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Karim Leklou : «J’ai bossé chez Quick et dans le télémarketing.»

Publié le 07 juin 2023 à 09:46 par Magazine En-Contact
Karim Leklou :  «J’ai bossé chez Quick et dans le télémarketing.»

Le télémarketing a mauvaise presse, souvent associé à la téléprospection effectuée dans le dur. Mais il est utile, lorsqu’il est bien effectué, car il faut bien solliciter des prospects pour gagner de nouveaux clients et parce qu’il permet et a permis à de nombreux jeunes comédiens, artistes, de payer leur loyer ou les vêtements. Dans la longue des artistes et comédiens devenus célèbres et qui ont débuté au standard ou sur le floor ( le plateau, dans le jargon des call-centers), Leila Bekhti, Corneille, Gilbert Melki ou bien Karim Leklou. Né dans les Yvelines, ce dernier a raconté qu’en parallèle de ses débuts dans le cinéma, il avait pratiqué les missions en intérim. Et qu’il s’est fait congédier parfois de certaines plateformes téléphoniques parce qu’il ne respectait pas le script. Dans son métier actuel, c'est recommandable.

On a visionné deux des récents films de celui qui s’installe comme un team leader dans le cinéma hexagonal, le mérite de ces derniers étant de mettre un coup de projecteur sur des évènements ou des quartiers et les histoires qui s’y déroulent.

Pour la France, de Rachid Hami (Memento Distribution, 2023), Goutte d’or de Clément Cogitore, (Diaphana Distribution, 2023)

Quelques raisons de préférer Pour la France à Goutte d’Or

Match entre Pour La France, Goutte d’Or, les deux derniers films de Clément Cogitore et Rachid Hami, sortis récemment sur les écrans et qui ont pour acteur principal Karim Leklou. Alors pourquoi opposer ces deux films ? Parce que le temps est précieux et que…

Karim Leklou joue mieux que… Karim Leklou

Après avoir visionné coup sur coup Goutte d’or et Pour la France, force a été de constater que le deuxième film rendait mieux justice au talent de l’acteur, un avis qui n’engage que l’auteur de ces lignes. Omniprésent sur les écrans en cet hiver 2023, l’acteur, que l’on avait découvert chez Romain Gavras (Le Monde est à toi) ou Cédric Jimenez (Bac Nord) fait preuve dans ces deux nouveaux films de la même présence magnétique. Marabout à la Goutte d’or dans l’un, frère éploré par la mort prématurée et accidentelle de son frère dans l’autre, les deux films mettent finalement en scène une trajectoire similaire, de la délinquance, plus ou moins organisée à une forme de sagesse et d’acceptation des responsabilités. Par son décrochage spatio-temporel à Taïwan, son aspect autobiographique, et le fait divers tragique dont il rend compte, Pour la France ajoute à la performance de Leklou un supplément de profondeur.

Pour la proximité du réalisateur avec son sujet

C’est bien simple, Pour la France est l’hommage que rend Rachid Hami à son frère Jallal, étudiant prometteur passé par Sciences Po, mort noyé lors d’un bizutage alors qu’il était élève à Saint-Cyr. L’Algérie de la Décennie Noire, un séjour à Taïwan où le frère décédé a fait une année d’étude, qui scelle la réconciliation des deux frères, la douleur posthume, le film évoque et entremêle époques et sentiments, et fait le choix surprenant de ne pas donner dans les règlements de compte. Clément Cogitore nourrit aussi son film d’autobiographie, il a habité à la Goutte d’Or :  « le film est nourri de ma connaissance et de mon amour pour ce quartier, de la manière dont il fait partie de ma vie ». Il l’explique dans le dossier de presse, un peu plus d’une centaine de mineurs isolés en provenance de Tanger ont trouvé refuge dans ce quartier populaire du nord-est parisien, non sans heurts (selon Le Monde, 813 gardes à vue de mineurs isolés auraient été enregistrée rien qu’en 2017). Il s’en inspire pour les faire se croiser avec une figure mythique du quartier, remise au goût du jour, le marabout. Mais d’où vient qu’on reste comme à distance des choses ? Cogitore semble évoquer à demi-mots, en interview et dans le film, la gentrification qui touche le dix-huitième arrondissement et le rejet des populations les plus pauvres dans ces HLM flambants neufs de Porte de La Chapelle qui ont du mal à trouver preneurs, avec le regard mi-figue mi-raisin du gentrificateur non-assumé.

Pour la scène de karaoké dans un taxi qui clôt Pour la France

Un frère accompagne l’autre à l’aéroport. Chance : le taxi possède un karaoké, c’est parti pour « Pour Ceux » de Mafia K’1 Fry, collectif dont ont fait partie Rohff ou Kery James pour les plus célèbres. L’idée est simple et renouvelle le genre un peu éculé de la scène musicale. La mention de Pattaya dans les paroles rappelle que le film nous emmène bien loin de la Thaïlande et de clichés habituellement véhiculés sur les banlieues ou les populations dites « issues de l’immigration ».

Les salles de cinéma et l’expérience qu’on y a vécue

On a vu Goutte d’Or dans une salle du Louxor, à quelques dizaines de mètres de l’action où se passe le film. Cela explique pourquoi, le lendemain de sa sortie, la séance de 20h était complète, en plus de l’exiguïté de la salle. A chaque fois qu’on retourne au Louxor, on apprécie plutôt le neuf un peu clinquant – et assumé – de la décoration intérieure confiée à Philippe Pumain lors de la rénovation et le choix de la variété d’ambiances entre les salles. La petite salle 3 (74 places), toute tendue de velours rouge, présente aussi la particularité d’avoir des fauteuils en cuir. Le plus s’avère être le café avec terrasse au sommet du cinéma, réservé en priorité aux détenteurs des cartes d’abonnement 5 places et 10 places (pour 34,50 € et 60 €).

Direction Le Brady pour Pour La France. Le cinéma inauguré en 1956 et qui fut la propriété de feu Jean-Pierre Mocky nous accueille dans une salle encore plus intimiste (39 places), mais infiniment plus impersonnelle, à l’écran de dimension modeste. Innovation notable, chaque rangée intègre un siège double, pour les amoureux ou le spectateur esseulé qui voudrait prendre ses aises. Une salle qui se loue par ailleurs, pour des tarifs allant de 115 € HT à 165 € l’heure en fonction du jour et de l’horaire, pour une durée d’1h30 minimum. Pour des projections privées, comptez 300 €.

Benoit Hocquet

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