Ils nous ont bien fait rigoler : Frenchtech.co, Warren Barthes et la BNP… la CNIL !

Le 19 mars 2015 par Magazine En-Contact

uc0_VUvC_400x400La rédaction d’En-Contact aurait pu craindre, lors de cet hiver pourri, marqué par les mauvaises nouvelles et l’assassinat de confrères dont on se demande comment ils ont pu être pris au sérieux, qu’elle aurait quelques difficultés à regarder « le bon côté la vie », comme les crucifiés du Sens de la Vie selon les Monty Python savent si bien le faire.
C’était oublier la vitesse à laquelle la « nouvelle économie » fait succéder à des infos totalement invraisemblables, d’autres parfaitement burlesques. Dans le désordre, le résumé de ces deux mois d’humour, c’est donc l’histoire de trois des acteurs principaux de ce nouveau monde virtuel : le net-entrepreneur ambitieux, le blogueur satirique, et le banquier à la communication unidirectionnelle.
Si Eugène Labiche était encore parmi nous, nul doute qu’il aurait écrit une pièce autour de ces personnages, qui nous aurait bien fait marrer.

« GÉNÈRE TON PITCH FRENCH TECH ET LÈVE DES FONDS ! »

C’est LA question que se posent des centaines d’entrepreneurs en France aujourd’hui : Comment séduire les investisseurs aux poches profondes dans une économie en crise, lorsqu’on n’a aucun chiffre concret à présenter, qu’on ne va créer aucun emploi, mais qu’on croit dur comme fer dans son projet aux fondations plus ou moins fantaisistes ?
Pas de panique, un site internet est là pour aider les ambitieux 2.0 qui veulent faire sauter la Banque (… publique d’investissement). Le générateur de « pitchs » de présentation de  www.frenchtech.co semble disposer de ressources totalement illimitées. A chaque clic sur le bouton « JE LEVE DES FONDS », le système apporte une nouvelle réponse à sa promesse simple et claire « GÉNÈRE TON PITCH FRENCH TECH ET LÈVE DES FONDS ! ».

C’est toute la face vénale, insignifiante, hypocrite et excessive de la scène « French Tech » qui est ici brocardée, avec une pertinence qui peut paraître effrayante. Morceaux choisis :

[note note_color= »#f3f3ef »]« Je suis co-founder d’une nouvelle plateforme qui est le Dailymotion de la consultation d’avocat en s’affranchissant des règlementations étouffantes. Axelle Lemaire a dit que nous étions « la France de demain, la France qui gagne » ».

« Nous allons occuper le marché grâce à notre projet qui sera le Dailymotion de l’aide humanitaire pour les handicapés. Dès qu’on se sentira menacés, on criera à la mort de l’entreprise en France. »

« Nous avons monté une startup qui est le Uber du co-voiturage pour les sans domicile fixe. Larry Page nous a déjà cherchés sur Google. »

« Mon associé et moi avons fondé le BlaBlaCar de la location de cave en s’affranchissant des règlementations étouffantes. Un pigiste de Slate.fr a écrit un article sur nous plus long que leur header »[/note]

Julien Dudebout, l’un des créateurs du site connaît bien cet univers : « On travaille tous dans le milieu des start-up et du numérique. Et on s’amuse régulièrement de l’attitude certains créateurs d’entreprise qui semblent plus avides de décrocher des fonds que de présenter un projet solide », déclarait-il à l’Express. « Il y a une forme de surenchère, portée par les médias, avides de nouveautés, et les politiques, trop contents de montrer qu’ils sont à la page et qu’ils soutiennent l’innovation. Le plus marrant c’est que certains pitchs générés avec des mots-clés un peu faciles, ne sont pas si éloignés de boites qui existent ».

Autre exemple ?

« Je suis co-founder d’une nouvelle plateforme qui est le Snapchat de l’effeuillage burlesque pour les animaux de compagnie. Nous comptons lever 2,8 millions d’euros et ainsi embaucher 10 stagiaires pour soutenir notre croissance »

Un petit dernier pour la route ?

Le Snapchat de l’e-mail va-t-il faire un carton… ou rester dans les cartons ?


« Un Français lance le Snapchat de l’e-mail (…) l’application qui serait en passe de lever 500 millions de dollars et d’être valorisée entre 16 et 19 milliards, selon Bloomberg ».

fdsfdf
Warren Barthes (PhoneAndPhone)

Ah non, ça c’est l’accroche d’un article des Echos du 18 février, qui évoque Confidential CC, la dernière idée de génie de Warren Barthes : des e-mails qui s’autodétruisent, voui, comme dans Mission Impossible, mais sans la fumée. Le serial entrepreneur est riche d’un pedigree bien rempli depuis ses 16 ans. « C’est lui qui était à l’origine, il y a quelques années, de PhoneAndPhone, l’un des premiers à vendre des mobiles en ligne sans abonnement et qui a dépassé les 50 millions d’euros de chiffre d’affaires avant que Free n’arrive sur le marché ». On ne pourrait pas mieux écrire la suite du pitch. Le business model de la société, qui avait levé plus de onze millions d’euros, était machiavélique. Par exemple, phoneandphone vendait « un Nokia 1209 plus un scooter pour la modique somme de 129 euros ». Les scooters avaient été achetés 330 euros pièce dans une usine au fin fond de la campagne chinoise, et les téléphones 22 euros auprès d’un fournisseur tchèque qui ne savait plus quoi faire de son stock. Mais Warren Barthes touchait lui les 300 euros que lui reversait l’opérateur dont il commercialisait le forfait avec le Nokia…
Mais au fait… que s’est-il passé quand Free est arrivé ? L’entreprise a été mise en procédure de sauvegarde, puis faute de repreneur, de liquidation judiciaire. Il n’y a pas que les e-mails qui s’autodétruisent avec Warren Barthes.

