Le magazine indépendant et international du BPO, du CRM et de l'expérience client.

« Sans toi, cet album n’aurait pas existé. Merci » Céline, René et Vito Luprano... l’autre homme essentiel

Publié le 03 septembre 2026 à 14:00 par Magazine En-Contact
« Sans toi, cet album n’aurait pas existé. Merci » Céline, René et Vito Luprano... l’autre homme essentiel

« Céline et René ont quitté le studio. François Lalonde, mon ingénieur de son, et moi sommes sortis fumer une cigarette. Du coin de l’œil, j’ai vu leur voiture revenir sur ses pas. Elle s’est arrêtée juste devant moi. René était au volant, les bras croisés et l’air renfrogné. Céline a passé la tête par la fenêtre et a crié :  Vito, je veux que tu saches que sans toi, on n’aurait pas cet album. Merci »

L’histoire du rock, du jazz, des disques, de quelques studios ou concerts de légende est remplie de personnes et d’individus clés que l’histoire officielle a méconnus.. ou volontairement écartés : Clare Torry, Vera Brandes, Claudia Lennear, Super Bear*.. Dans le meilleur des cas, un livre un film ou un docu Netflix leur rend un jour justice. Ou parfois un procès. Dans l’intervalle, le chagrin ou le ressentiment ont le temps de faire leur (sale) travail sur ces “écartés.” Dans la carrière de Céline Dion, il y a eu un autre homme que René, essentiel, pendant vingt-deux ans. 

Son histoire et quelques révélations sont consignées dans un livre passionnant, sorti en début d’année au Québec et qui mérite sacrément le détour. Pourtant, les médias, dans leur grande majorité, n'y ont pas porté grand intérêt. 

Qui est Vito Luprano ? 

Un jeune homme d’origine italienne, parti assez tôt de l’école, fou de musique et de concerts et qui va creuser son trou dans l’industrie exigeante de la musique. Pendant vingt deux ans, il va jouer un rôle décisif dans la carrière de Céline Dion. Mais un jour, il comprend qu'il est congédié. 

Les bonnes feuilles du livre, quelques-unes

J’avais 23 ans quand j’ai commencé chez CBS

« Quand on est pigiste, il n’y a aucune sécurité d’emploi ni protection juridique comme l’assurance emploi. J’avais été employé au Record Pool et chez Trans Canada, mais, ces boîtes-là n’offraient pas les mêmes avantages qu’une méga-entreprise. Là, je jouais en ligue majeure. Et pour moi, cette validation voulait dire qu’en continuant à travailler fort et à ne rien tenir pour acquis, je resterais un atout à part entière, à ma place parmi les meilleurs de l’industrie. Quand Don Oates a commencé à m’appeler 4M – Pour « My Main Man in Montreal » – j’ai su que j’avais gagné ma place. 

J’avais 23 ans quand j’ai commencé chez CBS. J’avais droit à des avantages sociaux, une allocation pour la voiture et une allocation de dépenses pour entretenir mes relations. Je faisais partie d’une machine qui me permettait d’élargir mon influence grâce à ses ressources. 

Les semaines qui ont précédé mon entrée en poste ont été un tourbillon d’excitation, de nervosité et de syndrome de l’imposteur. J’étais convaincu qu’ils découvriraient bientôt la vérité et me montreraient la porte. Je repensais à mes débuts et j’étais reconnaissant pour ce parcours sinueux et imprévisible qui m’avait mené jusqu’ici. J’avais quitté l’école, travaillé dans une usine pour aider ma famille, fais mon chemin dans la rue pour que les choses avancent, et tout ça remplissait mon cœur de gratitude. »

Pages 49-50

Chaque particule de ma vie a été aspirée

« Vous avez déjà deviné que ma carrière a fini par prendre toute la place. C’est comme si chaque particule de ma vie avait été aspirée dans ce vortex. Je n’étais jamais à la maison. Mon cerveau ne s’arrêtait jamais, j’étais pris dans un tourbillon incessant de choses à faire, que je sois dans la douche, en train de commander un café, à table ou au volant. Idées, planification, suranalyse, création… Je peux dire, avec un étrange mélange de fierté et de regret, que j’ai fait de ce projet le travail d’une vie. J’y ai tout consacré, convaincu que ce serait un tournant dans ma carrière. Et ce le fut…mais souvent au prix d’un certain équilibre. »

