Le plombier m'a donné le numéro de Pete Townshend (The Who). Je l'ai appelé, il est venu jouer, sans rien demander
La choriste Yvonne Elliman a chanté et accompagné Eric Clapton sur de nombreux albums de « Dieu ». Pete Townshend est venu jouer sur son album Food of love. Histoire d'un coup de fil et d'une session improbables.
Histoire d'un coup de fil improbable, par l'entremise d'un plombier, d'une session organisée et validée sans agent, sans évocation du moindre argent. Parfois, les génies sont accessibles et simples. Pour la session, le guitariste des Who ne demanda aucun cachet. “It sounds fucking brilliant”, indiqua-t-il. “That was it. Done. No talk of money, no speak with agents, no nothing !”
Avant tout, et pour que vous ayez une idée de la voix et du talent d'Yvonne Elliman, écoutez par exemple : Uphill Peace Of Mind.

Édito n°109 du magazine En-Contact.

Dans son livre Purple Records 1971-1978, épuisé, Neil Priddey raconte, parmi d’autres histoires, celle de l’enregistrement de l’album Food of love d’Yvonne Elliman*, à AIR Studios. Rupert Hine, producteur de l’album, se rappelle, comment, après un simple coup de fil passé à Pete Townshend (The Who), dont il a récupéré le numéro via un plombier qui jouait également dans un groupe, celui-ci accepta de venir jouer de la guitare, “Next Friday? Ok.” Ils ne s’étaient jamais parlés au préalable mais après cette première rencontre, Pete recommandera Rupert à quantité d’autres musiciens pour la production de leurs albums. Pour la session, le guitariste des Who ne demanda aucun cachet. “It sounds fucking brilliant”, indiqua-t-il. “That was it. Done. No talk of money, no speak with agents, no nothing.”
Dans ce numéro 109, des histoires de gens qui ont du talent, de jolies voix et n’attendent que votre appel. Business should be simple, shouldn’it ?
So then I said, ‘I wonder if we can get Pete to do it? She said, ‘Don’t be ridiculous, that’ll never happen!’ So there was a guy who came to fix Pete’s plumbing or electricity in his flat in Soho, he ended up in Thunderclap Newman with ‘Something In The Air’… apparently he was singing that tune as he was fixing something and Pete heard him, signed him to Track Record and it became a huge hit and I knew that band and they gave me Pete’s number. So I just called Pete at his flat… and he picked up!
“Pete…?”
“Yeah? Who’s that? ”
So I told him what I was up to and said we were recording his song in AIR Studios.
“You are?” he said.
“Would you like to play guitar on it?” I asked.
“When?”
“Well this Friday… if you can do it…”
“Yeah… ok.”
That was it. Done. No talk of money, no speak with agents, no nothing. He turned up with his amp. Stuck his amp in the studio himself at a very particular angle, positioned the mic himself, came in and said, “Right, come on then let’s give it a go.”
He had no idea who I was, but he’d heard of Purple Records so knew there was some energy and money behind us… so it was amazingly energetic. I did three tracks of Pete’s guitar, we played the whole thing live. Mike Giles in from King Crimson on drums, the greatest drummer of that era, just fantastic; Ann Odell from Blue Mink on keyboards, who was mostly known for her arrangement skills; Mick Grabham from Procol Harum on guitar; Morris Pert on percussion… so a blistering line up.
So I’d double tracked Pete’s guitar, said that I might not use it, but then we did a third track because it was so much fun, he was having so much fun! “I’m lovin’ how this is sounding!" So I was thrilled at that, I was getting Goosebumps, as you might imagine. And then just for fun, as you do, I just put all three takes of his guitar left, right and centre to make this huge guitar, like I figured it should have always sounded. And Pete loved it! “It sounds fucking brilliant!"
So he walked off, didn’t charge a penny, lots of hugs and handshakes all round and then he recommended me as a producer for the next dozens of years and I’d get these calls from all parts of the world saying, “Pete Townshend said you should listen to this and consider producing it.” He was very sweet. It was all down to having the nerve to make that first phone call and I’m sure he figured, like I would, “You know what? It’s y fucking song and I’ll fucking play it!”
