COMFORTABLY NUMB. Quand David Gilmour et ses compères séjournaient à Berre-les-Alpes, au studio Super Bear

Le 12 novembre 2020 par Magazine En-Contact

Une interview exclusive de l’ingénieur du son Patrick Jauneaud.

A l’occasion de la prochaine sortie du livre sur les Studios de légende, secrets et histoires de nos Abbey-Road français, arrêtons-nous sur ce qui se passe et s’achève, en novembre 1979, dans un petit village situé à 30 km au-dessus de Nice : Berre-les-Alpes.

Damon Metrebian à Nice  en 1978 – © Collection personnelle

Damon Metrebian, comme le raconte Patrick Jauneaud dans la vidéo qui suit (il était présent à l’époque au studio, en tant qu’ingénieur du son), « est un jeune musicien anglais, doué et ambitieux, qui a décidé de créer, en France, le studio de ses rêves, celui dans lequel il pourrait accueillir et enregistrer David Gilmour, Elton John, Kate Bush, etc. Et c’est ce qu’il va parvenir à faire, en quelques années ». Le guitariste de Pink Floyd y enregistre son 1er album solo et quelques mois après, c’est le groupe entier qui va débarquer et enregistrer là, en France, 80% de The Wall. L’ambiance n’est pas des plus chaudes entre Waters, Nick Mason et les autres, qu’importe. Les dernières sessions pour le double album seront réalisées à Miraval, dans le Var. Dans un autre magnifique studio, désormais devenu la propriété d’Angelina Jolie et Brad Pitt.

« Découvrir l’existence de Super Bear, qui est devenu une banale maison d’hôtes, est notamment ce qui m’a donné envie d’écrire ce livre, indique son auteur, Manuel Jacquinet. C’était il y a quarante et un ans mais il ne reste déjà plus aucune trace de tout ceci, plus de photos du Studio Miraval, guère plus de témoins de cet enregistrement. Le livre n’est pas un condensé de nostalgie, simplement une tentative de consigner les témoignages, les indices, photos, lesquels, dans un subtil mélange, permettent de comprendre ce qui s’est vraiment passé et pourquoi toutes ces personnes étaient là, à ce moment-là. C’est également une tentative d’éclairage, qui s’ajoute à d’autres (voir plus bas), sur la façon dont des œuvres sont ou étaient fabriquées, des œuvres collectives, un point qu’on ne peut pas oublier. Et sur des questions ou motivations très prosaïques qui ont provoqué ces venues, enregistrements. En fouillant un peu, on découvre ainsi que la volonté de fuir le fisc anglais, le Taxman, le désir de profiter des charmes de la Côte d’Azur ou du circuit automobile de Monaco se sont combinés pour que tout ceci arrive. Pink Floyd avait déjà travaillé dans des studios résidentiels français, tel le Château d’Hérouville, lors par exemple de la fabrication de Obscured by Clouds, qui sera la bande son du film La Vallée (Barbet Schroeder). Quand j’ai sollicité le metteur en scène et Bulle Ogier, sa femme,  pour la rédaction du livre, la seule chose qu’ils m’aient dite tous deux, sur leur venue à Hérouville, a été « C’était très agréable. Et j’ai aimé travailler avec les Pink Floyd, qui étaient peu connus à l’époque ».  Tout est dit et rien en même temps.

Ce qu’en ont raconté les membres du groupe Pink Floyd

Dans Comfortably Numb, The inside story of Pink Floyd, de Mark Blake, on retrouve quelques notes sur le récit de ces sessions réalisées en France par les membres du groupe.
 » Les jam sessions au Home Studio de Gilmour amenèrent à d’autres sessions au Britannia Row, lesquelles, pour des raisons fiscales, débouchèrent sur un séjour pour l’enregistrement à Super Bear, près de Nice, en janvier 1978. (…)

