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Mylène Farmer inspire les entrepreneurs à succès. On est désenchantés, avoue Théo Lion

Publié le 17 juillet 2026 à 10:00 par Magazine En-Contact
Mylène Farmer inspire les entrepreneurs à succès. On est désenchantés, avoue Théo Lion

Désenchantée ? Trente-cinq ans après Mylène Farmer, Théo Lion, entrepreneur efficace, passé par HEC, spécialiste et amoureux notamment de Meta*, de Linkedin et des podcasts, a publié une chronique lumineuse dans les Echos du 16 juillet. Il appelle à des engagements collectifs. Sinon, ça va barder !

NB: La tribune a été publiée dans les Echos du 16 juillet. On a observé, avec le temps, que 80% des jeunes entrepreneurs ne sont plus abonnés à des journaux. Que très souvent, par contre, lorsqu'un article les concernant est publié dans ces mêmes journaux, ils le relaient. Parfois même, c'est un PDF complet de l'article qui est repris, sur Linkedin. On a choisi d'en publier de larges extraits et de renvoyer vers le site des Echos

(..) Une génération entière fait de la création d'entreprise sa religion, son identité, sa quête de sens. 

Ce n'est ni un hasard de marché, ni la conséquence d'un écosystème start-up bien huilé. C'est le signe que quelque chose s'est cassé bien en amont, dans l'ordre symbolique qui donnait autrefois à l'existence sa cohérence. L'entrepreneuriat contemporain est la réponse d'une société désenchantée à un vide qu'elle n'ose pas nommer.

Une génération entière fait de la création d'entreprise sa religion, son identité, sa quête de sens. Ce n'est ni un hasard de marché, ni la conséquence d'un écosystème start-up bien huilé. C'est le signe que quelque chose s'est cassé bien en amont, dans l'ordre symbolique qui donnait autrefois à l'existence sa cohérence. L'entrepreneuriat contemporain est la réponse d'une société désenchantée à un vide qu'elle n'ose pas nommer.

La liberté comme horizon, la fuite comme moteur

Ce qui frappe, quand on observe le phénomène entrepreneurial français de près, ce n'est pas l'appât du gain, c'est la quête de liberté. Des milliers de jeunes actifs, souvent diplômés, souvent bien insérés, quittent des trajectoires balisées non pas pour s'enrichir, mais pour échapper à quelque chose qu'ils peinent à définir. Il y a là un sentiment de tromperie pour ces jeunes, comme la conviction diffuse d'avoir suivi des règles qui ne mènent nulle part.

Cette insatisfaction ne concerne pas les conditions de travail. Elle touche au sens même du chemin. On peut leur proposer le même salaire dans un autre cadre, ils refuseront. Ce qu'ils fuient, ce n'est pas le CDI ou la hiérarchie : c'est l'absence de grandeur dans ce qu'on leur propose. L'entrepreneuriat leur offre une aventure là où la société n'en vend plus aucune.

Ce ne sont pas des gens qui ont échoué. Ce sont des gens qui ont réussi exactement ce qu'on leur demandait et qui n'y trouvent rien.

Musset diagnostiquait la même chose dans « La Confession d'un enfant du siècle » (1836), il y décrivait une génération née après Napoléon, coincée entre un passé héroïque et un présent bourgeois vide de tout idéal, frappée par ce qu'il nommait le mal du siècle : mélancolie, scepticisme, désoeuvrement métaphysique.

La description tient encore. Un patient sur deux chez les psychologues a moins de 34 ans. Ce ne sont pas des gens qui ont échoué. Ce sont des gens qui ont réussi exactement ce qu'on leur demandait et qui n'y trouvent rien.

A Station F. Crédit Edouard Jacquinet. 

Le désenchantement comme cause profonde

Pour comprendre pourquoi ce vide s'est creusé, Marcel Gauchet offre la grille de lecture la plus rigoureuse. Dans « Le Désenchantement du monde » (1985), il montre comment les sociétés occidentales sont sorties de la religion, non pas au sens de la foi personnelle, mais au sens de l'organisation collective (…)

Rien ne dit plus pourquoi ces règles plutôt que d'autres, pourquoi ceci plutôt que cela. Le sens doit être inventé. C'est une situation sans précédent dans l'histoire humaine et aucune société n'a encore trouvé comment la résoudre collectivement. C'est pourtant dans ce vide que s'engouffre l'entrepreneur.

Une religion de soi et ses limites

Ce que construisent les entrepreneurs contemporains ressemble trait pour trait à un système religieux. Il y a un idéal de perfection (l'entrepreneur successful), des prophètes (les figures d'Internet, les podcasts à millions d'écoutes), des courants doctrinaux (développement personnel, stoïcisme appliqué, productivité radicale), des rites (la « morning routine », le bilan annuel, le pivot). Ce n'est pas une métaphore.

Bergson le montrait déjà dans « Les Deux Sources de la morale et de la religion » (…) En réalité, tout le monde cherche du sens partout. Le problème, c'est qu'elle ne peut en chercher qu'à l'échelle individuelle. La religion entrepreneuriale est une religion du moi, une tentative de ré-enchantement strictement personnel dans une époque qui ne propose plus d'aventure collective. Et une religion où l'on est soi-même le dieu n'a pas les ressources pour tenir longtemps. Elle produit de l'épuisement, de la solitude, et une désillusion d'autant plus violente qu'elle frappe ceux qui ont réussi.

Mais ce n'est pas l'entrepreneuriat qu'il faut critiquer. C'est l'idée que le sens peut être entièrement privatisé. Le vrai enjeu de notre époque n'est pas de relancer la croissance ni d'améliorer le taux de survie des start-up, c'est de trouver à nouveau des formes d'engagement collectif capables de porter une aventure commune. Faute de quoi, chaque génération continuera de recréer, à titre personnel, ce que nos sociétés ont cessé de proposer en commun.

Théo Lion est fondateur et PDG de Coudac.

  • Désenchantée est un titre de Mylène Farmer, sorti en 1991 et le morceau le plus célèbre et vendu de la chanteuse, qui l'a écrit, Laurent Boutannat en ayant composé la musique. 
  • Coudac est une “Agence spécialiste en ROI Facebook et Instagram Ads”.
  • Matthieu Stefani est créateur de podcasts dont GDIY, consacré à la création d'entreprises. L'audience mensuelle de ce dernier dépasse souvent les 500 000 écoutes. Legend a pris la suite, édité par Guillaume Pley. 

La rédaction d'En-Contact

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