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« J'ai fait des perruques pour la BRI ! »

Publié le 20 octobre 2026 à 13:00 par Magazine En-Contact
« J'ai fait des perruques pour la BRI ! »

Les carrés emblématiques du Crazy Horse, c’est lui. Coiffeur et perruquier, Raphaël Knafo fut un apprenti-coiffeur studieux. 

Entré à quatorze ans et demi dans la seule école d’État de Paris, il enchaîne avec trois ans de CAP, deux ans de brevet professionnel, et un an de maîtrise, qui lui permet d’approfondir encore son cursus, tout en lui conférant la capacité de former des apprentis. En sortie d’études, le voilà qui enseigne à l’école de la rue d’Arbois, pendant quelques années, le soir, en dehors du travail, membre de jurys aux examens, conseiller à l’enseignement technologique pour l’Éducation nationale qui « sait organiser des examens mais ne connaît rien à certains métiers. » Un coiffeur-perruquier aimant transmettre et qui cherche, peut-être, un successeur.

Les débuts

Raphaël Knafo : Mon père, peintre en bâtiment, m’a découragé du métier de coiffeur au début, et voulait absolument que je sois plombier, mais j’ai été pris dans cette école où seulement 10 % des candidats étaient acceptés. Je n’étais pas forcément un passionné avant mais entrer dans cette école a été une révélation : je suis devenu l’un des meilleurs élèves, je me suis épanoui. J’ai travaillé dans différents salons, passage Choiseul notamment, où j’étais gérant technique, et j’avais envie de m’installer vers l’Opéra, mais j’étais trop jeune et je n’avais pas les moyens. Alors j’ai répondu à une annonce : on ouvrait une boutique de perruques. Les premières perruques en synthétique, très bon marché, faisaient leur apparition dans les années 70, et la patronne cherchait un coiffeur, car elle n’était pas du tout du métier.

J’y suis resté deux ans. J’étais le seul coiffeur, et on a monté un atelier dans lequel nous fabriquions nous-mêmes nos perruques, en sus de celles qu’on vendait toutes faites. Mais je voulais travailler pour moi, dans mon quartier, le neuvième. Puis un client m’a dit qu’un ami vendait un salon, dans le deuxième, ça n’était pas très loin et j’ai aimé le salon, un peu le quartier. J’avais 24 ans et demi.

Yves Saint Laurent

R. K. : Quand je travaillais dans la boutique de perruques, un peu auparavant, on a obtenu un très gros contrat avec le Casino de Paris, qui accueillait une revue de Zizi Jeanmaire et Roland Petit. Yves Saint Laurent en avait dessiné les costumes, décidé des perruques. J’avais 24 ans à l’époque. J’étais autodidacte en matière de perruques, j’ai tout appris sur le tas et j’ai réalisé 126 perruques pour ce fameux spectacle intitulé « Zizi, je t’aime ». Saint Laurent, venu en personne à l’atelier, m’a adressé le plus beau compliment que j’aie reçu de ma vie en voyant mes premières perruques : « C’est divin. »

Il y a cinq ans, au moment du Covid, la Fondation Yves Saint Laurent a fait appel à moi pour réaliser des perruques pour l’exposition sur Betty Catroux au musée Yves Saint Laurent. Je devais en faire 80 pour l’exposition qui, malheureusement, a été à peine vue à Paris. Elle est ensuite partie à Shanghai, à Tokyo et à Singapour.

Dans le salon de Raphaël Knafo © Edouard Jacquinet

Vous avez 76 ans…

R. K. : J’ai du mal à me faire à l’idée de la retraite. Il y a dix jours, le directeur du Crazy Horse m’appelle et me dit : « La perruque, tu sais à quel point c’est fondamental. » Et je réponds : « Bah oui. » « Pour le moment tu es là, mais qu’est-ce qu’on fait après ? » Je lui ai dit que je n’allais pas les laisser tomber comme ça, et c’est vrai qu’il faudrait former un successeur. Je ne m’imagine pas quitter mon métier. Après 52 ans, je suis tous les jours-là, à sept heures du matin. Le plaisir de retrouver le salon et son univers est resté le même. Et j’ai des projets : récemment j’ai fait deux perruques pour Hermès, dont une surmontée d’un cheval, pour un spectacle donné à l’Opéra de Lille avant l’ouverture de la boutique. Ce cheval m’a empêché de dormir une partie de la nuit : je ne savais pas comment j’allais le faire tenir sur la tête. Et puis j’ai trouvé l’idée, et le matin, j’avais hâte de m’y mettre. Je ne m’assois jamais dans la journée ; quand je n’ai pas de client, j’ai toujours des perruques en attente.

Un métier kaléidoscopique 

R. K. : Ce que vous voyez au mur ? Beaucoup de Crazy, mais aussi des défilés que j’ai faits pour Chantelle, pour Passionata, pour Chantal Thomas, des défilés de lingerie notamment. Il y a des rencontres différentes tous les jours dans ce métier, une diversité, c’est passionnant. 

J’ai fait des perruques pour la BRI, pour ses agents qui font des infiltrations, ce qu’ils appellent des tapissages. Deux messieurs viennent me voir et me disent qu’ils sont du ministère de l’Intérieur : on recherche quelqu’un pour nous faire des perruques d’hommes, de femmes, des barbes, des moustaches. En les voyant, je me dis qu’ils se moquent de moi, qu’ils sont en train de préparer un braquage. Quand ils sont partis, j’ai vérifié le numéro : c’était bien le ministère de l’Intérieur. J’ai établi un devis, et un an plus tard, j’ai eu confirmation de la commande.

Si j’ai pensé à un braquage, c’est qu’il m’est arrivé une fois de vendre une perruque à un monsieur qui présentait très bien. Il est revenu en me demandant une perruque sur mesure, plus longue, puis je ne l’ai pas vu revenir. Un jour je reçois la visite de policiers qui me questionnent sur ce bon de commande et sur ce client. Il s’est avéré qu’il avait commis un braquage, qui avait occasionné plusieurs décès, dont le sien. C’était il y a un demi-siècle et, non, ce n’était pas un membre du gang des Postiches.

Et j’ai fait une vidéo avec deux youtubeurs que je ne connaissais même pas, Carlito et McFly, qui a fait un million et demi de vues en dix jours. Ils voulaient dix perruques différentes et ce fut une expérience très amusante.

Toutes ces demandes particulières rendent le métier passionnant, quand on vous demande de réaliser une perruque avec des volumes particuliers : une perruque de Louis XIII, une de Louis XIV, une perruque de Marie-Antoinette, même si je n’ai travaillé que sur quelques films de cinéma.

Découvrez son parcours et son interview complète dans le n°141 de Magazine En-Contact et dans le livre J'ai coiffé le monde entier, à paraître premier trimestre 2027.

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