#MacronLeaks – Le financement illégal d’En-Marche et de nombreux autres partis semble avéré

Le 12 mai 2017 par Magazine En-Contact

En Marche ! et l’association de financement qui y est rattachée ont recueilli des dons de façon illégale, comme d’autres partis, embauché des salariés en CDD sans contrat, réglé des factures sans les livrables normalement attendus.


Mise à jour du 13 mai 2017 :

Les #MacronLeaks révèlent beaucoup plus de détails en réalité que ce qu’un examen hâtif laisse penser :

Le financement illégal du mouvement en Marche y est constaté, même pas nié, mais la défense des « helpers » et des cadres du parti En Marche est fine et documentée : les autres partis font de même, nous l’avons fait constater par huissier, donc, faisons de même (synthèse des contenus de mails de En-Marche).

En résumé, de nombreux partis ou mouvements n’ont pas respecté les modalités de recueil de dons, ce qui les rend illégaux.

Le mouvement s’est également attaché les services d’experts du digital et spécialistes de Nation Builder (Eve Zuckerman), précédemment embauchée chez les concurrents (Alain Juppé) et, au tout début de la campagne, a bénéficié de l’entregent et des talents en fundraising de personnes telles que Olivier Duha (Webhelp, ex-président de Croissance plus). Le télémarketing et le téléphone ne sont pas morts, on en a une nouvelle preuve.

L’invalidation générale, au motif qu’ils contiendraient quelques Fakes (faux documents), des Macron Leaks est dangereuse et étonnante : En-Contact a décidé d’essayer de poursuivre son travail d’entomologiste, puisque l’AFP* dort 🙂


En marche, à l’ombre ?

Bien que largement dotés et fournis en diplômés issus des meilleures écoles, et bien qu’avertis de ces écarts en cours de route par leurs conseils ou des autorités de contrôle telles que la CNCCFP**, le mouvement En Marche ! d’Emmanuel Macron et l’association de financement qui lui est rattachée (AFEMA) ont eu des pratiques étonnantes, dont certaines carrément illégales. Le juge électoral pourrait être saisi, et le nouveau Président de la République puni d’emprisonnement, tandis que les représentants légaux du mouvement risquent eux des plaintes pénales pour règlement de factures de complaisance (factures non détaillées).

Les pratiques étonnantes d’En Marche !

Organisée comme une start-up qui a grandi très vite, le mouvement a eu recours aux meilleurs spécialistes du digital, qu’il est allé chercher très loin parfois. Il a ainsi fait travailler des spécialistes du numérique qui avaient précédemment travaillé avec Alain Juppé comme Eve Zuckerman, et collaboré avec des agences digitales d’Argentine (Tectonica) ou encore avec l’ancien directeur de la stratégie de David Cameron (Ameet Gill, Partner au sein de Hanbury Strategy). La facture de Hanbury Strategy a d’ailleurs été réglée sans que les travaux mentionnés ne soient détaillés (Ismaël Emelien demande d’ailleurs expressément dans un mail que cette facture et son paiement restent confidentiels). Pourquoi ? Le Times (article du 9 mai 2017) semble le seul journal avec nous a s’intéresser également à cette collaboration. BVA, Kantar Public, le cabinet d’avocats Darrois Villey ont également proposé et vendu leurs services, les échanges de correspondance ou courriers témoignant de relations nouvelles et anciennes qui dépassent le strict cadre professionnel. Au vu de ces correspondances, la victoire du candidat Emmanuel Macron est attendue, espérée, et laisse présager des relations futures profitables.
De nombreuses grandes banques de la place (le Crédit Mutuel, la Bred, le Crédit agricole Ile-de-France) ont prêté les millions nécessaires (des encours qui dépassent les 4 millions) grâce à l’entremise de courtiers ou conseils prestigieux tels que Siaci ou Darrois Villey, celui-ci percevant 20 000 euros d’honoraires pour la négociation et l’entremise pour l’obtention de ce prêt. Quant au budget de campagne, il prévoyait 300 000 euros pour les dépenses liées au ralliement du MoDem de François Bayrou (conférence de presse etc.).
Les bonnes façons pour le mouvement de s’attacher ou d’être considéré de façon positive par le monde de la culture et du sport sont proposées par de nombreux experts et membres de la société civile, les articles à faire paraître dans la presse étant parfois rédigés quasiment sans l’intervention de journalistes. Les locaux ou salles louées pour les meetings par le mouvement sont parfois mis à disposition de l’AFP ou de l’Associated Press, à titre gracieux même si l’on sait au sein du mouvement que ces agences prestigieuses revendent les services qu’elles peuvent y produire (émissions, photos).



