Call me*, mais avec… modération

Le 24 février 2020 par Magazine En-Contact

Édito N° 114/

It was an immediate, smaller, tighter more private world then. It was a time of felt experience-no special effects, just raw, visceral, uncut living. No voyeuristic secondhand selfies being beamed out on the internet. No cell-phone junkies trading endless texts instead of direct, face to face contact. No insistant press trying to video and photo your every move or misstop.**
Dans son autobiographie, titrée Face it et sortie en octobre 2019, Deborah Harry (Blondie) raconte son parcours et l’époque qu’elle a traversée. Y pointe une forme de regret, qu’un monde virtuel ait largement remplacé l’expérience ressentie, les contacts, pour de vrai. Call me, chantait-elle dans la chanson qui lui fût commandée pour le film American Gigolo et dans laquelle une prostituée invite ses clients à l’appeler. Être ou ne pas être appelé(e), telle est la question, en ce moment.

Ce N°114 est largement consacré à quelques excès qu’autorisent ou ont permis les technologies et à ceux qui tentent de les contraindre ou modérer. Par exemple à ceux qui font un usage abusif des contacts téléphoniques pour vendre et emploient des robots à cet effet (27 milliards d’appels ont été générés par les robocalls aux États-Unis, l’an passé). A ceux dont le métier consiste à modérer ce qui est dit et montré sur la toile : ils seraient plus de 100 000 aujourd’hui, un chiffre en forte croissance. Quelques groupes français ne sont pas manchots dans ce nouveau métier, souvent exercé dans des centres de contacts.
Dans la scène finale d’American Gigolo, Paul Schrader, le scénariste du film, fait dire à Julian Kaye (Richard Gere) à la femme qu’il aime (Michelle Stratton/Lauren Hutton) depuis la prison où il est incarcéré : it’s taken a long time to come to you.
La mesure et la modération, le temps nécessaire pour qu’elles s’installent et que nous en percevions les vertus, un sujet qui nous a donné quelques belles chansons, des films culte ; un vieux sujet de la philosophie aussi. « La sagesse a ses excès et n’a pas moins besoin de modération que la folie », écrivait Montaigne. Bonne lecture et découverte !

Par Manuel Jacquinet

NB : La photo de couverture, Debbie Harry en concert, est de Jean-Louis Rancurel, un photographe français qui ne travailla jamais pour aucune agence et possède donc un stock d’images assez rare et peu diffusé.

*Appelle-moi
**« C’était un monde plus immédiat, resserré et plus privé. C’était une période d’expérience ressentie. Pas d’effets spéciaux, simplement une vie brute, viscérale. Aucun selfie voyeuriste diffusé par des drogués de leur téléphone portable, échangeant sans arrêt des SMS plutôt que de vivre la vie en vrai. Pas de presse insistante pour tenter de filmer ou de prendre une photo de chacun de vos mouvements ou faux pas. »

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