Le centre d’appels téléphonique annoncé à Bastillac (Haute Pyrénées ) et devant créer 328 emplois est-il une coquille vide, à 2 millions d’euros ?

Publié le 05 décembre 2014 par Magazine En-Contact
Le centre d’appels téléphonique annoncé à Bastillac (Haute Pyrénées ) et devant créer 328 emplois est-il une coquille vide, à 2 millions d’euros ?
Les plateformes téléphonique continuent à créer de l’emploi
Les plateformes téléphonique continuent à créer de l’emploi

(L’installation du site de MGCall dans la commune des Hautes-Pyrénées va en effet mobiliser plus de 2 millions d’euros de fonds publics. Aucun opérateur téléphonique ne confirme être le porteur de projet.)

Exclusivité du magazine En-Contact.
La bonne nouvelle a été annoncée le 2 décembre par la presse régionale (la Dépêche), et on le comprend : un opérateur téléphonique qui crée une plateforme téléphonique pour assurer son service client et embauche 328 personnes, en février 2015, avec une première embauche de 80 personnes en décembre 2014 suscite forcément de l’intérêt. Pourtant, ni la viabilité, ni la « crédibilité » du projet et de son porteur ne semblent avoir été vérifiés alors même que des fonds publics sont engagés, à hauteur de 2 millions d’euros, entre les coûts de formation et la rénovation des ex-locaux de Pôle Emploi.

Procéder à quelques vérifications élémentaires quant à la véracité et la viabilité d’un tel projet pourrait cependant s’avérer judicieux :
– Quel opérateur téléphonique serait susceptible d’ouvrir un tel site alors que tous sont en pleine reconversion de leurs dispositif de relation clients, et renégociation de leurs contrats avec les prestataires spécialisés, que tous sont surtout focalisés sur la réduction des conditions tarifaires consenties par leurs sous-traitants, voire la réduction de leur panel de fournisseurs ?
– Quel prestataire de centre d’appels irait, alors que les sites de production de beaucoup d’entre eux sont encore à partiellement vides et que depuis des années, la majeure partie des créations de poste se sont faites en offshore, au Maroc, à L’ile Maurice ou à Madagascar, installer un nouveau site en France ?
– Quelle est la crédibilité et quel est le passé du porteur de projet Mohamed Gueday, qui a créé, pour le projet de Bastillac,

Mohamed Gueday -Directeur Général - Happy Hour
Mohamed Gueday -Créateur de MGCALL

une société avec 1 000 euros de capital, la société MGCall, ainsi qu’une société de formation, l’Institut de la relation client, au capital de 500 euros ? Les précédents projets, de même nature, initiés par M. Gueday, ne semblent pas avoir abouti dans les autres agglomérations auxquelles il s’est intéressé.

La Communauté du Grand Tarbes, pas plus que Pôle Emploi, ne semblent avoir pris ces précautions. Et ceci, alors même que ces deux établissements engagent chacun des fonds publics pour aider à l’installation du projet ; le premier en aidant à la reconversion physique des ex-locaux de Pole Emploi, le second en engageant des fonds pour former les 80 premiers demandeurs d’emploi qui ont entamé leur formation le 2 décembre.

Un coût global du projet de plus de 2 millions d’euros, sur fonds publics
La formation des 328 futurs employés représente un coût global avoisinant les 1 350 000 euros, la rénovation globale des locaux où l’entreprise s’installe actuellement une enveloppe de 400 000 euros, validée en octobre 2014 par les instances de la communauté d’agglomération.

Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez

Les hommes politique se mobilisent fréquemment pour la création de centres d’appels dans leur ville

Contactés par la rédaction du magazine en Contact, aucun des grands opérateurs téléphoniques mentionnés ne confirme avoir de contrat conclu ou en cours de négociation avec la société MGCall.

Par ailleurs, aucun nom de donneur d’ordre n’a été annoncé à ses interlocuteurs par le discret Mohamed Gueday, également joint par la rédaction du magazine En-Contact le 5 décembre.
« Il nous seulement indiqué que le nom de l’opérateur téléphonique ne pouvait pas être divulgué » témoigne le directeur du développement économique du Grand Tarbes, Fabrice Angot.