Les pratiques illégales

Plus gênant, on remarque que le mouvement et l’association de financement ont notamment :
• Embauché en CDD sans contrat de travail des anciens du MoDem et d’autres salariés, parce que les experts comptables « n’ont pas eu le temps de faire les contrats » (sic).
• Validé le paiement de factures de prestataires avant d’avoir obtenu le détail des prestations.
• Sollicité et recueilli des dons sans mentionner les mentions légales obligatoires, une infraction que la CNCCFP a relevée et qui peut à elle seule provoquer une peine de prison d’un an.

Souvent alertés par leurs conseils, les cadres dirigeants du mouvement ont réagi vite, sans pour autant prendre les dispositions qui les auraient mis en conformité. Ils ont entériné ces pratiques : « faites comme si ça avait été fait avant », « payez cette facture mais demandez les justificatifs », « payez ce prestataire mais la facture ne doit pas être diffusée svp », « on dira que ça a été fait ».
Jusqu’à quel point une start-up politique dont beaucoup de ses membres sont appelés à exercer les plus hautes fonctions, conseillée et assistée par des spécialistes expérimentés, peut-elle s’exonérer de la légalité, surtout lorsqu’elle fait de la moralisation de la vie politique un de ses combats ? De nombreux entrepreneurs ou petits patrons français connaissent les affres de la justice, voire la prison parfois, pour des faits similaires. L’idée du droit à l’erreur évoquée par le candidat devenu Président lui a-t-elle été inspirée par le fonctionnement de son propre mouvement ?

Les hommes du Président n’ont pas voulu nous répondre : En Marche !, sollicité par nos soins, n’a en effet pas répondu à nos demandes d’éclaircissements, sinon par une autre question : « C’est pour quel journal ? ».

Une exclusivité En-Contact (Spotlight) par Justine Ferry et Manuel Jacquinet


* Agence France Presse
** Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques

Retrouvez notre Spotlight N°4  et Spotlight N°1
Retrouvez aussi sur le même thème : Lettre ouverte à Pénélope Fillon : jouez-la comme Beckham !


Quelques verbatim issus des correspondances et étayant nos propos

Mail de Marc Fesneau à Grégoire Potton » (le 21 avril 2017 à 10h05)
« Sans encore m’en affoler mais… je voulais vous indiquer que Elénore Leprettre n’a toujours pas eu son contrat à signer conformément à l’accord que nous avions ensemble.
Pourriez-vous régulariser cela aussi vite que possible ? »

Mail de Grégoire Potton à Jean-Yves Quéneudec (le 14 avril 2017 à 01.06)

« le 23 pour la soirée électorale, l’AFP et l’AP (Associated Press) vont installer des mini studios dans un espace que nous louons toute la journée et vont proposer aux chaines de télé étrangères d’utiliser ces mini studios (contre rémunération) pour venir filmer une dizaine de minutes.
On ne les paye pas et ils (AFP et AP) gagnent de l’argent en louant ces mini studios.
C’est pour nous une presta faite par qqn autres. C’est une première.
Comment doit-on traiter cela dans les comptes de campagne ? »

