« N’ayez pas peur », lettre ouverte à ma caissière, chez Carrefour ou Lidl

Le 26 janvier 2018 par Magazine En-Contact

Depuis quelques jours, afin de rédiger un article qui ne soit pas trop entaché d’erreur, je cherche à savoir combien de caissières le groupe Carrefour emploie et ce qui est prévu pour les former (pour les hôtes et hôtesses de caisses concernés par le plan de départ qu’a présenté leur président Alexandre Bompard). Il doit y avoir une petite douzaine de personnes, attachés de presse, directeurs de ceci-cela au siège de cette grande enseigne mais je n’ai pas pu avoir de réponses. J’ai par contre entendu les questions suivantes : « c’est pour quel média, vous êtes qui, je ne sais pas si je vais pouvoir vous trouver un expert qui puisse prendre la parole ». Il y a des années, plus fougueux, je me serais énervé de tant de lenteur et de méfiance ; aujourd’hui, je mesure à quel point une phrase de Cocteau est vraie et drôle. Si j’étais le patron du Forum de Davos, j’en ferais ma base-line :
« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

N’ayez pas peur*

Laurence Cala, directrice du centre CCA International de Carmaux – © Edouard Jacquinet

Alexa, Anna, Karim vous qui œuvrez comme caissiers, livreurs, guides de musée, pour payer vos études – ou depuis très longtemps simplement votre loyer, n’ayez pas peur, bien que tous disent qu’on va vous remplacer par des robots, des automates…
Quand je vais, comme quantité de parisiens, chez Picard, en face de chez moi, je suis surpris par l’amabilité des vendeurs et caissiers. Du coup, j’y retourne avec ou sans carte de fidélité. J’ai vécu à Avignon, en décembre, une même expérience heureuse de location de voitures, à la Gare TGV grâce à Aurore de Nevers.
A la Fnac en décembre, en pleine investigation* pour écrire un article sur l’expérience shopping, je fus surpris de l’implication des équipes et de la présence anonyme mais efficace d’un directeur, lors d’une soirée privée. Je sais, pour œuvrer dans une industrie, celle des centres d’appels, qu’on dit condamnée aussi depuis vingt ans, à quel point les études et la prospective sont souvent contredits par l’histoire. Cet été, c’est une jeune femme d’une de ces plateformes téléphoniques qui m’a depuis Carmaux, rabiboché avec des marques et des fournisseurs qui m’irritaient. L’efficacité de cette dame m’a engagé, réengagé avec la marque (c’est le terme désormais, on parle d’engagement). Un monsieur avisé, qui fût pourtant trotskyste dans sa jeunesse et qui est désormais le champion mondial des centres d’appels (Teleperformance) nous confiait même que son métier n’était pas mort, que « la part de pizza ne fait qu’augmenter ».

Bruce a raison

On n’a pas trop le droit désormais d’utiliser certains mots, de s’emparer de fragments des discours des papes, de tout ce qui vient de la religion ; il y a même des censeurs qui nous disent si le mot autiste est bien employé (je crois qu’un candidat à la présidence s’est fait « déchirer » pour un impair de ce type).
On s’en fiche. Benoit XVI et Jean-Paul II ont raison : il faut cesser d’avoir peur.
Bruce Springsteen, que l’on devrait inviter plus souvent à Davos, le dit et chante aussi :
« The ties that bind », c’est ça qui importe. Les liens qui rapprochent.

Par Manuel Jacquinet

*Extrait de la messe d’intronisation de Jean-Paul II, octobre 1978.
* Le journaliste est menacé lui aussi par les robots et l’absence de fact-checking. On fait donc attention et de l’investigation.

 

Retrouvez la lettre lettre ouverte à Pénélope.

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