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IA. L'enquête. Ce qu'ils ont l'intention de faire de cette technologie

Publié le 03 décembre 2025 à 11:00 par Magazine En-Contact
IA. L'enquête. Ce qu'ils ont l'intention de faire de cette technologie

Ce qui s'est passé hier, 2 décembre 2025, dans l'univers de l'IA, de la tech, des call-centers

  • Les ventes de Pionniers, le livre à lire et offrir à Noël, ont dépassé les 6119 exemplaires. Ce n'est pas suffisant

Vous pourriez le parachuter sur une île peuplée de cannibales et revenir cinq ans plus tard : il en serait devenu le roi (Paul Graham) (..) Je me souviens de notre première rencontre, en 2016, alors que Sam Altman dirigeait Y Combinator, l’accélérateur de start-up californien (..) 

Guillaume Grallet est tout sauf un journaliste de bureau. Le rédacteur en chef Tech et Sciences au magazine le Point suit la tech et a, en quelques vingt ans de carrière, gagné la confiance des PDG les plus inabordables de la technologie,  les américains, les français, les chinois et notamment ceux qui sont à la manoeuvre en matière d'intelligence artificielle. 

Dans son ouvrage Pionniers, édité chez Grasset, il nous emmène à la rencontre des mavericks de cet univers. De San Jose à Paris, à l’hôtel Saint Lambert, toujours avec malice et audace, l’auteur a su trouver les failles temporelles pour questionner ces VIP discrets et archi sollicités. Sam Altman, Meredith Whittaker, Pelonomi Moiloa, Demis Hassabis, Mark Zuckerberg etc. Pour essayer de mieux les cerner, de comprendre ce qui les anime. “Ce qui m'intéresse, ce sont les êtres humains qui, à un moment de leur vie, ne se satisfont pas de l'ordre établi”. 

Pour répondre à la question essentielle, souvent oubliée et que l'incite à poser, dès la préface du livre, Howard Rheingold : "Ce qui compte vraiment, c'est ce que nous faisons de cette technologie". Car c'est bien l'interrogation essentielle, dont chacun désormais comprend l'importance. Si de nouvelles frontières sont visibles, incroyablement porteuses d'espoir grâce à la tech et aux avancées de l'IA, elles sont également très anxiogènes pour le commun des mortels. A chacune des personnes rencontrées, l'auteur a posé les trois mêmes questions : quelle personnalité du présent ou du passé aimeriez-vous rencontrer ? Comment vous voyez-vous, et la société dans laquelle nous vivons, dans dix ans ? Que faut-il apprendre à nos enfants?  

Le livre est passionnant, rédigé par l’un des rares insiders français qui connaisse bien San Jose, Station F ou les domiciles personnels de ces ex-échappés de Stanford ou Harvard, Polytechnique. Car il lui a fallu parfois des années d'attente et bien des circonvolutions pour parvenir à ses fins: caler une rencontre, obtenir une interview.

Le propos et l'objectif de l'ouvrage sont bien résumés en page 16 : 

(..) percevoir quelques ressorts cachés de personnes qui ne satisfont pas du statu quo. Et qui pour certaines, vont avoir une influence considérable sur notre vie et celle de nos enfants. 

  • Il ne faut pas tout croire de ce qui est dit, annoncé

Sphere II va révolutionner l'IA vocale. Nom de scène Gradium AI capital : 1 euro

L'IA va révolutionner et révolutionne déjà les call-centers, le service client puisqu'on peut, avec des agents conversationnels, traiter correctement une demande d'un client, voire émettre des appels commerciaux. Hier, 2 décembre, l'annonce d'une levée de fonds significative a été faite, émanant d'une société française, qui embarque de l'IA et serait une sorte de spin-off de Kyutai, qui est précisément évoqué dans le livre Pionniers, au chapitre  12, page 225, entre autres. Patrick Perez, Neil Zeghidour ( spécialiste de l'audio génératif et passé par Google DeepMind) sont des membres de Kyutai. 

Nous reprenons ci-après des extraits de l'article du Monde, signé d'Alexandre Piquard, qui relate cette levée de fonds et présente les activités de Gradium AI. 

"Les chercheurs de Gradium – au total une dizaine de personnes, dont Olivier Teboul (ex-Google Brain) – estiment être en pointe au niveau mondial sur l’IA vocale, en ayant apporté avec Moshi un modèle d’IA « speech to speech » passant de la voix à la voix directement, sans transcription textuelle préalable. Cela permet moins de latence et une conversation plus fluide, et même d’interrompre la voix de l’IA.

