« Je suis un passeur d’expériences », Jérôme Bourdenet, Rochefort du Gard

Le 20 janvier 2020 par Magazine En-Contact

A 20 minutes d’Avignon, il existe, en haut d’un promontoire une auberge pas comme les autres. On y vient visiter Notre-Dame de Grâce, dans son sanctuaire. Les passants restent parfois dormir ou profiter du ciel sans nuage, balayé par le mistral. Rencontre avec le directeur de cet Airbnb unique, célèbre également pour ses ex-voto. 

Jérôme Bourdenet – © DR

En-Contact : Depuis quand travailles-tu et habites-tu à Notre-Dame de Grâce, à Rochefort-du-Gard ?
Jérôme Bourdenet : Je suis arrivé ici avec ma famille, en décembre 2009, pour y être directeur de maison d’accueil. Je suis salarié du diocèse de Nîmes en tant que laïc en mission ecclésiale, avec une lettre de mission de Monseigneur Robert Wattebled. Le sanctuaire accueille et reçoit essentiellement des groupes d’église ainsi que quelques pélerins du chemin de Saint-Jacques ou de Urbain V. En 2018, nous avons servi 8000 repas et hébergé l’équivalent de 3500 nuitées.

En-Contact : Tu pratiques et exerces le métier d’hôtelier sans en être un vraiment et dans un lieu unique et atypique. Comment en es-tu arrivé là ?
J’ai passé un BTS en gestion hôtelière, effectué rue Méderic à Paris et j’ai ensuite débuté ma carrière au Paris Country Club, à Rueil Malmaison, comme économe contrôleur. Lors d’une retraite spirituelle que j’ai effectuée à vingt ans, j’ai fait l’expérience de l’amour infini de Dieu. Derrière ces mots, je parle de miséricorde, c’est-à-dire le fait que Dieu nous aime tels que nous sommes. Je voulais à l’époque travailler dans l’hôtellerie de luxe et j’ai en fait tout reconsidéré. Je me suis retrouvé économe dans une maison accueillant des personnes âgées à Mégève, comme fonctionnaire d’État. Et puis, mon cheminement parallèle spirituel m’a conduit à postuler au poste de responsable de l’accueil de centre diocésain à Annecy. J’ai ensuite exercé des fonctions de responsable hôtelier dans une communauté près de Grasse.

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EC : Comme tous les « directeurs d’hôtel », tu as emmené à chaque fois ta famille, lors de ces déménagements et lui as fait partager les implications de cet engagement dont le premier est une extrême disponibilité. Comment cela s’organise-t-il ?
C’est le week-end et en fin de semaine que nous accueillons essentiellement les groupes et les hôtes et j’ai donc du temps à consacrer dans la semaine à ma famille, pour emmener les enfants à l’école ou au train, car ils sont grands désormais. A mon couple également. Mon shabbat à moi, c’est le mercredi.
Et mon épouse est également engagée dans l’église. Depuis cinq ans, elle est aumônier catholique à l’Hôpital Public d’Avignon. D’un point de vue logistique, j’habite sur place et notre appartement et nos lieux de vie sont séparés par une porte des lieux qui accueillent les visiteurs. Avec une affiche qui y est placée : privé. Il faut essayer de mettre quelques frontières.

Lorsque tu as l’occasion de discuter avec tes résidents, que te disent-ils de l’expérience qu’ils vivent sur place, à quoi sont-ils sensibles ?
Voici un exemple de retour de pèlerins de Savoie :
« Bonsoir Jérôme,
Nous avons fait le retour de N.D de Grâce dans la joie. Pèlerinage trop court selon les 33 pèlerins !! De la part de toute l’équipe, je t’envoie une brassée de Mercis pour l’accueil que tu nous as réservé et ta gentillesse. Sans aucun doute nous associons tous ceux qui t’entourent.
A N.D de Grâce, nous avons trouvé la PAIX, le RECONFORT, le PARTAGE et tout simplement tout ce qui manque dans ce monde actuel qui n’a plus de repères et qui ignore ce qu’est l’amour du prochain et l’amitié. Personnellement je n’oublierai jamais le chemin de croix dans la chapelle ce matin. MARIE a remporté une victoire aidée de Gisèle BILLIET qui a amené la discussion en demandant ce que chacun ressentait en faisant ce chemin de croix. Je peux dire sans me tromper : c’est un pèlerinage réussi et je voulais t’en faire part. Merci encore avec notre union de prières, notre sincère amitié et pourquoi pas à la prochaine fois. (Gisèle Montmayeur et toute l’équipe) »

Quel est le prix moyen d’une nuitée, repas inclus ?
50 euros. Mais certains visiteurs payent un peu moins puisque nous n’avons pas vraiment un tarif affiché mais conseillé.

