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Comment Nicolas Sarkozy a dealé à Neuilly-sur-Seine, pour sortir M6 d’un petit souci

Publié le 02 novembre 2026 à 15:30 par Magazine En-Contact
Comment Nicolas Sarkozy a dealé à Neuilly-sur-Seine, pour sortir M6 d’un petit souci

La télé, le repérage des talents et l’enjeu des négociations, le foot, la passion relative de Souleymane Diawara pour le champagne Canard-Duchêne.. comme on ne vous les a jamais racontés, telles sont les bonnes raisons de s’emparer de l’ouvrage écrit par Nicolas de Tavernost, conducteur de tracteur dans la Bresse le week-end et patron de M6 pendant très longtemps.

La télé comme jamais - Nicolas de Tavernost - Allary Éditions

Repérer, précocément, le talent d’Emmanuel Chain, de Bibiane Godfroid et de bien d'autres, l’impact de la Ketchup TV (la catch up TV), savoir recruter des Chief of Staff, uniquement des hommes, qui seront mis à rude épreuve et évolueront ensuite avec succès, ailleurs. 
Pressentir la puissance de la série Desperate Housewives… C’est à presque quarante ans de télévision et de révolution des médias que Nicolas de Tavernost nous invite, avec son livre La télé comme jamais, édité par Allary Éditions, dans la rédaction duquel il a été aidé par Alexandre des Isnards.
M6 n’est plus la petite chaine qui monte, ni Nicolas de Tavernost son dirigeant. Il partage désormais son savoir-faire avec CMA-CGM et GL Events, la LFP. Des entreprises où il demeure moins longtemps que chez Métropole Télévision, devenue M6. Car tout a changé et parce que M6 restera le grand fait d'armes de ce patron atypique. Simple, exigeant, fidèle, équilibré, semble-t-il. 

L’ouvrage n’oublie pas ceux qui l’ont accompagné et aidé à construire le succès de M6 : Philippe Bony, premier salarié de la chaine, ses Chief of Staff, durement mis à l’épreuve ou Thomas Valentin, passé par Stanford et les USA, où ce dernier s’est rendu souvent et comprit la puissance des séries. Egalement les nombreuses femmes qui ont aidé à dénicher des programmes que la chaine pouvait se payer. Car on suit de l'intérieur la résilience de l'entreprise, qui perdit très longtemps de l'argent, presque un million de francs par jour. Heureusement, les actionnaires, dûment informés, ont suivi et furent patients. 

Dans les deux extraits qui suivent, on découvre les méthodes de sélection et de management de Nicolas de Tavernost et le talent de l’ex-président Nicolas Sarkozy, pour résoudre des questions de voisinage.
L’Arcom, la fusion ratée avec TF1, le talent d’Emmanuel Chain pour parler d’économie, les séquelles de l’opération de chirurgie esthétique de John de Mol et l’impact de celle-ci sur The Loft, vous saurez tout et passerez un très bon moment de lecture. 

Chief of Staff

Extrait pages 201-202

Pour fonctionner ainsi, j'ai toujours eu besoin d'un bras droit auprès de moi. Aujourd'hui, on dirait chief of staff. Avant, on disait plutôt «sherpa», un mot un peu paternaliste, mais qui disait quelque chose du rôle. Chez moi, c'est un collaborateur direct, qui voit tout passer. Jean d'Arthuys, Yann de Kersauson, Jonathan Curiel, Quentin de Revel, Matthieu Bienvenu, Benjamin Boiron, Tristan Lemoine et plus tard, chez RMC BFM et à la LFP, Cédric Klimcik, m'ont ainsi secondé. Ils ont été en poste deux ou trois ans auprès de moi, souvent au début de leur carrière. Et j'ai toujours apprécié de travailler avec des jeunes.
(…)
Mes sherpas ont toujours été des hommes. Je ne vais pas prétendre que ce choix était neutre. Ce poste créait une proximité permanente avec moi : voyages, horaires tardifs, moments de tension, et une telle proximité professionnelle avec une collaboratrice pouvait à l'époque susciter des remarques déplacées. Je voulais donc éviter toute ambiguïté. C'était ma manière de protéger la fonction, et de me protéger moi-même.
Je n'ai pas dû être reposant tous les jours. En 1989, quand Jean Stock a quitté les programmes, nous avons confié le poste à Alexandre Baloud, qui venait de l'information. Je l'ai emmené un week-end dans ma campagne le former aux achats, aux grilles, aux audiences et surtout au cahier des charges, ce qui n'est pas le plus simple. Au retour, il était essoré. Il m'a dit : « Je ne sais pas si j'ai bien fait d'accepter ce job. »