M. Zeghidour raconte que l’équipe a reçu, depuis, de nombreuses sollicitations d’entreprises, dans le jeu vidéo ou la tech, mais ne pouvait apporter les améliorations nécessaires à ces usages (comme la qualité de son studio ou le multilinguisme), car cela ne correspondait pas à l’objet non lucratif de Kyutai.

MM. Niel, Schmidt et Saadé sont présents au capital de Gradium, aux côtés de FirstMark Capital, Eurazeo, DST Global ou Amplify Partners. De son côté, le laboratoire, désormais fort d’une vingtaine de personnes, continuera ses recherches sur le son, avec des modèles toujours accessibles et modifiables gratuitement en open source, dont Gradium pourra bénéficier en partie" (..)

Les spécialistes de la tech et de l'IA vocale effectivement opérationnelle dans les centres de contacts liront entre les lignes: il s'agit d'une jolie annonce commerciale, dans laquelle rien n'est étayé, factualisé. La société qui porte Gradium AI se dénomme Sphere II, a un capital de 1 euros avant cette levée de fonds. Son dirigeant est bien Neil Zeghidour. Le code APE de l'entreprise la rattache à l'activité d'auxiliaires de services financiers et d'assurance. 

Largement reprise, cette annonce permet de comprendre pourquoi un certain président de la République a émis l'idée de “labelliser les médias”. Il s'est fait incendier. 

Dans le même quotidien, cette année, une journaliste capée, Bruna Basini a expliqué pourquoi les entreprises se ruent sur les agents conversationnels. 

La promesse est parfois belle

L'un des mérites du livre Pionniers est bien de questionner l'époque et les impacts qu'aura l'IA et ce qui est dans la tête des chercheurs et entrepreneurs. 

Certaines inventions sont déjà capables de nous remplacer pour des tâches répétitives (..). L'IA va bouleverser le futur du travail et la géopolitique. Mais attention aussi aux raccourcis ( page 16)

Guillaume Grallet. Crédit : Edouard Jacquinet. 

Grâce aux 270 pages de ce livre passionnant, bourré d'anecdotes, embarquez dans le Van qui conduit Sam Altman à Station F, visitez le bunker de Hawaii où Mark Zuckerberg attend la fin du monde. Comprenez les craintes et les doutes de Reid Hoffman, le fondateur de Linkedin, nostalgique d'une ère de doute constructif ou ceux de Meredith, un ovni dans le monde des big tech

(..) En mars 2025, à la conférence SXSW, Meredith Whittaker s'attaque au concept d'agentic AI, ces IA dites autonomes censées prendre des décisions pour nous. Utiliser une IA agentique, c'est comme mettre son cerveau dans un bocal. Ce qu'on appelle IA aujourd'hui n'est pas un un concept technique, c'est un slogan marketing ( page 151)

Dans Pionniers, l'auteur reste à une place remarquable et appréciable. Celle de l'observateur curieux, qui pose des questions pratiques et nous permet, grâce à la rencontre de quelques visionnaires, disrupteurs de mieux comprendre ce qui se joue, maintenant. “En réalité, l'intelligence artificielle ne tuera l'intelligence humaine que si nous le permettons. Il est temps de ne plus le permettre”

Critique complète de l'ouvrage, dans le numéro 139 d'En-Contact, avec quelques extraits. 

Philippe de Gibon, co-fondateur de Convers Télémarketing est décédé

Agé de soixante-dix ans, le PDG de Converse a écrit, avec ses associés, quelques belles pages du phoning à Nice, près de l'aéroport. Avant les autres, il a cru au travail des seniors, à l'innovation RH et sociale dans les call-centers. Autodidacte, le natif d'Oran était passionné de judo, des plaisirs de la vie, généreux. A lui seul, il était un parc d'attractions. Un secteur dans lequel il avait été directeur des opérations. Jean Charpa, un sexagénaire qui fut recruté chez Convers, après quelques accidents de la vie, à plus de soixante ans, a raconté son expérience d'apprenti télévendeur pour Orange, ou les Mutuelles du Sud. Lire ici. 

Ici, une photo collector, celle de la directrice de production de Opération 118 318 sévices clients, Deborah Chiarella. 

Lorsque nous avons écrit et tourné ce film, Deborah avait désiré aller visiter et écouter des appels de télévente, sur un plateau. Pour tenter de filmer des choses réalistes. Un call-center auvergnat , en déroute, qui ne doit pas mourir et fermer avant les élections municipales et sera sauvé par des télévendeurs béninois, c'est possible ? 

En reportage, chez Convers Télémarkating, en 2009. 

Manuel Jacquinet. 

 

 

 

 

 

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