Mail de Grégoire Potton à Sibeth Ndiaye, Julien Denormandie, Barbara Frugier (cc Cédric O) (le 18 avril 2017 à 23.28

« Il faut pour être dans les clous :
1. Que la demande de cet espace émane de l’AFP et d’AP
2. Que le Parti (En Marche) loue cet espace et qu’il y ait une convention (onéreuse ou non et si c’est onéreux, ce ne peut pas être plus cher que ce qu’on a loué au propriétaire) avec l’AFP et l’AP.
3. Pas de difficultés pour que l’AFP et l’AP facturent la location de cet espace aux autres. Cette partie ne nous regarde pas. »

Mail de Jean-Yves Queneudec à Cédric O (le 20 avril 2017 à 18h26)

« Bonsoir Cédric,
Tu vas certainement recevoir une lettre de la CNCCFP pour les dons de la campagne (ce ne sont pas pour les dons perçus par le parti mais par l’AF) :
En effet la loi du 6 mars a ajouté au L52-8 l’obligation de préciser le L 113-1 :
Il faut donc dans les appels à dons préciser en plus ceci :
Conformément à l’article 113-1 (…) III –  Sera puni d’une amende de 3750 euros et d’un emprisonnement d’un an (…) à l’article L. 52-12.
Merci de ta diligence pour pouvoir dire à la Commission que vous l’avez fait dans la foulée…voire antérieurement
Amitiés
Jy »

Mail de Corinne Toulot Pulicani à Dorothée Stik (le 19 avril 2017 à 07.16)

« Bonsoir Dorothée,
Nous avions été en contact ensemble au mois de décembre sur les précieux conseils de Cédric O.
Aujourd’hui c’est la dernière ligne droite !
Avec des amis influents, élus et personnalités de la culture et de l’innovation – soutiens d’EM – nous aimerions publier une Tribune en faveur de « toutes les formes de création » (ci-joint)
Cette Tribune a pour but de mobiliser largement les acteurs de la culture, de la recherche, du monde associatif, de l’enseignement supérieur… qui hésiteraient encore
Il faut dire que cette partie du programme de EM – et ce sujet en général – ont été assez peu médiatisés
De plus, les récents soutiens de personnalités issues de la « droite affirmée » ont contribué à occulter les positions progressistes et humanistes de EM
Nous aimerions la diffuser sur tous nos réseaux d’amis (internes et externes à la campagne) + la publier sur le Huffington
Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes à votre disposition et de tout cœur avec EM – (5 ou 6 noms sont encore à venir) !! »

 

Marc Fesneau : Secrétaire Général du MoDem
Grégoire Potton : Directeur des Affaires Générales d’En Marche !
Jean-Yves Quéneudec : Expert-Comptable chez Sofideec
Sibeth Ndiaye : Conseillère en communication
Julien Denormandie : Secrétaire Général Adjoint d’En Marche ! (Ingénieur agronome et MBA en économie)
Barbara Frugier : Consillère en communication (IEP d’Aix)
Cédric O : Trésorier d’En Marche !, cadre chez Safran-Snecma
Corinne Toulot-Pulicani : PDG de NextDAY!
Dorothée Stik : Conseillère d’Axelle Lemaire (ENS/ENA)

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Commentaires

2 réponses à “#MacronLeaks – Le financement illégal d’En-Marche et de nombreux autres partis semble avéré”

  1. Qu’attendent les instances en cours pour mandater enquêtes et procédures? Merci pour votre courage, il est très difficile de trouver des articles sur ce sujet.

  2. Quelle honte cet article. La prise d’initiative et l’entrepreneuriat sont décidément encore des gros mots en France. Restant dans le confort de la REACTION passive en fustigeant ceux qui tentent d’ACTION est effectivement un comportement beaucoup plus adéquat. Au moins on est certain de l’issue: une ligne droite vers l’appauvrissement du pays avec toutes les conséquences sociales qui y seront irrémédiablement liées. Bel esprit que de transmettre ces valeurs!

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