« Un vrai levier au travers de Bank of the West, la quatrième banque de Californie, cœur mondial de la « tech » »

Mais même Tony Montana, qui s’était payé le meilleur, le sait : l’essentiel pour lancer un bon business, gagner plein de sous et surtout durer dans le métier, c’est d’avoir un bon banquier.
Un banquier qui sait écouter son client, qui inspire confiance à tous ses interlocuteurs, ça n’a pas de prix. Et un banquier

qui s’y connaît dans la nouvelle économie, c’est encore mieux.
Prenons la BNP, qui a annoncé, par l’intermédiaire encore une fois des Echos, la mise sur pied d’« une équipe de conseil dédiée au digital ». Ces « vrais spécialistes en fusions-acquisitions » seront notamment chargés « d’identifier des cibles du digital ». Warren Barthes ou Tony Montana seraient bien inspirés d’aller les contacter puisque « BNP Paribas dispose d’un vrai levier au travers de Bank of the West, la quatrième banque de Californie, coeur mondial de la « tech » ».

Alors comme nous, nous faisons notre travail de journalistes, nous avons souhaité en savoir plus. Voici ce que nous avons demandé à la banque :

[note note_color= »#eaeae4″]Bonjour,

Après deux courriels au service presse restés sans réponse, je m’adresse à vous afin d’obtenir quelques informations concernant l’annonce faite dans les Echos du 5 mars dernier. BNP Paribas va monter une équipe de conseil spécialisée dans le digital, est-elle déjà mise en place ? Pouvez-vous nous indiquer par qui cette équipe sera pilotée et qui en fera partie ?

Merci par avance pour votre réponse. [/note]

… et voici la réponse

[note note_color= »#e4e4e0″]Bonjour,

Nous n’avons pas plus d’information a communiquer sur ce sujet pour l’instant. Si vous avez des questions précises – outre celle dans le mail ci-dessous, merci de me les envoyer et je verrai si nous pouvons répondre.

Cordialement ;

Sarah [/note]

Diantre, on pensait pourtant avoir posé des questions précises, et même, comme tout bon journaliste doit savoir en poser, des questions ouvertes.
S’il y a bien un point commun aux pitchs des entrepreneurs de la net-économie, et à ceux des banquiers à qui ils vont demander des sous… c’est qu’il ne faut surtout pas essayer d’en savoir plus.

[note note_color= »#ecece7″]Cadeau bonus : Quand la Cnil veille sur vos données personnelles – mais aussi et surtout sur les siennes

Non, contrairement à Warren Barthes, nous n’allons pas offrir un scooter chinois en cadeau bonus à nos lecteurs (quoique… s’ils veulent s’abonner au magazine pour une période de 24 ans, au tarif d’ami de 5 400 euros… je connais un mécano à Wuhan qui pourrait arranger un truc…). Le cadeau bonus, c’est la Commission Nationale Informatique et Libertés qui nous l’offre. En effet, nombreux sont les Parisiens qui se sont inquiétés des mystérieux drones qui filmeraient la capitale en toute illégalité, et qui ridiculisent la police. Il faut dire que chasser des drones, c’est toute une affaire. Avec cette excellente infographie, l’AFP – à moins qu’il s’agisse d’un détournement – présentait très sérieusement les différentes techniques possibles. Là où les Chinois préfèrent un logiciel interne d’auto-censure de survol ou un laser de la mort, les Français sont adeptes de stratégies plus subtiles, comme la capture du drone… par un autre drone, ou à l’aide d’un immense filet de pêche. Ca rappellerait presque la tapette géante de la Cité de la Peur. Toujours est-il qu’on ne sait pas comment, mais la police a réussi à interpeler un « pilote » de drones indélicat. Lequel ne s’est avéré être autre qu’un… « responsable de la Cnil, chargé des technologies et de l’innovation », selon le Parisien. Manquerait plus que ça : un gendarme de la vie privée qui vient lui-même violer celle des Parisiens avec son joujou furtif. Contactée par la rédaction pour confirmation, et pour plus de détails sur ce collaborateur, la Cnil a tout d’abord indiqué au téléphone… qu’elle ne souhaitait pas communiquer aux journalistes l’adresse courriel de contact de la responsable du service de presse « parce que c’est une information personnelle ». Finalement jointe, l’attachée de presse nous a indiqué pour toute réponse… le tweet du compte officiel de l’organisme : « Un agent de la CNIL a bien été interpellé. Nous n’avons pas plus d’éléments sur les circonstances qui relèvent de sa vie privée ». Ne nous plaignons pas. Au moins la Cnil prend son boulot au sérieux.[/note]

Charles-Henri FONDRAS

Abonnez-vous pour accéder aux contenus exclusifs d’En-Contact !

Créer un compte

*
*
*
*
*


Commentaires

Laisser un commentaire