« The ties that bind » (auto médication en période trouble)

Le 25 mars 2020 par Magazine En-Contact

Actualisé le 25 Mars 2020.

8 ordonnances seront débattues ce matin au conseil des ministres, qu’on espère adaptées à la période. Je me suis rédigé, bien que je n’aie pas de blouse blanche, et sans attendre, ma propre ordonnance afin de rester vivable, en vie et lucide. Bruce, comme d’habitude, fait partie des médicaments, ainsi qu’une visite quotidienne, courte mais essentielle, en magasins. On y trouve des caissières et des caissiers, ce genre de personnes que d’aucuns voulaient voir remplacées. Qu’on a appelées à partir pour restaurer vite des comptes d’exploitation exsangues. Une forme de petite colère également, de celles qui maintiennent en vie si on les transforme en actions vertueuses.

 

2 comprimés de Bruce.

The River ( le double album de Bruce Springsteen sorti en 1980 ) débute par un titre court, dont l’écoute est recommandée si vous n’en avez jamais fait l’expérience : The ties that bind. L’exégèse n’est pas utile, la musique et les mots suffisent parfois: ça parle des liens qui unissent. En fin de face 2, le premier disque du double album s’achevait par The River. L’écoute est recommandée si  etc etc ; ça parle notamment de toutes ces choses qui nous semblaient si importantes et qui s’évanouissent dans l’air, parce qu’il n’y a plus de travail, qu’on s’est mariés trop jeunes .. ( Now all them things that seemed so important, Well mister they vanished into the air ). C’est le même Bruce qui chantera plus tard que parfois, on en apprend plus avec une chanson de 3 minutes et quelques qu’en quelques années d’école.

1 visite rapide à la Pompadour et chez Super U (un jour sur trois )

Chanceux je suis : mon quartier propose encore un large choix de boulangeries ouvertes et des supérettes. Je n’ai pas fait quinze ans d’études de médecine mais sais depuis longtemps qu’un petit déj avec du bon pain et quelques provisions judicieuses aident au moral des troupes. J’y suis servi par des personnes, des caissiers, caissières et boulangères, des travailleurs. Présents et matinaux, plexiglas pour les protéger ou pas. Sur le chemin du retour, je songe souvent que ce truc, ce virus, n’arrive pas par hasard, ici, maintenant et presque partout. Si je devais le renommer, je l’appelerais  A4D :  Attestation dérogatoire de déplacement; une autre, non officielle, sous-jacente et souterraine comme ces ruisseaux ou torrent qui resurgissent alors qu’on a voulu les contraindre à rester sous terre.  Une invitation en fait, pas une attestation, à se déplacer vers des temps où les liens qui unissent, le sourire de la caissière et sa présence, l’amplitude horaire d’ouverture du magasin vaudront dans les bilans, en Bourse, autant que la reconnaissance faciale, le sans contact et les technologies qui les facilitent et permettent.

 

 

Du Lithium ( ou autre stabilisateur de l’humeur). SFR, on va pas se laisser faire (la petite colère)

Une invitation à la décence peut-être, pour certains ? Hier un grand opérateur téléphonique,  SFR a décidé de mettre au chômage partiel 40 % de ses effectifs. Pour sûr, les opérateurs télécom, en ce moment, personne n’en a besoin ni des journaux que tout le monde lit. Le cours de Bourse du propriétaire de l’opérateur, ALTICE  a pris 24, 64 % dans la journée, la même. A Bercy, peut-être est il grand temps d’installer un comité aux pleins pouvoirs qui va très vite réguler quelques pratiques, du style paiements décalés, commandes annulées sur la base de motifs fallacieux etc. Ordonner ou imaginer des mesures de bon sens : qui pour aller récolter les fruits et légumes en Tarn et Garonne, dans le Vaucluse, en lieu et place des travailleurs saisonniers venant d’autres pays  et empêchés cette année ? BlaBlaCar et des bus pourraient-ils transporter  des volontaires ou des demandeurs d’emploi de ces départements, sans contrainte familiale, pour aller aider aux récoltes ( tant d’argent public a été investi ) ?Comment rétablir ou assurer la pérennité des circuits courts que la fermeture des marchés condamne à de vraies difficultés ? Et si d’aventure Bercy se sent débordé, qu’on nous laisse agir et faire. Par exemple pour créer une hot-line * où seraient reçues des suggestions, des appels suggérant de bonnes idées? Qu’on n’attendrait pas trop pour mettre en place..

