Les journalistes de Libé sont aussi victimes du télémarketing Les journalistes de Libé sont aussi victimes du télémarketing

Le 4 janvier 2012 par Magazine En-Contact

Dans un article du 25 Octobre 2011, Pierre Marcelle narre à son lectorat ses malheurs téléphoniques et les sévices mutuellement infligés entre un télémarketeur et sa « cible ». Comme on dit, si ça ne gagne pas, ça débarrasse.

Les «calls» des spams

Comment faites-vous, vous, face aux solliciteurs de tous poils, mais surtout d’abonnements magiques censés rationaliser la cohabitation de toutes vos machines à communiquer ? Pas simple, hein ? Chaque jour, dans de longs et fastidieux téléphonages, le monde nouveau sollicite votre concours pour participer à l’éradication de l’ancien. Toujours, c’est pareil : à des horaires indus que des décalages de fuseaux, sans doute, organisent, un(e) anonyme correspondant(e) s’avance sous un numéro masqué, plein de 1 et de 0. Et puis, un jour qu’on vous sonne et que par inadvertance vous décrochez, c’est parti.

Dans un long préambule d’une obséquieuse maladresse, la voix se présente trop vite et trop poliment, vous oignant de toutes les qualités du client fidèle que son employeur à elle, la voix, se doit de récompenser. A cet instant, si vous n’avez interrompu le récitatif type auquel la voix qui le lit vous soumet par un définitif : «Vous me dérangez, là !» ; si, par souci de civilité, vous n’avez déjà brutalement raccroché, c’est foutu. Tandis que la voix, vous croyant ferré, s’enhardit, maintenant, à interpréter votre silence poli comme un commencement de consentement, vous l’imaginez, dans un ailleurs lointain, entrevoyant sa bonne fortune par accumulation, sur l’écran d’un contremaître garde-chiourme, des points d’une promotion indexée sur la durée de la conversation. Vous êtes à cet instant et à son endroit comme un touriste occidental dans la ruelle boueuse d’un tiers-monde, entouré de gamins morveux, criards, estropiés et mendiants, déchiré par la double envie de tout à la fois leur distribuer ce qu’il vous reste de roupies, et les taloches de votre irritation harcelée.

Lorsque, dans un vide abyssal, la voix, soudain inquiète de se découvrir monologuant dans un néant, sollicite impérativement, désormais, votre accord contractuel ; lorsque, à votre demande de vous en faire parvenir les termes par le type de courrier de son choix, elle rétorque qu’une offre de la sorte, vous n’y songez pas, c’est maintenant, par téléphone, ou jamais ; lorsque, désolé, vous vous résolvez à confesser que vous n’entendez absolument rien à ses propositions et que, dans un soupir las, elle vous remercie mécaniquement de votre attention, vous savez que, durant au moins quatre minutes, vous vivrez pourri de la mauvaise conscience de lui avoir fait perdre son temps.

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