Est-ce… la chute de l’empire américain ?

Le 2 avril 2019 par Magazine En-Contact

Comme l’indique le titre d’un film récemment sorti en salles et mis en scène par un Québécois ; comme le suggèrent les attaques et critiques, de moins en moins voilées qui surgissent çà et là : Facebook a été qualifié de gangster numérique par les parlementaires britanniques en février 2019.

« L’important, c’est que nous soyons réveillés et espérons-le, pour un très long moment. » C’est ainsi que se clôturait Eyes Wide Shut, le dernier film de Stanley Kubrick, sorti il y a vingt ans (et tiré d’une nouvelle de Arthur Schnitzler). Le cinéma est parvenu en France, grâce à différents dispositifs, à maintenir une production et un réseau de salles dense et ouvert à toutes les formes de productions. Il nous permet de garder les yeux ouverts. En témoignent quelques films sortis ces dernières semaines, que nous avons appréciés. Issues du désir et du travail d’auteurs roumains, israéliens ou québécois, ces œuvres parviennent jusqu’à nous grâce au travail de distributeurs courageux et passionnés.

Les témoins de Lendsdorf, d’Amichai Greenberg

Que reste-t-il lorsque nous perdons notre identité ? Quel est l’impact de l’histoire sur nos vies au quotidien ?
Le pitch : Yoel, historien juif orthodoxe est en charge de la conservation des lieux de mémoire liés à la Shoah. Alors qu’il enquête depuis des années sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lensdorf, en Autriche, un ultimatum l’oblige à accélérer ses recherches : s’il ne trouve pas de preuves tangibles de ce massacre, le site sera bétonné. La découverte qu’il va faire l’amène à reconsidérer sa vie personnelle, à réfléchir sur l’oubli et la quête absolue de la vérité.
Dans le film, Yoel se met en quête des deux derniers témoins qui seraient encore en vie, afin de comprendre. L’un, juif, a été assassiné lorsqu’il est retourné sur place. Le deuxième détient peut-être les clés de la compréhension, tandis que les villageois de Lensdorf restent muets : personne ne désire que les documents classifiés soient ré-ouverts. Filmé et construit comme un thriller, la quête de Yoel sur ce massacre se rapproche de plus en plus, tout au long du film, de la quête que l’historien mène sur sa propre famille et identité. « Ce qui m’intéresse, c’est la pertinence, l’impact de l’histoire sur nos vies au quotidien (…) Que nous reste-t-il lorsque nous perdons notre identité ?  S’il y a un message dans ce film, c’est bien l’importance de nos origines. On le voit dans le cadre du Brexit, en Catalogne ou aux États-Unis. D’un côté, nous voulons le libéralisme, de l’autre beaucoup moins. Aucun des extrêmes ne fonctionne. L’objectif n’est pas que nous soyons tous pareils, mais que nous puissions vivre ensemble (…) Nous voulons tout à la fois être uniques et tout à fait spéciaux mais nous voulons également nous sentir appartenir à un ensemble. »

Lune de miel, de Ioana Uricaru

Quand la vie te donne des citrons, fais-en de la limonade*
Le pitch : Une jeune femme roumaine-et son fils Dragos- sont confrontés aux difficultés administratives pour l’obtention de leurs visas. Jeune mariée avec un homme dont elle a fait connaissance en le soignant, Mara, infirmière, découvre que les USA n’acceptent pas sur leur territoire n’importe qui et que sa vie va être auscultée et disséquée avant l’obtention de la carte verte.
Produit par Cristian Mungiu (Palme d’or à Cannes 2007), le film a nécessité quelques années pour être produit et a dû être tourné au Canada pour des problèmes de visa.
« Qu’arriverait-il si on laissait n’importe qui émigrer dans ce grand pays que sont les États-Unis ? », indique, dans le huis-clos d’une voiture, l’agent d’immigration qui va proposer à Mara des formalités d’immigration particulières.
*La maxime populaire a inspiré son titre original au film « Lemonade ».

La chute de l’empire américain, de Denys Arcand

« Si t’es si intelligent, pourquoi n’es-tu pas président d’une banque ? L’intelligence est souvent un handicap… »
Le pitch : A 36 ans, malgré un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust est chauffeur pour une compagnie de livraison. Témoin d’un hold-up qui tourne mal, le voilà flanqué de deux énormes sacs de sport bourrés de billets. Va-t-il résister au pouvoir irrésistible de l’argent, aux charmes d’une escort girl envoûtante ? Un ex taulard va l’aider à devenir pragmatique, tout comme un avocat d’affaires qui en a vu d’autres.
Le dernier film de Denys Arcand aurait dû s’appeler Le triomphe de l’argent et serait le 3ème volet d’un cycle débuté voici 33 ans avec Le déclin de l’empire américain et poursuivi ensuite avec Les invasions barbares. On peut le déguster pour ce qu’il est, un thriller réconfortant et fantaisiste qui réussit la performance de nous amuser du spectacle auquel nous assistons, tout autour, nous indique le réalisateur : le triomphe du cynisme et de l’argent roi.
« Dans le film, Pierre-Paul étudie la philosophie, ce qui est déjà une façon de se couper du monde moderne : on se passionne plus pour l’informatique que pour Aristote de nos jours (…) L’être humain ne change pas. Avec ses tablettes et ses portables, il est semblable aux personnages ambitieux et cupides que décrivaient Balzac, Zola ou Maupassant », indiquait Denys Arcand lors de la sortie du film.

Par la rédaction d’En-Contact

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Photo de Une : La chute de l’empire américain, de Denys Arcan – © DR


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