Selon Manuel Jacquinet, rédacteur en chef du magazine En-Contact et l’un des spécialistes reconnus du secteur (il créa en 1996 la première société de conseil et de formation spécialisée dans les centres d’appels, revendue en 2008 à un fonds d’investissement – Colorado Groupe), le projet est étonnant, et aurait mérité une analyse un peu plus fouillée de son contexte :

« Un simple appel au SP2C, le syndicat des prestataires de centres d’appels, aurait permis de savoir que le gérant de MGCall n’est pas connu, que le contexte chez les opérateurs de téléphonie rend ce projet très incertain, voire pas crédible. Dans ce schéma, et pour avoir aidé à la création de centres d’appels dans de nombreuses villes, parfois dirigées par des personnes qui devinrent ministres, ou qui l’étaient à l’époque où j’ai contribué à ces projets, des préfets sont impliqués, les services de l’Etat sont mobilisés. Ils peuvent diligenter les vérifications nécessaires, et doivent le faire. La faillite sur la création d’emplois est telle actuellement que peut-être, le projet a été mal évalué. Les élus sont tous toujours très motivés par des projets porteurs d’emplois. Enfin, les milliards qui sont alloués à la formation, notamment des demandeurs d’emplois, sont parfois ultra-contrôlés dans leurs allocation et parfois… pas du tout. »

La rédaction du magazine en contact.

“Droit de réponse”

Nous publions le droit de réponse qui nous a été transmis par la Communauté d’agglomération du grand Tarbes, et signé par son Président Charles Habas le 10 décembre. « Il est bon de revenir sur la genèse de ce projet. M Gueday nous a été présenté par une société bien connue à Tarbes qui s’appelle la SOFRED, dont un des rôles est de mettre en contact des porteurs de projets avec des collectivités locales. En l’espèce,elle nous a présenté M Gueday, comme elle l’a fait avec d’autres collectivités possédant Des bâtiments comme le Télésite. Les contacts et échanges avec M.Gueday ont abouti à la conclusion d’un contrat de bail approuvé le 10 septembre dernier par le Bureau Communautaire du Grand Tarbes; la location a débuté le 1er octobre. A ce jour, les seuls travaux réalisés sont uniquement des travaux de rafraîchissement du site, travaux nécessaires préalablement à toute relocation, soit la pose d’une moquette qui n’avait pas été changée depuis la construction en 2000 (33 000 euros) et la dépose de cloisons (6 000euros) qui avaient été laissées par les anciens locataires. Telle est la réalité. Nous sommes ici bien loin des 400 000 euros avancés par l’auteur de l’article ! En revanche, M Gueday nous a demandé, dans le cadre de son installation, un certain nombre d’aménagements et de travaux spécifiques, qui à ce jour n’ont pas été engagés, encore moins réalisés, contrairement à ce qu’avance M Jacquinet. Il s’agit de travaux de câblage, de sécurisation des bâtiments et de pose de cloisons internes. Actuellement, nous le réaffirmons solennellement, ces travaux n’ont pas été lancés, donc pas commandés et encore bien moins payés. Pourquoi? La raison en est simple et cela s’est fait en plein accord avec M Gueday. Il a été convenu de lancer les travaux lorsque le contrat avec l’opérateur donneur d’ordre serait connu. La collectivité ne s’est donc pas mise en danger, elle s’est seulement donnée les moyens de relouer son bâtiment dans l’attente d’un nouveau locataire, au mieux de pouvoir adapter le télésite à la demande de M Gueday qui souhaite créer 328 emplois. En revanche, nous sommes légitimes à demander les raisons qui ont poussé l’auteur de cet article à le faire. Au 4eme paragraphe, celui-ci indique que la Communauté d’Agglomération aurait dû prendre des précautions et recueillir plus d’informations. Nous lui retournons donc son conseil : il aurait mieux fait de s’appliquer à lui-même ce principe de précaution. Notre seul intérêt à nous est la promotion de ce territoire et son développement économique.

Mise à jour du 18 décembre

Nous maintenons nos informations initiales sur les investissements significatifs consentis par les opérateurs publics sur ceprojet et les inquiétudes au sujet de MG Call : depuis la publication de notre article, d’anciens salariés de M Gueday, de la société MG Call, ou partenaires de celles-ci ont contacté la rédaction, l’informant qu’ils auraient quitté l’entreprise ou qu’ils attendraient le paiement de leurs prestations.

Manuel Jacquinet

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