In the middle of recording “Love’s Bringing Me Down”, she was doing the main vocal over the lovely orchestral thing that Simon Jeffes had done, I remember sitting there at AIR Studios, the best studio in the country, listening to this gorgeous voice coming out of this huge sound system, thinking, “That’s my song!” and then this little voice came through saying, “How was it?” And I had no idea I just thought it was brilliant listening to someone singing my song so beautifully!
Alors j’ai dit : « Je me demande si on pourrait demander à Pete de le faire ? »
Elle a répondu : « Ne sois pas ridicule, ça n’arrivera jamais ! »
Il se trouve qu’un type était venu réparer la plomberie ou l’électricité chez Pete, dans son appartement à Soho, et il a fini par rejoindre Thunderclap Newman avec “Something In The Air”… Apparemment, il chantonnait ce morceau en bricolant quelque chose, Pete l’a entendu, l’a signé chez Track Record, et c’est devenu un énorme succès. Je connaissais ce groupe, ils m’ont donné le numéro de Pete. Alors je l’ai simplement appelé chez lui… et il a décroché !
— « Pete… ? »
— « Ouais ? Qui est à l’appareil ? »
Je lui ai expliqué ce que je faisais et je lui ai dit qu’on enregistrait sa chanson aux studios AIR.
— « Ah oui ? » a-t-il dit.
— « Tu voudrais jouer de la guitare dessus ? » ai-je demandé.
— « Quand ? »
— « Ce vendredi… si tu peux… »
— « Ouais… ok. »
C’était tout. Terminé. Pas de discussion d’argent, pas d’agents, rien du tout. Il est venu avec son ampli. Il a lui-même placé son ampli dans le studio avec un angle très précis, positionné le micro lui-même, puis il est entré et a dit : « Bon, allez, on y va. »
Il n’avait aucune idée de qui j’étais, mais il avait entendu parler de Purple Records, donc il savait qu’il y avait de l’énergie et de l’argent derrière nous… du coup c’était incroyablement énergique. J’ai enregistré trois pistes de guitare de Pete, on a tout joué en live. Mike Giles de King Crimson à la batterie, le plus grand batteur de cette époque, absolument incroyable ; Ann Odell de Blue Mink aux claviers, surtout connue pour ses talents d’arrangeuse ; Mick Grabham de Procol Harum à la guitare ; Morris Pert aux percussions… une formation explosive.
J’avais doublé la guitare de Pete, en disant que je pourrais ne pas l’utiliser, mais on a fait une troisième prise parce que c’était tellement fun, il s’amusait tellement ! « J’adore le son que ça donne ! » J’étais ravi, j’en avais la chair de poule, comme tu peux l’imaginer. Et puis, juste pour s’amuser, j’ai mis les trois prises de guitare à gauche, à droite et au centre pour créer cette énorme guitare, comme j’imaginais que ça aurait toujours dû sonner. Et Pete a adoré ! « Ça sonne putain de bien ! »
Il est reparti, n’a pas demandé un centime, beaucoup d’embrassades et de poignées de main, et ensuite il m’a recommandé comme producteur pendant des décennies. Je recevais des appels du monde entier disant : « Pete Townshend a dit que tu devrais écouter ça et envisager de le produire. » Il était très gentil. Tout ça venait du fait d’avoir eu le culot de passer ce premier coup de fil, et je suis sûr qu’il s’est dit, comme je l’aurais fait : « C’est ma putain de chanson, alors je vais la jouer ! »
Au milieu de l’enregistrement de “Love’s Bringing Me Down”, elle faisait la voix principale sur la magnifique orchestration que Simon Jeffes avait composée. Je me souviens être assis aux studios AIR, le meilleur studio du pays, à écouter cette voix splendide sortir de cet immense système sonore, en me disant : « C’est ma chanson ! » Puis une petite voix a dit : « Alors, c’était comment ? » Et je n’en avais aucune idée, je trouvais juste ça génial d’entendre quelqu’un chanter ma chanson si magnifiquement.
Extrait du livre Purple Records 1971-1978, de Neil Priddey. Purple Records ont été un label et une société uniques en son genre, créé par le management du groupe Deep Purple.

Découvrez notamment dans ce N° 109 d’En-Contact :
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• Notre reportage chez Teleperformance à Tunis,
• Un entretien exclusif avec Alec Clément, directeur opérations & service chez Samsung Electronics France,
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• Notre enquête Spotlight sur les Kebab…
Par Manuel Jacquinet
*Yvonne Elliman est une choriste et chanteuse célèbre, connue pour avoir joué dans Jesus Christ Superstar et accompagné Eric Clapton sur de nombreux albums. Elle apparaît également sur Saturday Night Fever.
Photo de Une : Food Of Love, Yvonne Elliman © Purple Records


