« Ne me donne pas ton avis, dis-moi seulement ce qu’il y a dans ton portefeuille »

Le 14 septembre 2018 par Magazine En-Contact

Ceux qui vous conseillent, qui parlent un peu partout, qui dirigent… jouent-ils leur peau lorsque leurs conseils et prédictions ne sont pas justes ? Que vous arrive-t-il lorsqu’ils se trompent et que vous subissez, vous, les conséquences de ce qui a été mis en place ?

C’est la très bonne question que pose un ouvrage décapant, rafraîchissant et qui n’a pas été suffisamment relayé, selon nous. Peut-être précisément parce qu’on y lit des mini-bombes atomiques sur les consultants, sur les questions qu’il conviendrait de se poser avant de croire ceux qui ont fait profession de nous conseiller, évaluer.
Depuis Eloge du Carburateur (Matthew B. Crawford) et Les Barbares (Alessandro Baricco)* on n’avait pas autant ri et gambergé à la lecture d’un ouvrage non de management mais de réflexion sur ce qui se passe et se trame. On a, lors de notre passage sur le stand d’Amazon Pay cette semaine, lors d’un salon professionnel, repensé à cette asymétrie. Le directeur général de cette entreprise, pour l’Europe du Sud n’a bien voulu répondre à aucune de nos questions mais il voulait bien… toutes nos coordonnées pour faire une offre.

Jouer sa peau : Asymétries cachées dans la vie quotidienne, de Nassim Nicholas Taleb, Les Belles Lettres

Extrait de l’introduction :

Jouer sa peau traite de quatre sujets en un seul : a) l’incertitude et la fiabilité de la connaissance (tant pratique que scientifique, à supposer qu’il y ait une différence entre les deux) ; b) la symétrie dans les affaires humaines, c’est-à-dire l’équité, la justice, la responsabilité et la réciprocité ; c) le partage d’informations dans les transactions ; d) la rationalité dans les systèmes complexes et dans le monde réel. Le caractère indissociable de ces quatre paramètres est évident quand on… joue sa peau, précisément. Non que jouer sa peau soit une nécessité pour qu’il y ait équité, efficacité commerciale et gestion des risques : c’en est une pour comprendre le monde.

Premièrement, ce livre traite de l’identification et du filtrage des c…ies, c’est-à-dire de la différence entre la théorie et la pratique, la cosmétique et la véritable expertise, et entre le monde universitaire (au mauvais sens du terme) et le monde réel. Pour formuler un aphorisme à la Yogi Berra : « Dans le monde universitaire, il n’existe pas de différence entre le monde universitaire et le monde réel ; dans le monde réel, si. »

Deuxièmement, il concerne les distorsions des principes de symétrie et de réciprocité dans la vie : si l’on reçoit les récompenses, on doit aussi prendre sa part de risques, et ne pas laisser autrui payer le prix de ses erreurs ; si l’on fait courir des risques, à autrui et que cela lui est préjudiciable, on doit en payer le prix. De même que l’on devrait traiter autrui comme on aimerait qu’il nous traite, on apprécierait de partager les responsabilités des événements en toute justice et équité.

Si l’on donne son avis et que quelqu’un le suit, on a l’obligation morale d’être soi-même exposé aux conséquences de cette initiative :
Ne me donne pas ton avis, dis-moi seulement ce qu’il y a dans ton portefeuille.

Troisièmement, ce livre traite également de la quantité d’informations qu’on devrait partager concrètement avec autrui, de ce qu’un vendeur de voitures d’occasion devrait – ou ne devrait pas – dire d’un véhicule pour l’achat duquel on s’apprête à dépenser une partie conséquente de ses économies.

Quatrièmement, il s’intéresse à la rationalité et à l’épreuve du temps. Dans le monde réel, la rationalité ne concerne pas ce qui a du sens pour tel ou tel journaliste du New Yorker ou tel psychologue recourant naïvement à des modèles de premier ordre, mais quelque chose de beaucoup plus profond et statistique, lié à votre propre survie.

Ne pas confondre l’idée de jouer sa peau telle qu’elle est définie et employée dans cet ouvrage avec un simple problème d’argent, le fait de prendre part aux bénéfices. Non. Il s’agit au contraire de prendre part aux préjudices, d’être pénalisé si quelque chose tourne mal. La même idée lie les notions d’incitation, d’achat de voitures d’occasion, d’éthique, de théorie des contrats, d’impératif kantien, de pouvoir des municipalités, de science du risque, de contact entre les intellectuels et la réalité, de responsabilités des bureaucrates, de justice sociale probabiliste, de théorie des options, de droiture, de marchands de c…ies, de théologie, etc. Et nous nous arrêterons là pour l’instant.

*Iain Levison complétant, avec sa série de romans, cette pré-sélection pour notre Goncourt à nous…


 

 

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