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Gardiens d'immeubles, un métier du présent, d'avenir, pour les couples solides !

Publié le 26 juin 2026 à 12:30 par Magazine En-Contact
Gardiens d'immeubles, un métier du présent, d'avenir, pour les couples solides !

Devenue gardienne d’immeubles sur le tard, Adelaïde Portovedo Da Silva décrit avec sincérité et une économie de mots touchante : le quotidien de son métier, son parcours et l’importance de la famille, l'importance de l’accord de celle-ci pour l’exercice de ses nouvelles fonctions. Et enfin, l’impact de certains métiers sur la vie des couples.

De Coimbra à Argenteuil 

Je suis originaire d’un petit village à trente kilomètres de Coimbra, entre Porto et Coimbra, Aveiro précisément. C’est une région boisée, tranquille. Le parcours qui m’a menée en France est représentatif de celui de nombreux autres portugais. Je me suis mariée en 1991. Mon mari avait un frère qui était déjà installé ici, depuis 1977. On est venus passer une semaine de vacances, et son frère a trouvé du travail pour mon mari. On est repartis au Portugal pour prévenir nos parents de notre départ car c’était important de le leur annoncer de vive voix. On s’est installés à Argenteuil, on y a eu nos enfants et vécu plus de vingt ans. On a eu deux enfants, des jumeaux. Dimitri et Kevin. Dimitri est mécanicien chez Kia, il vient de se marier et il va être papa. Kevin est dans l’automobile aussi, chez Norauto. Tous les deux dans l’auto, je ne sais pas d’où ça vient. Ils habitent pas loin, l’un dans le 91, l’autre dans le  95. On se voit régulièrement, le dimanche surtout. La famille, pour nous, c’est important  !

L’ex-femme de ménage devient gouvernante

J’ai travaillé vingt-sept ans dans une clinique privée à Paris. J’y ai commencé comme femme de ménage, et, au fil du temps je suis devenue adjointe gouvernante, puis gouvernante. Je gérais l’équipe de ménage de nuit et ne travaillais que la nuit, du lundi au vendredi. C’est physiquement très dur et de plus en plus avec le temps. Et compliqué à gérer avec la famille : mon mari gardait les enfants la nuit, moi je les gardais le jour. C’était un choix. On est venus en France pour travailler, et on a toujours travaillé très dur. Je fais encore ça en parallèle de mon poste de gardienne mais j’aimerais bien arrêter, je sens qu’avec le temps ça me fatigue beaucoup.

Adélaïde © Kasia Wandycz

Quelque chose de plus tranquille

Quand les enfants ont grandi, j’ai commencé à chercher autre chose pour mes dernières années en France. Je voulais quelque chose de plus tranquille. J’ai une belle-sœur qui est gardienne et est partie à la retraite au Portugal. J’avais pensé reprendre sa place, mais ça ne s’est pas fait. Et puis une amie m’a parlé de ce poste ici, dans le 16ème, le syndic cherchait quelqu’un. Je me suis présentée et j’ai eu le poste. Ça fait un an et demi à peu près que je suis là et je suis contente. Ici, je gère trois immeubles. Le 28bis, le 30 et le 3 square. Alors que certaines gardiennes ne s’occupent que d’une entrée, moi j’en ai trois, ça fait plus de travail, mais ça se gère. En tout, ça représente une quarantaine de logements. 

La journée de travail, les colis, l’œil vigilant

Je commence à 7h30. On commence par les poubelles, mon mari et moi les sortons le soir et les rentrons le matin, dès que les éboueurs sont passés. Après, c’est le ménage, un jour plus à fond, l’autre plus léger. On s’organise comme on veut, du moment que c’est fait. C’est cela qui change beaucoup en comparaison de mon précédent métier : je gère mon temps. Personne ne vient me dire que c’est mal fait. Si tout est réalisé comme il faut, on vous laisse tranquille.

La réception des colis : il y en a beaucoup. Je ne suis pas obligée de les prendre, mais je le fais. Ça rend service aux livreurs, ça rend service aux résidents qui ne sont pas là. Ça ne me pose pas de problème.

Découvrez Adélaïde dans Les Cahiers de l'Expérience Clients by En-Contact #12

Vous surveillez aussi les entrées dans l’immeuble ? 

Oui. Je fais attention à qui rentre. Quand je vois un visage que je ne connais pas, j’essaie de savoir de qui il s’agit et où il va. Une fois un monsieur s’est présenté comme un éboueur pour demander ses étrennes de Noël. Je ne l’ai pas laissé rentrer. Ce n’était pas un vrai éboueur.

« Pain pain »

Ce qui m’a touchée, maintenant que j’ai découvert ce métier, ce sont certaines rencontres. Ici, les gens sont aimables, des deux côtés, au 28 comme au 30 comme au 3. Quelques mois après mon arrivée, un couple de l’immeuble nous a invités, mon mari et moi, à prendre un apéritif chez eux avec un autre couple. C’était très sympa. Et ça crée quelque chose, maintenant on est amis, vous voyez. On apprend à connaître les habitants, on construit des routines avec eux ; il y a un petit garçon âgé d’un an au 30. Lorsqu’il rentre de la crèche, chaque soir, il frappe à ma porte. Il vient demander un morceau de pain. Il a appris le mot, alors dès qu’il arrive près de chez moi, il dit « pain, pain ». Je pense aussi à une habitante, âgée de 97 ans avec sa fille, avec lesquelles on est devenues comme des amies. Ce sont ces petites choses-là qui font que ce métier me plaît.

On ne mettra pas un robot pour nettoyer un escalier

À quelques années de sa retraite, Adélaïde et son mari songent-ils au Portugal, au robot qui pourrait les remplacer ?* Qu’est-ce qui importe et a permis ce parcours professionnel exigeant, riche et la vie heureuse en famille ? Dans la bouche de la gardienne, aucune peur de l’IA, des robots mais la conviction que certains grands accords ont été vitaux.

Le, les robots - On ne va pas mettre un robot pour nettoyer un escalier. Et beaucoup de gens préfèrent disposer de quelqu’un sur place plutôt que d’une société extérieure qui passe et repart. Ce lien-là, on ne le remplace pas.

Le mari, le conjoint - Mon mari m’aide. Le soir, il sort les poubelles avec moi. Quand il y a une ampoule à changer, il la change. Il est maçon, il est à son compte maintenant, il fait des travaux d’intérieur, placo, carrelage, peinture, à Paris et en région parisienne. Il faut que le mari soit d’accord pour ce métier, sinon ça ne peut pas marcher. Nous, on l’est.

Le Portugal - On a acheté une vieille maison de famille, on y fait des travaux petit à petit. Quand je partirai d’ici, je rentrerai. Le Portugal, ça restera toujours le Portugal. Le climat, les amis, la famille, les racines. Parfois, je songe que peut-être, rester là-bas aurait été un bon choix. Le pays me manque beaucoup. Je trouve qu’on y est plus tranquille. Ce sentiment provient certainement du fait que je vis dans une grande ville.

Mais je ne regrette pas ce qu’on a construit ici. Mes enfants ont grandi, ils ont leur vie, ils vont bien. 
C’est l’essentiel.

Entrez, c'est ouvert ! 

Entrez, c'est ouvert, une série sur les gardiens d’immeubles. En exclusivité sur En-Contact, toute l’année 2026. Pas visible sur Netflix, mais sur notre chaîne Youtube
Découvrir ici les interviews de Bodgan, Manuel et Marie-Thérèse Esteves.

*Ndlr : Actuellement, la grande crainte de nombreux salariés est leur probable remplacement par des robots, des agents IA.

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