été flaggés, en même temps que ceux qui sont en relation avec eux. 

Il y a dix ans Solfea, l’ex Petrofigaz, fût parfois embarquée dans des affaires louches, contre son gré, parce que cette ex-filiale de Engie et de BNP Paribas Personal Finance est spécialisée dans la conception et le financement d’équipements pour économiser l’énergie. Quelques vendeurs et installateurs de panneaux solaires qui refinancent l’installation qu’ils ont vendue à un Factor ont souvent travaillé avec Solfea. La banque existe toujours, est une filiale à 100% désormais de BNP Personal Finance.

La BTR, la Banque Terrienne Russe et Ouest ont été deux banques également très compréhensives sur l’application de la législation. Elles ont été connues après qu'Alexandre Gregoriev les a mises dans la lumière. L’homme d’affaires y aurait déposé et fait transiter et blanchi plus de 20 milliards de dollars, entre 2010 et 2014. En mars 2014, la BTR se fait retirer sa licence. En Lettonie, ABLV a été forcée à la faillite après qu'un ministre du Trésor américain a mené des opérations de contrôle rigoureuses et prouvé que le blanchiment d'argent sale était au coeur du business model de la banque. Quelques années plus tard, la banque RIETUMU, installée en Lettonie également, sera l'une de celles largement utilisées par les escrocs impliqués dans la fraude à la TVA sur le CO2.

Treezor, filiale de la Société Générale

Treezor est un établissement monétaire agréé par l’autorité des banques qui fournit des solutions de paiement à une centaine de néo-banques qui, elles, n’ont pas l’agrément. Présentée comme la pépite de la finance, Treezor est pourtant, indirectement et à ses dépens, associé à des dizaines d’arnaques. Sur les sites et forums où de nombreux clients se plaignent de la banque, on peut lire par exemple : 

« Depuis le rachat d’Anytime par Treezor, mon compte professionnel est totalement bloqué : je peux recevoir des virements mais je ne peux plus transférer d’argent vers mon compte personnel. Résultat : mon argent reste bloqué chez eux et je ne peux pas l’utiliser, ce qui m’a mis en difficulté avec un découvert sur mon compte personnel. Le service client est difficilement joignable et n’apporte aucune solution concrète. Cette situation est inacceptable pour une banque professionnelle : une entreprise doit pouvoir disposer librement de ses fonds. Je déconseille fortement Anytime / Treezor tant que ces problèmes de gestion et de fiabilité persistent. »

Gagner du temps, être hassle free ?
Alors, si l'on vous propose demain d'effectuer un virement urgent sur Banking Circle ou Revolut, N26, Pixpay ou d'autres, prenez le temps de savoir à qui vous avez affaire et de vérifier la consistance de l'opération, du service qu'on vous propose de régler. Certes, une grande partie des opérations gérées par ces fintech, néo banques est conforme. Mais ce sont également celles qui sont, à cause de leur modèle économique, les plus légères en matière de contrôle et de KYC. Leur modèle économique incite à consacrer une grande partie de leurs ressources à l'acquisition de clients, le Growth, dans le jargon. Or, le gain de temps que pensent effectuer clients, banquiers, journalistes a son revers :

Début 2023, Revolut a été condamnée par un Tribunal du sud de la France pour avoir autorisé deux paiements urgents, pour une somme de 84000 euros, demandés par de faux courtiers. La banque n'a pas procédé aux vérifications qu'aurait dû susciter le montant du paiement. 

« De nombreuses start-up à travers le monde se construisent sur cette promesse de gain de temps. Le temps, c'est de l'argent ». Médiatique et toujours souriant, Jérémie Rosselli, le directeur général de N26 en France, est invité sur tous les plateaux, à Europe1, sur BFM, aux forums de l'ACSEL etc... En septembre 2017, il vantait dans Les Échos les gains de temps qu'apportent les acteurs disruptifs dans de nombreux métiers. Quel journaliste le fera questionner un jour, en direct, et argumenter avec un client de N26 dont le compte bancaire est bloqué sans raison et qui s'échine à dialoguer avec un bot dopé à l'IA, le simulacre de service client en général proposé ? 

