Le magazine indépendant et international du BPO, du CRM et de l'expérience client.

"Je ne voulais confesser que lui..." Bernard Lions

Publié le 26 janvier 2023 à 13:22 par Magazine En-Contact
"Je ne voulais confesser que lui..." Bernard Lions

Rencontre avec le biographe de Jean-François Larios, Bernard Lions.

 

Manuel Jacquinet : Qu’est-ce qui est difficile et plaisant dans la rédaction d’un ouvrage de ce type ?
Bernard Lions : D’arriver à ce que le héros s’approprie pleinement son ouvrage, alors qu’il ne l’a pas écrit. C’est fondamental à mon sens. Si c’est le cas, c’est gagné. Les (bonnes) critiques littéraires et le succès public passent et viennent éventuellement après. Le plus plaisant, c’est l’aventure humaine, la rencontre à l’issue de laquelle tu parviens à accoucher le héros, à te glisser dans sa peau et à t’approprier sa vie, que tu n’as pas vécue, et à lui faire dire beaucoup plus que ce qu’il comptait te confier. Avec Larios, ça a parfois été frontal, folklorique, émouvant, franc et sincère. Une vraie rencontre d’hommes, en somme.

 

Comment concilie-t-on ceci avec son métier au quotidien ?
En mettant son métier de côté, au quotidien. J’ai attendu la fin de la saison de football pour aller passer huit jours de « vacances » chez Larios, à Pau. Puis, tout le travail d’écriture et de vérifications des infos, dates, évènements… je l’ai réalisé dans l’été, pendant mes jours de repos ou de vacances (j’en avais pas mal à prendre). Je l’ai complété sur la fin, en travaillant la nuit, après ma journée pour le journal.

J’ai joué avec le feu, Solar Editions

 

Le style dans le livre est particulièrement adapté, selon moi, à la personnalité de Jean-François Larios. Cette adéquation a-t-elle été complexe à trouver ?
Finalement non, parce que ce livre est avant tout l’histoire d’une rencontre et d’un coup de cœur, réciproque je pense. Pas une commande d’éditeur. Larios voulait que ce soit moi qui le « confesse » et moi, je ne voulais « confesser » que lui. Dès notre première rencontre, la musique du livre a de suite résonné dans ma tête. Sans doute parce que nous avons tous deux un caractère assez proche. Toute la difficulté, dans l’exercice si particulier de l’écriture d’une autobiographie, réside ensuite dans la capacité de l’auteur à gommer sa plume pour laisser apparaitre le style et le phrasé du héros. Ceci afin que le lecteur puisse avoir le sentiment que le héros s’adresse directement à lui, sans filtre. Cet aspect compte grandement selon moi, en plus du fond, c’est-à-dire de l’aventure humaine que l’on raconte, dans la réussite d’une autobiographie. Ce style littéraire a parfois eu du mal à fonctionner en France, justement parce que l’auteur mettait son style de narrateur au service du héros. Le lecteur se sentait alors trompé. Il ne reconnaissait pas le héros et avait le sentiment de lire une biographie. Pas une autobiographie.

 

Que penses-tu des outils qui sont proposés aux directions des journaux pour remplacer, automatiser la rédaction de contenus, de vidéos ?
Il est normal de profiter des outils modernes à notre disposition. Mais, s’ils peuvent servir de facilitateurs, c’est un leurre de croire qu’ils vont remplacer la collecte de l’information. Elle passera toujours par une démarche fondée sur l’humain.

 

Comment s’écrit, selon toi, l’avenir du métier de journaliste sportif, et sous quelles formes demain ?
Les caméras de télévision étant désormais omniprésentes dans les stades, la tentation est grande de limiter le travail du journaliste à un emploi posté, c’est-à-dire depuis un bureau, bien loin de la conception que j’aie du métier de reporter. Ceci afin de limiter les coûts. Mais cela limite d’autant la qualité de l’information, soudain devenue low-cost. Le journaliste n’analyse plus l’information qu’il recueille par lui-même. Il ne traite plus que celle qu’on lui montre, par le prisme d’une image filtrée. L’indispensable part de ressenti, de vécu et de relations humaines qui permettent de vérifier et d’analyser une information disparait. D’où le risque d’une « mal information ». Voire d’une désinformation au service du roi qu’est devenue la communication.

 

Propos recueillis par Manuel Jacquinet

Photo de une : Bernard Lions – © DR

*Bernard Lions, né en 1970, à Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), est journaliste sportif à L’Equipe.

A lire aussi

Profitez d'un accès illimité au magazine En-contact pour moins de 3 € par semaine.
Abonnez-vous maintenant
×