Adrexo, le Ciri, Colis Privé, Gérald Darmanin, Pataugas, la bouillabaisse indigeste de la propagande électorale

Publié le 24 juin 2021 par Magazine En-Contact
Adrexo, le Ciri, Colis Privé, Gérald Darmanin, Pataugas, la bouillabaisse indigeste de la propagande électorale

Adrexo, filiale de Hopps Group, une nébuleuse dirigée par deux aventuriers de la reprise d’entreprise (Eric Paumier et Frédéric Pons) a failli dans la distribution de la propagande électorale à l’occasion du premier tour des élections régionales. Gérald Darmanin, le Ministre de l’intérieur a reconnu que le marché était « peut-être trop gros pour la société Adrexo », l’une de celles qui, avec la Poste, a été en charge de la distribution des professions de foi des candidats. La filiale du groupe Hopps a remporté en Décembre 2020,  un appel d’offres, d’une valeur de 200 ME, pour la distribution des plis électoraux en face de la Poste et pour les 4 ans à venir. Sommé de s’expliquer devant la Commission des Lois du Sénat, le Ministre a semblé découvrir des sujets et des chiffres ainsi qu’un état de fait qui suscite 5 questions, au moins.

Les appels d’offres qui sont émis par l’Etat et des entreprises qui en dépendent en partie, telle que la Poste par exemple, comprennent souvent des demandes d’informations et la fourniture de documents attestant de la viabilité du candidat et du respect des obligations légales et financières. Adrexo est la filiale d’un groupe en très mauvaise posture financière depuis des années, en si mauvaise posture que le CIRI (la cellule qui s’occupe à Bercy des restructurations financières) a été à son chevet pendant des mois ; quantité de hauts fonctionnaires connaissent parfaitement l’état de la trésorerie du groupe, et sa capacité par exemple à payer les charges sociales. Cf le document suivant. 

On découvre ainsi que seules la Poste et Adrexo étaient en capacité de répondre à cet appel d’offres, en tant qu’entreprises agrées par l’ARCEP sur ce type de marché et prestations (il n’y en pas d’autres). Pourrait-on éviter de consacrer du temps et de l’énergie à des consultations factices ? C’est la question N°1. 

Si tant est qu’on soit obligé de recourir à une entreprise, afin de réaliser des missions quasi d’ordre public et parce qu’on a pris en compte la volonté de conserver des emplois, ce qui semble avoir germé dans la tête de certains, pourrait-on mettre en place des procédures et contrôles simples qui permettent d’éviter la catastrophe ? En vérifiant que les moyens sont mis en œuvre, que des intérimaires par exemple ont la capacité de réaliser la tâche pour laquelle ils sont rémunérés. Dans un article rigoureux, Ouest France a décrit les conditions dans lesquelles les intérimaires ont œuvré pour la distribution des plis. Elles ne pouvaient que mener à la catastrophe industrielle.
C’est la question N°2 : sur un marché de 200 millions d’euros ( sur plusieurs années ) consacrer peut-être 0,5 ou 1% du volume du marché à une évaluation des conditions de réalisation, en amont et en cours de réalisation aurait-il du sens ? 

© Adrexo

Quid de la responsabilité des routeurs, qu’on n’a pas entendus jusque-là ou qui ne semble pas avoir été évoquée ? L’adressage des plis et la distribution des enveloppes sont des missions distinctes et les témoignages recueillis indiquent que la qualité de l’adresse était souvent défectueuse. Pas de bonne livraison sans bonne adresse, normalisée postale, tous les Vépécistes le savent. Quid de la qualité de la base des inscrits sur les listes électorales, qui dépend du Ministère de l’intérieur ? C’est la question N°3.

Il y a quelques jours, une autre filiale du groupe Hopps, Colis Privé Group, déclarait son intention de rentrer en Bourse. Jusque-là, les deux fondateurs du groupe Hopps, Eric Paumier et son associé Frédéric Pons, se sont illustrés dans la reprise d’entreprises en difficultés, dont des grands groupes désiraient se défaire, assez peu dans leur retournement réussi. N’est pas Pierre-André Martel qui veut (l’ex-fondateur du groupe Caravelle, décédé en juillet 2011) dont le taux de succès dans les rachats et reprises d’entreprises fût impressionnant ; des duos réussissent pourtant tel celui composé de Nathalie Balla et Eric Courteille (parvenu avec les salariés à redresser la Redoute). Qui va croire désormais au projet de levée de fonds après un tel nouveau couac et surtout, pourquoi le même génie à trouver de l’argent n’est-il pas démontré dans l’amélioration des conditions de travail, des moyens pour produire le service annoncé et vendu ? C’est la question N°4. (« Hopps Group, via sa filiale Adrexo est le 1er et seul acteur privé en France capable de distribuer courriers et imprimés publicitaires sur l’ensemble du territoire, dans les boites aux lettres des français », extrait du site web corporate du groupe Hopps)

Comment distribuer des plis, colis et courriers de façon qualitative ? Quel est le juste prix de ce travail ? La question 5 est certainement la plus passionnante : elle est au cœur de la démocratie, du business florissant du e-commerce, de la VPC, de la culture et des pratiques culturelles. 
Amazon a décidé d’en faire un service gratuit, offert et de s’appuyer sur cet argument massue pour tuer les concurrents, même si un projet de loi opportun songe à casser cette mécanique infernale. La Poste ne brille pas toujours par sa qualité de service, comme on a pu l’évoquer dans nos colonnes.

18000 salariés dont plus de 17000 distributeurs chez Adrexo, exécutent et pratiquent un métier essentiel et ne doivent pas faire les frais de cette énième péripétie.
On a envie de demander aux membres du CIRI, aux dirigeants des groupes concernés, à ceux qui décident de l’attribution des marchés publics, d’effectuer une semaine complète une tournée de distribution, avec leur pieds, en situation réelle. lls apprécieront mieux ensuite les conditions-notamment tarifaires- qui permettraient de concilier qualité, service rendu et bonheur de faire son travail. On leur offrira ensuite des Pataugas*. Ensuite, probablement, l'argent public sera fléché plus judicieusement. Et la bouillabaisse sera succulente, ce qu’on apprécie par-dessus tout. 

C'est à savoir : Après le fiasco de la distribution des prospectus lors du premier tour des élections, la Poste a finalement récupéré la responsabilité de la distribution totale de ceux-ci et notamment de 5 millions de plis avant le 2 ème tour. Adrexo a évoqué une cyberattaque pour expliquer ses difficultés sur cette opération, sans plus détailler celle-ci. Une vingtaine de minutes consacrées sur les forums et sites d'avis clients pour évaluer la réputation de Colis Privé est édifiante : “de tous les livreurs de colis, c'est les pires (…) Après avoir passé une commande, si j'apprends que c'est Colis Privé qui livre, j'annule ma commande (..) Tu connais le dicton: Colis Privé, privé de Colis ”.

Après The Camp, projet qui a également consommé une grosse somme d'argent public, à Aix en Provence, on constate que l'entre-soi d'un certain patronat mériterait un peu plus de rigueur et moins de story-telling. 

Par Manuel Jacquinet

*marque prestigieuse de souliers, qui fait également partie du groupe Hopps. 

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