Merci Gary !

Le 18 décembre 2014 par Magazine En-Contact

couvEdito du magazine numéro 83 d’En-Contact

[dropcap]L[/dropcap]’époque étant à la rapidité et à la frugalité j’avais décidé, prévoyant, de recourir à une formule éprouvée pour mes cadeaux de Noël : livres et DVD, achetés dans l’épicerie Bompard la plus proche.
Sachant à quel point les digicodes sont les ennemis jurés du livreur parisien, j’avais bondi sur l’option « click and collect », désormais proposée par quasiment tous les grands e-marchands ; je devais donc, d’un coup de métro, pouvoir récupérer le colis de ma shopping list chez l’agitateur culturel.
Vous ne me croirez pas… c’est mon ticket de métro qui a salopé ce parcours client de rêve, digne des meilleures présentations PowerPoint de chez Bain et Accenture.
«Démagnétisé » !, c’est en effet, en 11 lettres, le nom de la malédiction qui frappe avec récurrence le voyageur parisien ponctuel (traduisez : celui qui n’a pas de pass Navigo) : où que vous les planquiez, les petits rectangles, sésames du transport fluctuat nec mergitur* sont condamnés par les ondes et la proximité de nos smartphones à un génocide perpétré en silence.
Plein de vigueur, je me dirigeais vers la cabine RATP en début de quai pour un sauvetage essentiel : faire remplacer rapidos les 3 ou 4 tickets, un oeil sur le temps d’attente affiché jusqu’à l’arrivée du prochain métro, un autre sur la casquette verte et bleue qui a remplacé le poinçonneur des Lilas.
La modernité, c’est de changer le bouton sur lequel on appuie : il y a 40 ans l’agent RATP perforait, désormais, il réanime…
J’allais donc, comme tout bon Parisien passablement énervé par cette gymnastique à laquelle notre époque ubuesque le condamne dès qu’il s’agit de transport (éviter la fourrière / trouver un vélib’ / appeler la centrale de taxis / disposer d’un ticket qui soit sorti des soins palliatifs…), imaginer une remarque ironique à l’attention de cette casquette derrière l’hygiaphone… Quand soudain, je me suis rappelé la vertu de la bonne humeur.
En vérité, j’y fus rappelé par une image : celle d’un fou en l’air au dessus de New York.
Sur les murs en carreaux blancs de la station, je contemplais en effet le cliché de Gary Winogrand (voir couverture) ; et c’était comme-ci il m’adressait un clien d’oeil facétieux. S’il suffisait, alors que nous avons toutes les bonnes raisons de chouiner, de faire l’expérience de la bonne humeur, de la civilité, de la joie ?
J’ai souri à mon Patrick Pelloux** de la RATP, attendu le métro suivant, me suis promis d’aller au jeu de Paume (découvrir les autres photos de cet américain incroyable qui mourut voici 30 ans), et en rentrant j’ai réécouté Exodus du grand Bob Marley :
« I don’t wanna wait in vain for your love, i don’t wanna wanna, i don’t wanna wanna… wait in vain ». J’ai même enchaîné avec Bach (Que ma joie demeure).
On n’a plus le droit dans notre pays de mettre des crèches dans la sphère publique, les tickets sont démagnétisés et le parcours client peut buter sur un digicode – mais nous pouvons faire l’expérience de l’amour et de la gentillesse.
Dites à ceux qui vous entourent, vos proches et vos clients, que vous les aimez.

Peace and love, et merci Gary!
Manuel Jacquinet
*Devise de la Ville de Paris, qu’on pouvait également voir, il y a plusieurs années, sur les wagons du métro
**Urgentiste médiatique
Gary Winogrand

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