Uber licencie en visio-conférence, Frichti assure ses livraisons avec des travailleurs sans papier…

Le 6 juillet 2020 par Magazine En-Contact

Les belles promesses et incantations sur l’expérience collaborateurs ont pris, au sein de quelques sociétés de l’économie digitale, un peu de plomb dans l’aile, durant les dernières semaines. L’occasion de rappeler quelques points clés de droit et de revoir quelques films, qu’on avait bien aimés lors de leur sortie.

Peut-on licencier une équipe de service client et de recruteurs, riche de 3000 collaborateurs, en 3 minutes grâce à la visio-conférence ? Oui. Est-ce légal en France ? Non. Ruffin Chevaleau, Customer Service Executive chez Uber l’a pourtant fait, pour adapter ses effectifs à la baisse d’activité. La vidéo où elle effectue sa prestation, publiée sur le web au mois de mai (grâce au Daily Mail) du licenciement express de 3000 personnes par elle-même, cadre manager de service client de Uber (Ruffin Chevaleau), basée à Phoenix (Arizona) a marqué, circulé et occasionné une forme de perte d’image pour Zoom, de façon assez injuste. La plateforme de visio conférence a sauvé une partie des home-office workers (télétravailleurs) pendant le confinement. La question n’est donc pas de choisir entre Zoom, Teams, Lucidchart ou Livestorm ; il est interdit en France de licencier par visioconférence.


Même pendant le Covid-19, l’envoi par courrier de la convocation à l’entretien préalable est nécessaire. Le mail ne peut suffire. L’entretien préalable peut ensuite se tenir par visioconférence même si la Cour de Cassation ne s’est pas encore prononcée sur la validité de ce mode d’entretien. Quelques cours d’appel ont retenu la régularité de la procédure, si le salarié a donné préalablement son accord. Les avocats spécialistes en droit social, telle Blandine Allix (chez Flichy Grangé) sont donc unanimes : la prudence est de mise pour ce qui relève de l’utilisation de la visioconférence dans la procédure de licenciement.

Le film à voir ?

Dans Up in the Air, un très beau film de Jason Reitman, Nathalie Keener (incarnée par Anna Kendrick) menaçait d’envoyer au chômage Ryan Bingham (incarné par Georges Clooney), licencieur en série mais qui prenait la peine de rencontrer en personne les personnes auxquelles il annonce qu’ils sont « fired ». La jeune cadre ambitieuse proposait à l’entreprise qui l’avait embauchée de faire ceci à distance.
On retiendra que le cinéma, c’est du cinéma, mais que des formules choc et concises, n’appelant pas de contradiction, sont utiles pour écourter des situations professionnelles angoissantes. Celle qu’a utilisée Ruffin Chevaleau est percutante : « This meeting is to inform you all that today is the last day in this office ».

In the air – © DR

 

Dans la même veine, mais en moins stupéfiant, Frichti, la plateforme de repas livrés à domicile a déclenché un bad buzz autour des conditions de travail et d’emploi d’une grande partie de ses livreurs. Après qu’un article de Libération a révélé que nombre de ceux-ci étaient en fait des sans-papiers, la direction de Frichti a tenté de minimiser les faits en indiquant qu’il s’agissait d’une situation isolée. Las, des manifestations intervenant après cette déclaration ont prouvé que les contrôles que les fondateurs de Frichti déclaraient faire étaient très marginaux et que la sous-traitance des livraisons faisait un large recours à des travailleurs sans papiers.

Sorry we missed you – © Joss Barratt

Le film à voir ?

Sorry we missed you, le beau film de Ken Loach, sorti en 2019, qui détaille et décrit par le menu le quotidien d’un working class hero anglais qui tente de se créer un nouveau destin en devenant livreur. Pour un sous-traitant de plateformes.

Par la rédaction d’En-Contact

 

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