When you’re strange

Le 23 mai 2013 par Magazine En-Contact

Merci Ray et bon vent !

Chapitre 1 : le pick-up jaune d’or, 1974
J’avais un pick-up jaune, je dirais bien aujourd’hui en le voyant qu’il était «naze» mais non…malgré sa couleur criarde, ce truc de plastique jaune d’or, pour être précis, m’a permis des millions d’économie en lsd et autres drogues qu’on devait prendre dans les années 70 et plus, pour rêver un peu. J’ai vécu jusqu’à 13 ans à Thorigny sur Marne, c’est avec peu de chose là bas qu’on parvenait à rêver : les champs qui entouraient la maison, dans la seine et marne pas encore devenue l’antichambre d’Eurodisney ; le numéro 14 sur un maillot de foot, celui de Cruiff en sélection batave et à l’Ajax…
Abba, Elton John, Rare bird… je remettais comme un fou les 6 ou 7 disques possédés, et j’aurais bien voulu que le bouton, sur le côté du pick-up, celui du volume, allât plus loin. Pour mettre plus fort.
On ne dira jamais assez que obladi oblada chanté à tue tête, ça fait plus de ravages que n’importe quels stupéfiants susceptible d’être acheté à Sevran en 2013.
Pour aller à Paris, il fallait prendre le train, à Lagny.

Chapitre 2 :Aux 4 sergents, à coté du lycée Henri 4, 1981
Je ne sais pas s’ils se sont passés le mot cette année là mais on a bien ri et pleuré, à la fois : pas complètement attaqués par les séquelles de l’écoute intensive des Eagles, de Clash, de Van Halen ou King Crimson, quelques copains d’un grand lycée parisien passent leur vie aux 4 Sergents, le café qui faisait l’angle à l’époque de la rue qui mène à la Contrescarpe. Avec 5 francs, si on est bons et putain qu’on était bons, on pouvait passer 3 heures au flipper… bon, on avait réglé le tilt un peu fort afin de pouvoir mettre des coups de latte énormes à la machine sans qu’elle gémisse jamais…
On était censés se stresser pour le bac, les classe prépa ensuite et qui aurait Fénelon, Louis le Grand… je t’en fiche, on se tapait un petit match à la récré, en 4 contre 4, sur le terrain de hand.
Deux fois dans l’année, des mecs un peu connus, et qu’on aimait bien sont morts, on a été voir Zaoui, le censeur et on lui ai dit qu’il n’y aurait pas cours. QU’IL NE POUVAIT PAS Y AVOIR COURS, vu que John Lennon et – quelques mois plus tard — Bob Marley avaient passé l’arme à gauche.
Je ne sais pas comment c’est, désormais, mais en mai 1981, rue Clovis, la mort d’un grand musicien ou chanteur suscitaient l’émoi, non feints dans une classe de guignolos dont la moitié désormais doivent être des mecs très sérieux, dans des ministères ou à La Défense.

Chapitre 3 : Épreuves du bac, parc des bauges, juin 2010
J’accompagne Edouard, qui passe le bac en candidat libre, à Alby sur chéran, au lycée de l’albanais. Les hasards et détours de la vie ont fait que bien qu’habitant Paris, Edouard est rattaché à l’académie de Grenoble…
Face A, le bon point, mon fils passe son bac, no comment.
Le mauvais coté c’est qu’on passe l’épreuve de natation à Cluses, jour j, la philo au lycée de l’albanais, alby, et l’allemand à Annecy…
Face B, souvent la meilleure, le bon coté : avec toutes ces pérégrinations on a le temps d’écouter de la musique en voiture.
Il a choisi les cd. Entre garçons, pas de censure, à fond le son : come on baby light my fire
[haiku url=”https://en-contact.com/wp-content/uploads/The-Doors-Light-My-Fire.m4a” title=”Title of audio file”] Quelques mois plus tôt, on est allés voir tous les deux, le super documentaire de Tom di Cillo sur un groupe créé en Californie, par deux gars notamment qui se rencontrent à Venice..
L’un deux sait à peine jouer de la musique et /mais leur premier album change la face de la planète…ils s’appelent les DOORS. Avec son seul orgue et ses claviers Ray Manzarek touche au divin, comme lorsque Johann Cruyff, à la troisième minute, en 1974 s’engage dans la surface, accélère d’un coup et pousse à la faute ( final RFA / Pays Bas – 1974) Pénalty, Neeskens met une praline en plein milieu des cages, Sepp Maier est dans les choux…

Chapitre 4 : Ray Manzarek ne jouera plus de l’orgue, mai 2013
Il y a des gens dans la vie, quand ils se mettent à jouer de l’orgue ou au foot, ça accélère.
Les morceaux qu’ils jouent, les arabesques gracieuses qu’ils commettent avec leurs pieds ou leurs doigts sont comme un péché, qui marque pour toujours tous ceux qui ont des pick-up jaune d’or, des écrans de télé. Autre chose dans les veines que l’envie de tweeter 120 fois par jour…
Je suis sacrément content et heureux que mon fils ou mes filles adorent notamment, la musique, la « grande musique » comme dit h.
Qu’ils aient envie, sur la route des épreuves du bac, sur leurs baladeurs, de mettre très fort… Alabama Song ou light my fire.

Alors, merci. Merci, Ray Manzarek, adieu, bon vent !

NB : Pour nous consoler, il reste Steve Winwood, pas mauvais à l’orgue hammond…quelle époque de dingues, on ne trouve déjà plus, sinon en import, son ahurissant About time ! Que fait la police ?

NB : Nous avons appris la mort de ray manzarek le 20 mai 2013

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