Michael Bloomberg ne désire pas que son télémarketing de campagne soit effectué par des prisonniers américains

Le 30 janvier 2020 par Magazine En-Contact

La nouvelle concurrence des opérateurs de télémarketing, incarnée par les prisonniers américains heurte une partie de l’opinion publique et un candidat bien en vue, l’ex-maire de New York ; le démocrate Michael Bloomberg a rompu le contrat qui le liait à un prestataire en télémarketing et centre d’appels du New Jersey, la société ProCom, après qu’il a appris que cette société avait sous-traité les opérations confiées à un autre prestataire qui a fait travailler des détenus d’une prison d’Oklahoma. Leur niveau de « salaire » semble provoquer des remous. Révélé par The Intercept, le sujet et les chiffres évoqués ont provoqué remous et une réaction rapide du candidat démocrate à l’investiture américaine. 

Accusé d’avoir « exploité » le travail de prisonniers américains pour sa campagne électorale 2020, Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, défraie la chronique. En effet, des détenues de la Eddie Warrior Correctional Center, prison où sont incarcérées 900 femmes, ont déclaré avoir répondu à des appels en son nom pour l’entreprise de télémarketing ProCom.
En 2014, le Département des centres pénitentiaires de l’Oklahoma (DOC) a signé 4 contrats avec des firmes de télémarketing qui dirigent des centres d’appel dans six prisons d’État, dont ProCom. Ces firmes paient DOC le salaire minimum (7.25 dollars par heure) pour les détenus qui travaillent, mais le programme de télémarketing des prisons ne les paie qu’1,45 dollars par heure, plus les bonus offerts par les entreprises. En comparaison, le salaire horaire moyen d’un opérateur de télémarketing est de 11 dollars par heure.

Michael Bloomberg – © DR

 

L’administration du Gouverneur déclare ne pas être au courant des contrats, mais plusieurs personnes dont le sénateur George Young ont exprimé leur désapprobation. « Ces gens sont incarcérés et on en profite pour les exploiter parce qu’on les contrôle ? Pour téléphoner, un prisonnier doit payer au moins 3$. » Car tout coûte cher en prison, y compris appeler ses proches. Mais Toby Pedford, co-fondateur de Every Life Marketing, voit les choses différemment. Selon lui, les prisonniers reçoivent en contrepartie une formation de haut niveau qui coûte des milliers de dollars et qui leur permet de trouver du travail à leur sortie de prison. Every Life travaille actuellement avec 4 détenus de la prison James Crabtree Correctional Center, qui traitent des appels entrants et sortants. Mais il dit ne pas connaître le pourcentage retenu sur les 7.25$ qui est versé aux prisonniers. Aucun législateur de l’Oklahoma interrogé à ce sujet n’est au courant et ils aimeraient pourtant en savoir davantage.
Matt Elliott, en charge des relations publiques de la prison a demandé à son équipe de chercher comment et pourquoi ce tarif d’1,45 dollar par heure a été établi.
Plus de 1100 détenus de DOC travaillent pour l’industrie du secteur public et les « partenariats » du secteur privé.
Si le salaire minimum est passé à 7,25$/H en 2009, le travail des prisonniers n’est pas encadré par le code du travail américain et l’utilisation du labeur peu coûteux des prisonniers par de grandes entreprises est un sujet de controverse depuis des décennies.

Dans le reste des Etats-Unis, les prisonniers sont payés entre 0,14 et 3 dollars par heure et ils ne sont même pas payés du tout au Texas, en Géorgie, en Arkansas et en Alabama. En cas de refus, les détenus sont punis et placés en cellule d’isolement. 61% des détenus américains travaillent.
Au Canada les prisonniers bénéficient également de formations. Selon le Service Correctionnel du Canada, les trois quarts des détenus qui apprennent un métier trouvent un emploi à leur sortie de prison. Au pénitencier fédéral de Dorchester, après 9000 heures d’expérience pratique, Paul a réussi à obtenir le Sceau rouge d’électricien qui lui permettra de travailler où il veut au Canada.
En Italie, de nombreux exemples et tests ont démontré leur efficacité : dans des prisons italiennes, à Rome et ailleurs dans la péninsule, des détenus effectuent des missions de service client et autres opérations classiques de téléopérateurs.
En France, les exemples et expérimentations sont peu nombreuses, ont parfois donné lieu à des procès intentés aux employeurs mais Webhelp continue avec succès une collaboration de ce type, pour le compte de son client Bouygues Telecom. (Voir notre article à ce sujet à Rennes.)

Par Manuel Jacquinet

Photo de Une : Orange is the new black – © DR

La création de compte est nécessaire pour les abonnés des offres Scapin et Warren Buffett

Créer un compte

*
*
*
*
*


Commentaires

Laisser un commentaire