Les virtuoses, épisode 1 (On peut livrer 9 millions de clients par an et rester les pieds sur terre … dans le sable !)

Le 15 juin 2015 par Magazine En-Contact

Thierry Petit, co-fondateur de showroomprivé.com

Thierry Petit, co-fondateur de Showroomprivé.com

 

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Affiche du film « Les Virtuoses » – 1996

Quand ils ne sont pas en train de se battre entre eux, contre leurs concurrents américains, contre l’adversité ou le manque de cash ou de stocks, les champions du e-commerce français lisent, regardent des films ou se retrouvent pour prendre un peu de bon temps et échanger entre pairs ou avec leurs nombreux prestataires. C’est l’un des enseignements de la quatrième édition des Big Boss (Summer Edition), à laquelle notre magazine assistait ce week-end. On doutait un peu qu’un cocktail plage et affaires fût efficace…on s’était trompé ! On a rencontré quelques virtuoses, capables d’enchaîner des sessions de présentation de leurs entreprises et savoir-faire en cinq minutes chrono, dans une ambiance et une salle survoltées, un dîner de gala en blanc, et des échanges très pointus sur le real-time bidding ou l’importance de la supply chain (comprenez les technologies qui permettent d’acheter des publicités en ligne ou de livrer à l’heure un client)… Portraits de quelques-uns de ces virtuoses rencontrés.

Les virtuose 1 – Thierry Petit – Il a le regard sombre et les vêtements noirs qui pourraient le faire ressembler à Al Pacino jeune, dans Serpico. Mais c’est plutôt au Abel Morales de A Most Violent Year qu’on a envie, après quinze minutes d’entretien, de comparer le co-fondateur de Showroomprivé.com : Thierry Petit.

 

170 big boss du digital rencontrent toutes les cinq minutes une sélection de prestataires, sponsors de la manifestation pour découvrir leurs savoir-faire : rythme infernal, bruit assourdissant, mais c’est le prix de l’efficacité pour permettre un dating optimisé
170 big boss du digital rencontrent toutes les cinq minutes une sélection de prestataires, sponsors de la manifestation pour découvrir leurs savoir-faire : rythme infernal, bruit assourdissant, mais c’est le prix de l’efficacité pour permettre un dating optimisé

 

A Most Violent Year ? Champion du e-commerce français, installé, comme l’un de ses concurrents, de l’autre côté du périphérique, il essaye et parvient, avec ses équipes, à développer sa petite entreprise devenue très grande (480 millions d’euros de volume d’affaires), qu’il a bien l’intention d’étendre partout en Europe : Roumanie, République Tchèque, Allemagne sont les prochains pays visés après les succès italiens et espagnols notamment. Cette saine ambition n’est pas la seule chose qui fait ressembler l’ex-ingénieur de l’INT (Institut National des Télécoms) qui a fait fortune à 27 ans, à Abel Morales, l’entrepreneur du Brooklyn des années 80 du film de J.C. Chandor. Très certainement, on devine en effet qu’il consacrerait encore plus de temps et d’énergie à ce projet si cessaient les nombreuses « tracasseries » juridiques dont il doit s’occuper (en réalité, beaucoup de procès intentés par l’une des stars médiatiques du déstockage, qui voudrait s’arroger la paternité ou l’exclusivité, si j’ai bien compris, du terme « vente privée »…). Il n’en parlera pas beaucoup, mais la simple lecture de la presse des derniers mois indique la violence des combats. « Désormais, comme d’autres, on doit recourir aux services de grands cabinets d’avocat parisiens… ».
Grandir, c’est aussi rencontrer des difficultés de recrutement quand il s’agit de s’attacher les compétences pointues aux fonctions-clefs du e-commerce : juridique, supply chain etc… « On s’est beaucoup planté avec des recrutements, notamment de cadres venant de grands groupes, parce que la greffe n’a pas pris ou qu’ils n’avaient pas saisi le caractère très opérationnel des postes dans une société comme la nôtre. Il faut aller vite, ne pas penser qu’on a tout vu, se remettre en question. Mais en se plantant, on apprend ! Nos derniers recrutements ont été plus fructueux. »
Sur l’expérience client, ce fameux sésame qui permet de faire la différence, on comprend que la fonction n’a pas été déléguée : elle est au cœur du métier, pilotée directement par lui-même. « Bien sûr, c’est important ! C’est même la base du commerce : avoir une offre claire et pertinente, un positionnement-prix juste, et un excellent service. Nous livrons 35% de nos clients en 24h, travaillons en permanence sur l’ergonomie du site et mesurons avec de très nombreux KPIs (indicateurs-clefs) tout ce qui concourt à l’expérience client, utilisateur. La première commande en particulier est fondamentale, car c’est l’expérience-test de nos clients avec la marque, celle qui nous donne la chance de les fidéliser. » Très souvent, la fortune arrivée, beaucoup d’entrepreneurs du digital adorent se mettre en scène, gomment dans leur parcours tout ce qui pourrait compromettre le story-telling idéal, sont tentés d’oublier leurs racines et … investissent dans les médias.

 

L’équipe d’Arthur Media Group, l’un des 40 prestataires présents aux Big Boss depuis la première édition
Ils sont big boss, mais ils n’ont pas perdu le fighting spirit et le goût des olympiades d’enfance ! Ambiance frénétique. Le membre de l’équipe Radium One (maillot bleu clair) a trouvé la combinaison idéale pour gagner : regard d’acier et Tod’s aux pieds (on l’aurait annoncé au casting des Chariots de feu 2) !

 

Pas sûr que la remarque vaille pour Thierry Petit : il n’a pas investi dans Libération (et pourtant ses parents étaient communistes !) ou d’autres médias qui permettent de devenir incontournable, reste concentré sur son sujet, fidèle à ses origines et à ses convictions (à mon avis, le 58 accolé à son nom pour créer son compte twitter est un clin d’œil au département de son enfance). Malgré les 9 millions de commandes annuelles, l’associé de David Dayan, comme de nombreux Big Boss du digital, échangeait en Grèce ce weekend de façon informelle avec ses pairs, partageant des recettes et blaguant. La réussite, pour Abel Morales, c’est ne pas se satisfaire d’être le plus gros négociant de fioul de Brooklyn, mais désirer, au contraire, en vendre à de plus en plus de new-yorkais, s’agrandir en achetant des terrains judicieusement situés, et parfois aussi protéger ses livreurs, le tout sans recourir à la violence ni toucher à l’argent sale qui pourraient permettre d’aller plus vite. Je ne sais pas si Thierry Petit a vu le film, mais le dernier qu’il m’indique avoir aimé s’appelle Les Virtuoses, une histoire d’ouvriers qui vont oublier le fléau du chômage en créant une fanfare… ça ne m’a pas beaucoup étonné !

casques-allemand-2eme-guerreUn rapport de notre
correspondant de guerre en Grèce,

Manuel Jacquinet

 

 

 

 

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