Ils l’appellent Blum, et son premier client fut le groupe Yes

Le 22 février 2021 par Magazine En-Contact

Quiconque tournicote ou s’intéresse aux studios d’enregistrement tombe un jour ou l’autre sur Georges Blumenfeld, toujours aux commandes depuis très longtemps (c’est presque indécent) du studio Marcadet, à Saint-Denis ! « Appelle Blum, vois avec Blum, je pense que Blum pourra vous renseigner… ». Tous les chemins mènent à un certain Georges…

Georges Blumenfeld
Georges Blumenfeld – © Emil Hernon

Vous avez débuté voici presque quarante ans dans la musique et l’enregistrement, et êtes à la tête du fameux studio Marcadet. Comment et pourquoi êtes-vous tombé dans la marmite ?
Georges Blumenfeld : Étudiant, pendant l’été, je travaillais pour mon père comme chauffeur de voitures de luxes : Cadillac, Chevrolet. J’ai eu la chance de conduire de nombreuses vedettes, dont certaines sont venues ensuite enregistrer dans mon studio, des années plus tard : Ray Charles, James Brown, Herb Alpert, les Beach Boys, Stevie Wonder… Mais ce n’est pas comme ceci que c’est arrivé. En 1969, je suis embauché en tant qu’assistant pour le studio Vogue au 54, rue d’Hauteville à Paris 9ème. Puis ensuite en tant qu’ingénieur du son. Je commence à enregistrer les stars de l’époque : Dutronc, Antoine, les Charlots, Pierre Perret, Martin Circus…
Tout début 70, je fais un court stage à l’armée, à Épinal et je déteste. Puis, au début de l’été de la même année, je rentre comme technicien à Europe 1. Au début de l’automne, je me fais débaucher par IP (régie de RTL) où je reste jusqu’en 1978.
J’enregistre là Philippe Chatel, Francoise Hardy, France Gall, Thai Phong, Renaud, Jeanne-Marie Sens… Et en janvier 1979, je monte les studios Marcadet, en association avec Bernard Estardy qui possède le studio CBE, rue Championnet. Ça s’est fait de la façon suivante : je lui ai présenté un jour le matériel Aphex (matériel américain de studios) dont j’étais le représentant en France. Et là, il m’a dit que son local rue Marcadet était vide. Il m’a donc loué le local. Je m’y suis installé avec le matériel des studios IP qui fermaient et que j’ai racheté. Mon premier client a été le groupe Yes pendant deux mois.
Puis Philippe Chatel a enregistré le premier double album d’Émilie Jolie et sont passés ensuite chez moi, entre autres : Vartan, Gainsbourg, Mitchell, Hallyday, Brassens, Sanson, Rivers. En 1982, j’ai déménagé les studios à l’adresse toujours actuelle, au 52 avenue du Président Wilson à La Plaine Saint-Denis. J’ai pu y acquérir les locaux. S’y sont succédés Georges Michael, Sade, Kenny Rogers, Stevie Wonder, Jean-Jacques Goldman, Céline Dion, Stéphanie de Monaco, Jeanne Mas, Jeanne Manson, Desireless, Patricia Kaas, Bryan Ferry…

D’où vient la passion et comment s’entretient-elle ?
J’ai toujours joué de la musique et j’ai toujours joué de la guitare. En 1956, j’ai découvert Elvis. Et j’ai compris que je voulais à tout prix travailler dans la musique. J’ai passé un bac scientifique et j’ai fait le conservatoire national des Arts et Métiers en spécialité Physique des sons et des images. Et c’est comme cela que j’ai atterri chez Vogue.
Ensuite, j’ai eu la chance d’être connu et reconnu dans mon métier au point de me voir décerner le prix du studio de l’année en 1986 par Music Week, un magazine anglais…

Simply Red, Eddy Mitchell, Bryan Ferry, les Stones sont venus et ont enregistré ici, aux portes de Paris. Quels sont les grands souvenirs que vous raconterez à la veillée ?
Mick Jagger est venu visiter le studio pendant une séance, accompagné par Dominique Lamblin. Je suis sur le trottoir, devant mon studio, avec Mick Jagger. Il me questionne sur le prix à la journée. Après que je lui annonce, il me répond avec beaucoup d’humour que pour ce prix-là il peut rester au George V et enregistrer directement dans sa chambre ! Quelques jours après, Eddy Mitchell m’appelle et me demande si je ne connais pas un groupe qui pourrait l’accompagner adapté à son style de musique pour les 20 ans de Mitchell à l’Olympia. J’étais en train de finir à ce moment-là les rythmiques d’un album pour Bill Deraime. Mitchell me dit : « j’arrive ». Les musiciens voient Eddy dans la cabine. Et c’est de cette façon qu’ils se sont fait embaucher par Eddy.
Au piano Jean-Yves d’Angelo, à la batterie Christophe Deschamps, à la guitare Mauro Serri, Pierre Fanen à la basse, Roland Lucot, etc. Certains continuent de l’accompagner.
Dans les années 80, tandis que je suis au téléphone à mon bureau, je vois la porte d’entrée s’ouvrir et George Martin apparaître. Je vais donc immédiatement à sa rencontre. Il me dit : « Je cherche Georges Blumenfeld. » Je lui réponds : « I am right in front of you ! » Il demande à visiter le studio pour faire 4 titres pour un chanteur américain de country, Kenny Rogers, et m’indique que les musiciens sont anglais et auront besoin d’une semaine. On se met d’accord sur la date. Quelques mois plus tard, je reçois un appel de Lion Share Recording, qui sont les studios de Kenny Rogers à Los Angeles. La secrétaire me passe George Martin ; inquiet, je m’imagine un problème sur les bandes. Pas du tout : George Martin désirait se faire confirmer l’orthographe exacte du nom de l’assistant qui était Olivier De Bosson. La classe. Mais de temps à autre, on est également appelé pour d’autres soucis, qu’on a du mal à imaginer. Mick Hucknall (le leader de Simply Red) a enregistré ici. Ma secrétaire m’appelle car il se plaint d’avoir froid. Je lui réponds que s’il ne jouait pas au tennis, en short, sur un court à côté, il n’aurait pas froid. On était en plein hiver. Sinon, Bryan Ferry qui vous demande l’autorisation d’utiliser votre téléphone pour appeler sa femme en Angleterre, c’est la grande classe, et un autre souvenir.

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Photo de Une : Au studio Marcadet – © Emil Hernon

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