Jeff Bezos, auquel vous me faites l’honneur de me comparer…

Le 3 août 2016 par Magazine En-Contact

La force des discrets 

« Le bruit c’est le pouvoir. Plus notre pays sera bruyant, plus il sera perçu comme puissant ». Cette phrase de James Watt, secrétaire à l’intérieur sous Ronald Reagan, beaucoup de pays et d’individus, de dirigeants d’entreprise en ont fait une religion : l’important ce ne serait plus de faire mais de parler, d’être “relayé”. Armés de Twitter, rendus puissants par leur “communauté” sur Facebook, il faudrait entendre babiller ces “nouveaux bavards” à tout bout de champ. Et si, à l’aube de cette rentrée, on pouvait lire ou relire un ouvrage admirable qui nous dit précisément l’inverse : « La force des discrets » de Susan Cain.

Pour les grands fainéants qui adorent les annales du BAC, on vous le résume en très court : les discrets, les introvertis, les contemplateurs sont souvent ceux qui changent le monde alors que notre époque glorifie plutôt les extravertis, les grands communicants. Portraits rapides de quatre grands discrets à l’œuvre dans notre secteur qui dialoguent avec les ministères, font la nique à Amazon ou développent avec talent des sociétés de service dans des secteurs très concurrentiels. Et pour poser le sujet, quoi de mieux que d’évoquer la mise en redressement judiciaire d’une start-up qui a fait beaucoup de bruit ces derniers mois, ChicTypes.

La force des discrets, une enquête publiée dans le Numéro 93 du magazine En-Contact, disponible le 23 août.

photo RDSMITHSi ce n’était sa présence récurrente dans le classement des 500 plus grandes fortunes françaises (source classement Challenges), Derek Smith, qui pointe à la 326ème place, serait inconnu ou quasi. Très peu de photos du Monsieur, des interviews tout aussi rares, au point qu’on pourrait croire qu’on a affaire à un espion qui aurait choisi un nom d’emprunt pour garantir sa couverture. Et si en réalité, notre sieur était tout simplement un homme discret ?

Son profil :
Chef d’entreprise. Avisé.

Son employeur :
Lui-même.

Son actualité :
Il a regardé récemment un dossier de reprise d’entreprise «Atlas for Men» dans son domaine d’activité qu’il a vite écarté, laissant à un fonds d’investissement du secteur le soin de s’y coller.

L’interview du Bo Derek* (qu’on n’a pas pu faire)
On avait pris rendez-vous, pour le rencontrer, mais il a annulé, « en raison d’un rendez-vous important qui s’est ajouté à son emploi du temps » ; à mon avis, du temps, cet homme-là n’en perd pas beaucoup. Réactivité, discrétion, implication, souci du détail, telles sont les qualités qui ont permis à ce franco-américain de constituer un véritable empire de la vente à distance : vins, foie gras, médailles, vêtements, reproductions d’objets historiques, les équipes du Bo Derek sont capables de tout écouler par téléphone ou sur catalogue ! Un vrai camelot, talentueux et qui conserve ses centres d’appels en France, joignables avec un numéro d’appel surtaxé : pas folle la guêpe !
Quand certains pensent qu’il n’y a pas de salut hors du digital, que les applications sont le graal, que le téléphone c’est mort, Derek n’en pense pas moins. L’homme moderne pour lui, c’est le chef d’entreprise impliqué, capable de racheter des affaires à la barre du tribunal de commerce, comme il le fit pour l’entreprise éponyme, qu’il a depuis développée. On lui a posé des questions, il y a répondu, ou plutôt il a fait répondre par Camille Germain, sa fidèle attachée de direction. Pour le titiller, on lui avait proposé le titre : « Derek plus fort que Jeff Bezos, histoire d’un homme moderne qui vend des médailles miraculeuses mais pas que.. ». En effet, l’empire du Bo Derek fait coexister de la vente de vêtements, de foie gras, de numismatique, toujours avec le même modèle : publicité dans des magazines à forts tirages, vente par téléphone et sur catalogue, fidélisation de la clientèle. Depuis peu, il y a ajouté des boutiques, parfois dans des quartiers très bourgeois comme celle de l’avenue Victor Hugo à Paris.
Ses réponses à nos questions, les voici : «Bien que nous ne vendions pas de médailles miraculeuses, c’est en effet aux yeux de certains un miracle que nous survivions à une époque où les plus grands ont abandonné le papier au profit d’Internet…
Plus sérieusement, la clé de la survie à long terme se trouve avant tout dans le bon sens du dirigeant et des équipes qui l’entourent, et dans un principe fondamental : s’occuper, avant soi-même, de son client, par tous les moyens possibles, car c’est lui qui vous fait vivre.
Jeff Bezos, auquel vous me faites l’honneur de me comparer dans un projet de titre humoristique, mène une stratégie inverse : pour gagner des clients, il élimine les concurrents par une politique de prix et de service déloyale, qui ne permet pas la moindre rentabilité à 10 ans. Il a participé (et continue de le faire) avec une efficacité incroyable à la disparition d’un grand nombre de librairies, de commerces de proximité et de vendeurs à distances ou par correspondance dans tous les domaines, et cela au détriment des règles mêmes du capitalisme moderne – mais avec la bénédiction des pouvoirs publics et de l’Union Européenne, qui lui a permis, en plus de primes à l’emploi pour des salariés bassement rémunérés et du CICE, de ne pas être assujetti à la TVA française, moins avantageuse que celles du Luxembourg ou de l’Irlande.

Voilà ce que je peux vous dire sur le sujet qui vous intéresse – je n’ai malheureusement pas de « recette miracle » à vous dévoiler.»

Le livre qui l’a marqué :
« Le Gâchis français » de Jean-Marc Daniel, aux éditions Tallandier.

Pour le joindre :
adirection@tresordupatrimoine.fr

*Actrice et productrice américaine que les quarantenaires ne connaissent pas mais qui a affolé les compteurs dans les années 80, notamment avec son apparition dans le film Elle. Compte tenu de la haute stature de Derek Smith, de sa nationalité franco-américaine et de son profil d’acteur, nous nous sommes autorisés cette analogie.

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