Page 89

On savait qu’on s’apprêtait à lancer une véritable bombe nucléaire. « Where does my heart beat now »

« Rassembler tous les éléments nécessaires pour créer Unison n’était uniquement le travail de René. On savait tous les deux comment dépasser un budget. Cet album a largement explosé son budget déjà faramineux et a fini par coûter 600 000$, le double de ce qui était prévu initialement, ce qui en faisait sans doute l’album canadien le plus dispendieux à produire cette année-là. Dépenser des sommes pareilles vient avec son lot de pression bien réelle, mais on n’était pas inquiets. On savait qu’on s’apprêtait à lancer une véritable bombe nucléaire musicale. N’empêche : qui aurait la tête sur le bûcher si quelque chose clochait avec l’album ? La mienne évidemment ! »

Page 140

Photo de couverture, Vito Luprano, Céline Dion, René Angélil © Vito Luprano

Malgré cette proximité, je n’ai jamais vraiment su ce que René pensait

« Ma proximité avec le tandem Dion-Angélil ressemblait à l’intimité qu’on partage dans une vraie famille. Quand Céline était en période d’enregistrement, on était pratiquement inséparables du matin au soir. On partageait des chambres d’hôtel, on mangeait à la même table, et on savait exactement dans quelle humeur chacun était, avant même qu’un mot soit prononcé. On savait quand quelqu’un avait soif, était à cran, un peu déprimé, ou revenait tout juste de la salle de bain. Ce genre de proximité ne peut exister qu’à travers une présence constante, vécue au quotidien.

Et malgré toute cette proximité, je n’ai jamais vraiment su ce que René pensait. Il était comme une pièce d’une maison où les lumières sont allumées, mais les rideaux tirés et la porte fermée. On savait qu’il se passait quelque chose là-dedans, mais on ne voyait rien. Je n’étais jamais certain qu’il appréciait vraiment ce que j’apportais à notre collaboration. Quant à sa dévotion envers Céline, qui aurait pu dire avec certitude d’où elle venait ? Mais peu importe ce que je pouvais ressentir face à tout ça, Céline, elle, était totalement investie. Elle avait choisi de chanter pour René, et à propos de René, et pour moi, sa dévotion ne faisait aucun doute.

Sony a soutenu The Colour of My Love sans retenue. L’album est sorti en novembre 1993 et Céline l’avait dédié à René, déclarant ouvertement son amour pour lui dans son livret. C’était maintenant limpide : The Power of Love et The Colour of My Love, étaient carrément des lettres d’amour. »

Page 140

© Vito Luprano

« Sans toi cet album n’aurait pas existé, Merci »

« L’album Taking Chances proposait des ballades pop, des influences contemporaines et rock, et des chansons signées par des auteurs-compositeurs et producteurs comme Kara DioGuardi, David A. Stewart, Ne-Yo et Linda Perry. J’ai choisi les collaborateurs, supervisé les séances d’enregistrement et veillé à ce que le produit final soit fidèle en tous points à la vision artistique de Céline. En tant que producteur exécutif, j’ai dirigé la création de l’album, orienté sa direction artistique et coordonné tous les aspects de la production. Mon travail de producteur exécutif a été au cœur de cette transformation, en trouvant le juste équilibre entre innovation et l’identité musicale bien établie de Céline. »

Page 229

Céline réalisait seulement maintenant à quel point j’avais joué un rôle clé dans tout ça.

« Céline et René ont quitté le studio. François Lalonde, mon ingénieur de son, et moi sommes sortis fumer une cigarette. Du coin de l’œil, j’ai vu leur voiture revenir sur ses pas. Elle s’est arrêtée juste devant moi. René était au volant, les bras croisés et l’air renfrogné. Céline a passé la tête par la fenêtre et a crié : Vito, je veux que tu saches que sans toi on n’aurait pas cet album. Merci.

J’ai fait semblant de lui lever mon chapeau et j’ai simplement répondu : Avec plaisir.