On va embaucher des stagiaires

Extrait pages 203-204

Quand nous avons commencé à chercher de nouveaux locaux, en 1992-1993, M6 était sortie d'affaire et grandissait vite. Nous étions trop à l'étroit entre la rue Bayard et le cours Albert-1er. J'ai visité beaucoup d'endroits dans Paris.
Finalement, nous nous sommes installés à Neuilly, dans l'immeuble le plus moche de l'avenue Charles-de-Gaulle, qui appartenait à la Compagnie bancaire. Il fallait le restructurer. Le calendrier était serré, nous voulions faire avancer les travaux le samedi. Les riverains, eux, se plaignaient du bruit. Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly, m'a proposé une solution très à sa manière : « Écoutez. On va inviter les voisins à un petit déjeuner. Je vais vous engueuler devant eux. Puis je vais vous demander d'accorder une priorité à leurs enfants pour des stages chez M6. En échange, ils accepteront les travaux du samedi. » C'est exactement ce qui s'est passé. L'immeuble a été livré à temps. Les voisins étaient contents. Nous avons pris des stagiaires, organisé des projections de cinéma pour eux. Sarkozy a ce talent de deal maker : il a su transformer un conflit de voisinage en transaction acceptable par tout le monde.

Mister Good Deal adore les stations service et sa famille, élargie

Il paraît que vous vous rendez souvent au McDonald’s pour mesurer le pouls du pays. Vous allez dans lequel ?

(...) Oui, c’est vrai, mais je passe surtout du temps dans les stations d’autoroute. Je parle un peu aux gens et j’écoute leurs conversations pour comprendre leur centre d’intérêt. Mon obsession, c’est de sortir de Neuilly-sur-Seine (où est installé le siège de M6) et de notre milieu très fermé. Ouvrir ses oreilles quand on fait de la télé, c’est quand même important. Il n’y a pas que Médiamétrie. 
Pourquoi reprendre cet extrait d'une interview accordée par l'auteur au Parisien, à l'occasion de la sortie du livre, il y a quelques jours ? Parce qu'elle révèle, comme tout l'ouvrage, les méthodes que ce dirigeant, réputé très économe, a peaufinées et installées dans l'entreprise et dans sa vie personnelle, dévoilée sans être mise complètement dans la lumière. Nicolas de Tavernost, entrepreneur catholique :)

Super gonflé, la bataille Uber, Mike Isaac

Thierry Roland ne doit pas rester à la retraite 

La télé comme jamais m'a fait songer à un autre récit,  Super Gonflé, la bataille Uber de Mike Isaac. La construction et le développement d'une entreprise dans un contexte hyper concurrentiel ne s'accomplissent pas forcément de la même façon. Mais frôler parfois la ligne jaune semble désormais une constante, une nécessité, ce qui peut occasionner des impacts sur votre vie quotidienne et familiale. Le nom De Tavernost n'apparait plus sur la boite aux lettres ou l'interphone de l'immeuble où le père de famille a habité. On ne vous dira pas pourquoi.  

Lisez ce livre, loin de se réduire à une accumulation d'anecdotes. Moquez-vous, gentiment, comme Thierry Roland dans l'ascenseur où les deux protagonistes se rencontrent et échangent à plusieurs reprises. Au sujet d'un footballeur brésilien.

Manuel Jacquinet.  

Photomontage de couverture, Emmanuel Chain, Alexia Laroche-Joubert, Nicolas de Tavernost, Eva Longoria, John de Mol.

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