Is a dream  a lie if it don’t come true, or is it something worse that send me down to the river. Dans mon panthéon personnel, le Boss, c’est Bruce et The River est …un putain d’album !

* recherchons partenaire pour lancer le truc, pas sérieux s’abstenir.  [email protected]

 

 

NB: Ce billet vient actualiser un article que nous avions publié, il y a deux ans,  sur la difficulté rencontrée à savoir combien d’hôtes de caisses sont salariés dans les entreprises de distribution françaises. 

Depuis quelques jours, afin de rédiger un article qui ne soit pas trop entaché d’erreurs, je cherche à savoir combien de caissières le groupe Carrefour emploie et ce qui est prévu pour les former (pour les hôtes et hôtesses de caisses concernés par le plan de départ qu’a présenté leur président Alexandre Bompard). Il doit y avoir une petite douzaine de personnes, attachés de presse, directeurs de ceci-cela au siège de cette grande enseigne mais je n’ai pas pu avoir de réponses. J’ai par contre entendu les questions suivantes : « c’est pour quel média, vous êtes qui, je ne sais pas si je vais pouvoir vous trouver un expert qui puisse prendre la parole ». Il y a des années, plus fougueux, je me serais énervé de tant de lenteur et de méfiance ; aujourd’hui, je mesure à quel point une phrase de Cocteau est vraie et drôle. Si j’étais le patron du Forum de Davos, j’en ferais ma base-line :
« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

N’ayez pas peur*

Laurence Cala, directrice du centre CCA International de Carmaux – © Edouard Jacquinet

Alexa, Anna, Karim vous qui œuvrez comme caissiers, livreurs, guides de musée, pour payer vos études – ou depuis très longtemps simplement votre loyer, n’ayez pas peur, bien que tous disent qu’on va vous remplacer par des robots, des automates…
Quand je vais, comme quantité de parisiens, chez Picard, en face de chez moi, je suis surpris par l’amabilité des vendeurs et caissiers. Du coup, j’y retourne avec ou sans carte de fidélité. J’ai vécu à Avignon, en décembre, une même expérience heureuse de location de voitures, à la Gare TGV grâce à Aurore de Nevers.
A la Fnac en décembre, en pleine investigation* pour écrire un article sur l’expérience shopping, je fus surpris de l’implication des équipes et de la présence anonyme mais efficace d’un directeur, lors d’une soirée privée. Je sais, pour œuvrer dans une industrie, celle des centres d’appels, qu’on dit condamnée aussi depuis vingt ans, à quel point les études et la prospective sont souvent contredits par l’histoire. Cet été, c’est une jeune femme d’une de ces plateformes téléphoniques qui m’a depuis Carmaux, rabiboché avec des marques et des fournisseurs qui m’irritaient. L’efficacité de cette dame m’a engagé, réengagé avec la marque (c’est le terme désormais, on parle d’engagement). Un monsieur avisé, qui fût pourtant trotskyste dans sa jeunesse et qui est désormais le champion mondial des centres d’appels (Teleperformance) nous confiait même que son métier n’était pas mort, que « la part de pizza ne fait qu’augmenter ».

Bruce a raison

On n’a pas trop le droit désormais d’utiliser certains mots, de s’emparer de fragments des discours des papes, de tout ce qui vient de la religion ; il y a même des censeurs qui nous disent si le mot autiste est bien employé (je crois qu’un candidat à la présidence s’est fait « déchirer » pour un impair de ce type).
On s’en fiche. Benoit XVI et Jean-Paul II ont raison : il faut cesser d’avoir peur.
Bruce Springsteen, que l’on devrait inviter plus souvent à Davos, le dit et chante aussi :
« The ties that bind », c’est ça qui importe. Les liens qui rapprochent.

Par Manuel Jacquinet

*Extrait de la messe d’intronisation de Jean-Paul II, octobre 1978.
* Le journaliste est menacé lui aussi par les robots et l’absence de fact-checking. On fait donc attention et de l’investigation.

 

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