Les garages fantômes, un bon sujet d'étude

« Garages fantômes » et fausses plaques sont devenus  un « phénomène de masse » difficile à endiguer, selon une note de la police. La privatisation du système d’immatriculation des véhicules (SIV) a ouvert une brèche majeure qui permet à des escrocs d’immatriculer massivement des véhicules. Dans une note interne datée de septembre 2025 et obtenue par Le Parisien, la Direction nationale de la police judiciaire reconnaît l’ampleur du désastre : le système français d’immatriculation des véhicules est gangrené par une fraude massive, difficile à combattre et qui prend de l’ampleur depuis huit ans. L’État a accordé des habilitations à quelque 34 000 « tiers de confiance » sans vérification sérieuse. Environ 4000 d’entre eux sont suspendus ou exclus chaque année, soit plus de 10 % du total. En général les individus mis en cause créent des micro-entreprises dans le seul but d’obtenir une habilitation préfectorale et de revendre ensuite leur accès au système. Ces intermédiaires proposent ensuite leurs services ouvertement sur des réseaux sociaux tels Snapchat, Facebook ou le Bon Coin, avec des tarifs séduisants et standardisés : 40 euros pour effacer la carte grise du précédent propriétaire, 80 euros pour mettre en règle une assurance etc (source: Le Figaro). 

Notre magazine a pu consulter 12 fraudes récentes qui ont donné lieu à des ouvertures de ticket de service client ou des plaintes : dans deux cas sur trois, les néo-banques évoquées plus haut hébergeaient les comptes des escrocs.   

Lucile Clément, la fantomatique Directrice de la relation abonnés de Télérama

Le premier hebdomadaire culturel de France par son audience, son nombre d’abonnés, a créé depuis des années une fantomatique Directrice des relations abonnés, signataire chaque année de centaines de milliers de courriers. Pourquoi une telle « falsification », est-elle habituelle dans ce secteur, la fonction de Directeur de la relation abonnés correspond-elle à un poste exposé ? 

La copie d’un courrier qu’envoie Télérama à ses abonnés. 

Lucile Clément n’existe pas.
Si vous êtes, comme plus de 500 000 abonnés en France, un fidèle lecteur et abonné de Télérama et que, négligent, vous laissez passer l’échéance de la fin de l’abonnement, vous recevrez probablement un courrier. Lucile Clément, sa signataire, Directrice des relations Abonnés vous y invite à ne pas rompre la relation que vous avez créée et à laquelle, Lucile, Flore Lavedan et les finances du groupe Le Monde (propriétaire de Télérama) tiennent. 

Or, selon nos informations, Lucile Clément n’existe pas : elle ne peut jamais être jointe par téléphone, pas plus que par mail. Elle n’apparait pas sur Linkedin ni sur aucun autre réseau social ou professionnel. Une réponse bien formatée est délivrée par les conseillers clients qui travaillent sur la plateforme téléphonique relations abonnés de l’hebdomadaire. « On ne peut pas lui parler mais vous pouvez nous envoyer un mail et on le lui transmettra ». Suit la communication d’une adresse générique : [email protected]

Jointes par nos soins, les équipes de management de Télérama, le service investigation du journal, riche de trois journalistes, ne nous ont pas répondu ni donné d’explications officielles. Sinon que la pratique de créer un faux salarié était une méthode également utilisée dans d'autres médias. « Caroline chez Mediapart existe-t-elle ? » nous répond l'un de ses journalistes d'investigation. Récemment le magazine a pourtant consacré un de ses numéros, les 3963/3964 et sa couverture au règne du faux. 

Certains artisans boulangers vendraient désormais des galettes industrielles, qu'ils affichent pourtant comme faites maison. Un garagiste qui adore WhatsApp ou le Bon Coin pour vous harponner n'est pas toujours un garagiste honnête. Les services d'investigation de médias prestigieux peuvent avoir été gagnés par une forme de confort intellectuel alors qu'ils évoquent 24h/24h Donald Trump et ses fake news. Quel est le moyen le plus efficace de repérer les faussaires, maintenant que le cash a disparu ou presque ? Identifier quel est son partenaire financier. Follow the money !

Manuel Jacquinet

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