L’usine à clandestins, sise à Paris 15ème, s’appelait l’ISPEM. Bruno Cavallaro, son directeur, y formait « aux métiers de demain »

Le 31 décembre 2019 par Magazine En-Contact

Archive de décembre 2015, Magazine En-Contact

Le magazine En-Contact précise quelle est l’école de commerce et le groupe d’écoles associées qui organisaient une véritable filière de faux étudiants chinois : l’Ispem. Son directeur, Bruno Cavallaro était déjà connu de la justice. S’agit-il du scénario d’une comédie ? Non, d’une véritable carambouille intervenue dans le secteur des écoles privées de commerce.Au moment où les magazines économiques, tels Challenges, publient leur classement annuel des écoles de commerce, qui va se décider à décrypter un jour le business de plus en plus opaque de la formation et des écoles qui en profitent parfois ?
Alors que nombre d’entre elles sont sérieuses, ce qui est arrivé au sein de l’Ispem, une école parisienne, incite à visiter avant les inscriptions et le versement des premiers frais associés, l’arrière-boutique de cette industrie. Ou à écrire un film, drôle…

Bruno Cavallaro et des partenaires chinois – © DR

Commerce international, Luxe, on apprenait tout à l’Ispem

Le français (à l’Ispem Fle), le commerce international, même les métiers du luxe (avec l’école rattachée au groupe ISPEM, Linkschoolparis), on pouvait tout apprendre au sein du groupe ISPEM, cette fameuse école de commerce du 15ème arrondissement de Paris qui fait depuis hier, sans être nommée, la une des journaux. Non pas pour ses résultats brillants mais parce qu’un trafic de faux visas d’étudiants chinois y a été démantelé, avec tout ce qu’il faut pour faire un film qui pourrait presque compléter la franchise La vérité si je mens : des faux visas d’étudiants, des rabatteurs, du black en veux-tu en voilà, des chèques en blanc qu’on va déposer en banque après les avoir endossés… Le tout avec tout ce qu’il faut pour embrouiller le chaland et candidat au BTS, au MBA. Tandis que Bruno Cavallaro, l’ex-directeur, dort désormais en prison et que l’enquête se poursuit jusqu’en Ardèche, rappel des faits et protagonistes, tels qu’ils semblent avoir été dévoilés par l’Ocriest.*
Yi Chen, l’ex directeur de Bercy Institute, est comme son nom l’indique un fieffé coquin chinois qui n’a pas froid aux yeux. Il avait déjà été condamné et attrapé en 2012 pour une carambouille similaire de faux étudiants chinois mais dans tous les films marrants, le bandit n’apprend rien de ses mésaventures : il persévère, ce qui le rend sympathique. Ici, c’est un ancien comparse, gérant de baraques à glaces et de restaurant, lui aussi déjà condamné, qui a pris la relève : Cavallaro, Bruno de son prénom n’a peut être pas fait de MBA mais il a tout compris au commerce : tu vas en Chine (voir la photo), tu édites quantité de petits sites web avec quantité de liens, de diplômes car tu as bien compris que la grande peur aujourd’hui… c’est de ne pas avoir de diplômes. Et comme ce qui manque à Paris, comme dans de nombreuses mégalopoles, c’est quantité de travailleurs clandestins disposés à payer cher pour visiter la capitale ou avoir des papiers, les clients ne sont pas trop difficiles à dénicher. En résumé, sous couvert d’accueillir des étudiants chinois, l’école semble avoir facturé des frais d’inscription à l’une des formations évoquées ci-dessus et avoir permis ainsi à des jeunes chinois de disposer d’un statut lors de leur venue en France. Ceux-ci travaillaient ensuite comme employés clandestins, sur le territoire français.
Un business dans lequel tu vends de 3 à 5000 euros le sésame pour résider en France grâce à une carte d’étudiants, le tout au Schwarz, c’est du bon business, pas comme ces conneries d’objets connectés ou de big data qui nécessitent quantités d’ingénieurs, de programmeurs en Python, Drupal, etc. Depuis la révélation de cette histoire, l’école a déposé le bilan. Et des étudiants qui s’étaient acquittés de frais d’inscription attendent que la justice aille au terme des poursuites intentées. On a imaginé que certains d’entre eux vendent un bout de leur histoire à des studios américains. 

Tous les ingrédients pour un bon film, pas trop cher à tourner

L’équipe du film pourrait se rendra en Chine du coup pour les scènes à tourner sur place. On pourrait attirer plein de marques de luxe qui voudront bien mettre un ticket ou faire du placement de produits. Elles ne seront pas dures à trouver si l’on considère que la moitié du comité Colbert semblait partenaire de la filière luxe sus citée (Linkschool Paris, dont le directeur est « shooté » devant Ladurée, sur la home page du site en question).
Pour les poursuites en bagnole ? On n’aurait pas besoin de bloquer les voies sur berge car tout s’est passé près de la Seine : Beaugrenelle et Bercy. Ils sont tout de même couillus, nos pieds nickelés qui ont osé recycler des chèques en blanc à quelques mètres à vol d’oiseau du bureau du Ministère de l’Intérieur et de l’ANSSI (un truc plus sécurisé encore que les locaux de la CIA à Langley) : l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information. Avec le métro aérien pas loin (Bir Hakeim), on pourra même la tourner façon Bullitt, cette poursuite ! Philippe Tanovan, l’ex-directeur des relations entreprise, semble avoir rebondi.
L’insider qui raconterait l’histoire ? On pourrait imaginer que l’histoire soit racontée par ce protagoniste, façon interrogatoire qui permet de lancer les flash-backs à l’écran.
Dring, dring. Je vous laisse, c’est Miramax qui m’appelle sur l’autre ligne. Les bonnes histoires, c’est rare. Et là, on a presque tout J.

Un billet d’humeur de Manuel Jacquinet

Pour aller plus loin :

Pour découvrir que certains ex-élèves ont déjà eu envie de raconter tout ceci, découvrez Sup de Pute, une vidéo qui date mais avait presque tout anticipé.
>> RELIRE : Et la palme d’or est décernée à Patrick Drahi, des productions SFR : Prends l’oseille et tire-toi (Lettre ouverte) <<

*Ocriest : département spécialisé de la police nationale qui travaille sur les filières d’immigration illégale.

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