L’une des choses agréables quand on enregistre en France est qu’on n’a pas besoin de donner autant au fisc. En 1976, le groupe avait engagé un cabinet de conseillers financiers, Norton Warburg, pour superviser ses affaires financières. Sous le gouvernement travailliste du premier ministre James Callaghan, ceux dont les revenus se trouvaient dans la même tranche d’imposition que les Pink Floyd pouvaient payer jusqu’à 83% d’impôts. Pour les préserver du fisc, Norton Warburg suggéra que le groupe place un pourcentage de ses revenus bruts dans diverses entreprises de capital-risque. L’argent de Floyd fut donc par la suite investi dans des pizzerias, des fabricants de skateboards, une entreprise de sécurité, une entreprise d’argent et de chéquier…(…)
En raison des lois fiscales de l’époque, la seule solution pour le groupe afin d’éviter de tout perdre était de quitter le Royaume-Uni avant le 6 avril 1979 et de garantir qu’il n’y revienne pas avant dans les 365 jours suivants. Il leur avait été recommandé qu’ils gagnent le plus d’argent possible pendant leur absence, parce que n’étant pas résidents, celui-ci ne serait pas imposable.
Moins d’un mois après avoir été prévenus, tous les quatre avaient fait leurs bagages et quitté le Royaume-Uni. Alors qu’ils avaient déjà des résidences secondaires à l’étranger, ce n’était que le début de ce que David Gilmour qualifiera de douze mois d’une « existence plutôt nomade ». Avec l’arrivée à grands pas de la prochaine année fiscale, le groupe décida d’investir rapidement les studios de Super Bear, près de Nice, en embarquant avec eux autant de leur propre équipement de Britannia Row que possible. Ainsi, pour améliorer la décoration à Super Bear, le groupe s’arrangea pour en retirer le tapis rouge et ainsi révéler le sol en marbre qu’il recouvrait. (…)
Mason et Wright restèrent loger au studio. Waters et Gilmour avaient loué des maisons à proximité. Mason, trouvant son logement plutôt moyen, finit par emménager dans la luxueuse villa de Waters, près de la ville de Vence. Bob Ezrin, quant à lui, se réserva lui-même une chambre dans l’hôtel particulier Negresco à Nice. (…)

Le processus d’enregistrement à Super Bear impliqua rarement en même temps les quatre membres du groupe. Bien que cela ait produit l’effet libérateur de laisser à chacun suffisamment de temps pour enregistrer ses parties, il y avait un risque d’isolement et de camps séparés au sein du groupe. À Super Bear, Nick Mason, qui avait, à la grande surprise de Waters, appris à lire des partitions pour les tambours, enregistra la plupart de ses parties au cours des premières sessions, laissant ensuite le montage à Ezrin et James Guthrie. Les bases ayant été posées pour servir d’inspiration pour les autres, Mason y trouva comme avantage supplémentaire de pouvoir de s’échapper de ses sessions futures pour aller faire la course avec sa Ferrari, au Mans (où il est arrivé deuxième de sa catégorie). La longue journée de travail de Guthrie se décomposait ainsi : un quart du travail avec Waters et Gilmour était réalisé de 10h à 18h, avant de retourner au studio jusque tard dans la nuit en compagnie de Richard Wright. Comme toujours, chacun des membres et de leurs collaborateurs avaient un point de vue différent sur « la situation de Rick Wright. » A la moitié des séances, Columbia proposa un deal plus avantageux au groupe s’il parvenait à livrer l’album à temps pour les fêtes de Noel. Parallèlement, d’autres séances furent réservées à Miraval, le studio du pianiste et jazzman Jacques Loussier, en Provence. En sus du gain de temps, l’emplacement du studio était utile à Waters, qui, déterminé à chanter le plus possible pour l’album, l’utilisa pour enregistrer nombreuses de ses parties vocales. « Super Bear était assez haut dans les montagnes et c’est assez connu qu’il est assez difficile de chanter là-bas, se souvient Gilmour. « Et Roger avait beaucoup de difficulté à chanter en harmonie ». Bob Ezrin, quant à lui, fut chargé de passer d’un studio à l’autre, apaisant Waters dans l’un et Gilmour dans l’autre  »

Patrick Jauneaud, interviewé par Manuel Jacquinet, au tout début de la rédaction du livre. Les images, qui étaient initialement censées être utilisées pour de la simple prise de notes, ont été montées en vidéo mais le volume sonore est faible. Merci pour votre indulgence et à Patrick Jauneaud, dans le Sud des Cévennes.

Studios de légende, secrets et histoires de nos Abbey Road français

Beau livre enrichi avec des photos exclusives. 352 Pages. Poids : 1,3kg !
Edité par Malpaso-Radio Caroline Média.
39 euros, prix de souscription jusqu’à fin novembre : 29 euros.

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