Combien de personnes travaillent-elles au Sanctuaire ?
Nous sommes 2 salariés à temps plein et 1 cuisinier à 24h par semaine. Une vingtaine de bénévoles viennent régulièrement nous aider. Tous ne sont pas engagés dans la foi ; nous sommes vigilants et attentifs à la posture d’accueil, essentiellement.

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La nécessité du don de soi est-elle un élément essentiel dans une telle fonction et dans un lieu comme celui-ci ?
La tenue d’une maison d’accueil nécessite une grande disponibilité, encore plus pour les résidents individuels, ce qui explique notre activité tournée vers les groupes. La posture d’un responsable de sanctuaire doit d’abord être celle d’un passeur d’expériences car depuis 1200 ans, les gens viennent ici sur la colline pour prier, pour demander l’intercession de la Vierge Marie et encore aujourd’hui, les bougies et les neuvaines brûlent en prolongeant leur prière. Et il y a aussi ceux qui viennent dire merci pour une grâce ou un cadeau reçu.
Nous proposons systématiquement une visite guidée, qui inclut la salle de confession des porteurs de maladies contagieuses (datée du XIVème), les grands couloirs des moines puis l’église avec ses ex-voto. Il s’agit de messages de remerciement, déposés ici sous forme de tableaux peints. C’est un extraordinaire héritage spirituel. Grâce à un ambitieux plan de rénovation, nous avons pu les faire rénover, et créer un lieu pour la visite. La DRAC, l’évêché et des donations privées nous ont permis de financer le projet, dont j’ai suivi l’exécution et les travaux.

De la qualité de la literie, de la nourriture, du paysage ou cadre en passant par le silence, le wi-fi, les échanges, quels sont les must-have de l’expérience hôtelière ou visiteurs, au et dans un Sanctuaire ?
Les hôtes apprécient particulièrement les chambres sobres mais confortables. Les lits n’y sont pas fait à l’arrivée, c’est un choix financier et les hôtes participent au ménage avant leur départ. La profondeur du silence dans l’église permet vraiment de se poser tandis que notre aumônier peut écouter et réconcilier les personnes qui le désirent. C’est toujours un moment de rencontre fort. Le wi-fi n’est pas encore trop utilisé chez les personnes en retraite mais il l’est évidemment lors des temps de rencontre ou de formation. C’est la vue panoramique de la salle à manger qui marque et retient l’attention. Nous proposons une nourriture simple mais variée et produite sur place. Pour certains groupes tels ceux de l’université CREIGHTON, nous pouvons proposer des menus un peu plus sophistiqués afin de permettre une découverte des saveurs du Sud.

Propos recueillis par Manuel Jacquinet

Le site web du lieu n’est pas de la toute première jeunesse mais les avis des « clients » visiteurs disent sans équivoque combien la gentillesse et le silence contribuent à une expérience magique, non réservable sur les plateformes ;).
Pour contacter Notre-Dame de Grâce, du moins le Sanctuaire ou Jérôme Bourdenet : NDG30.fr

A savoir : De nombreux lieux de culte accueillent en France et dans le monde des visiteurs, qu’ils soient croyants ou pas, tels le Sanctuaire évoqué ci-dessus. La communauté des Foyers de Charité, par exemple, dispose de 14 lieux en France, de Dinard à Châteauneuf de Galaure, en passant par les Houches (Haute-Savoie). Ces communautés de vie sont composées de laïcs, hommes et femmes, avec un prêtre, qui ont choisi de vivre ensemble et d’accueillir assez largement des groupes ou des individuels.

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