Deux choses sont devenues parfaitement claire à cet instant. Premièrement, Céline ne savait pas que plusieurs de ses chansons étaient des trouvailles que j’avais dénichées et défendues pour elle. Je ne sais pas trop comment, mais mon rôle était resté largement dans l’ombre, et elle réalisait seulement maintenant à quel point j’avais joué un rôle clé dans tout ça.

Deuxièmement, c’était le début de la fin, pour moi. »

Page 228

Il avait le don de faire sentir aux gens qu’ils étaient importants

« Quand René a dit à Céline Je crois en toi et l’a prouvé en hypothéquant sa maison pour financer son premier album, il l’a sortie du seul monde qu’elle connaissait et, en retour, elle lui a tout donné. Tout est là. Elle avait le don, il avait le plan. Ensemble, ils ont réalisé leurs rêves. Hypothéquer sa maison pour financer le premier album de Céline avait fait les manchettes. D’aucuns ont vu ça comme de la témérité, d’autres ont admiré l’audace et vu une preuve de son dévouement. Quoi qu’il en soit, ce moment-là a marqué le début d’une fascination pour ce couple qui aura duré des décennies.

La première fois que je l’ai rencontré, il était absolument charmant et charismatique. Il avait le don de faire sentir aux gens qu’ils étaient importants. Je suis tombé dans le panneau. Mais plus on travaillait ensemble, plus ses vraies couleurs sont ressorties. J’ai compris que si je voulais que notre relation fonctionne, je devais rester dans l’ombre. Laisse-le prendre tes idées à son compte, ne parle que lorsque le risque est faible, ne dis que ce qu’il veut entendre et, surtout, règle d’or, ne jamais lui voler la vedette. »

Page 231

Un livre sincère, sorti bien discrètement

It’s all coming back to me est un livre sincère, poignant, notamment sur les trahisons qui émaillent parfois les carrières professionnelles, les choix qu'il faut consentir et surtout, le rôle essentiel des chansons et des mélodies dans la carrière d’un ou d’une artiste de légende. Quand on n’en écrit pas ni ne les compose, le rôle d’un producteur exécutif est essentiel. Que serait D'eux sans les chansons de J.J Goldman ? 

Alors que de nombreux numéros spéciaux sont consacrés en France au grand retour et aux prochains concerts de l'artiste Céline Dion, son ex-producteur (et ex Vice-Président Artistes et Répertoire de Sony et CBS) est oublié quasiment partout. Céline Dion et ses avocats ont pourtant eu le livre entre les mains et ne se sont pas opposés à sa publication. Vous n'y trouverez donc pas de gossip, pas de rumeurs, juste le récit d'un insider passionné, qui a été au coeur du réacteur. 

Interviews exclusives

« Il est l’autre homme qui a bâti la carrière, immense de Céline Dion. 22 ans durant, le célèbre producteur Vito Luprano a travaillé avec Céline Dion et René Angélil. Avant d’être brutalement congédié par René. Pour la première fois, il raconte. » (Paris Match). Dans quelques jours, découvrez l'entretien que nous a accordé Vito Luprano. 

Pour le commander c’est ici.

*Clare Torry est une choriste dont la session de chanta rendu l'un des morceaux de The Dark side of the moon encore plus mémorable. Après un procès, gagné, elle est désormais considérée comme co-compositrice de ce morceau. 

Vera Brandes a organisé The Kôln Concert de Keith Jarrett. Qui fût enregistré sur le label ECM, ce qui n'était pas prévu. L'album éponyme est l'album de jazz le plus vendu au monde.

Claudia Lennear est l'une des choristes qui apparait dans Twenty feet from stardom, le film consacré à ces chanteuses légendaires et talentueuses dont la contribution aux albums de Sting, des Rolling Stones, de David Bowie, Bruce Springsteen .. fût décisive.

Super Bear est un studio peu connu, situé en France, à Berre-les-Alpes et où The Wall et de nombreux albums de Elton John, Kate Bush, Daviid Gilmour, Van Morrison, Francis Cabrel furent enregistrés. Son histoire est racontée dans un livre, édité par Malpaso-RCM. 

Manuel Jacquinet. 

Photo de couverture:  Vito Luprano, Céline Dion, René Angélil © Vito Luprano

A lire aussi

Profitez d'un accès illimité au magazine En-contact pour moins de 3 € par semaine.
Abonnez-vous maintenant
×