L’affaire Wynd : ces fournisseurs et développeurs qui attendent d’être payés par Wynd et Ismael Ould

Le 24 octobre 2019 par Magazine En-Contact

Ils ont développé et codé pour Thematic Group, aménagé son luxueux showroom, traduit le site web de l’entreprise, installé les cloisons des bureaux… et pourtant leur facture est restée impayée. Comment et pourquoi une start-up adulée qui a levé plus de 100 millions d’euros a-t-elle autant de difficultés à régler ses partenaires ?
Notre magazine, attaqué en diffamation, poursuit la publication de quelques éléments factuels sur l’entreprise entrée au Next 40.

Ne pas payer les fournisseurs, un système établi ?

L.S. : Architecte d’intérieur et concepteur du showroom. Impayé : 4 200 euros – 60 % des sommes dues.
Wood2b : Entreprise de menuiserie qui a fabriqué les meubles du shoowroom de Wynd, quai André Citroën, mettant en scène le magasin omnicanal – plus de 40 % du montant des travaux restent dus, environ 40 000 euros. Rendu de décision suite au procès à la mi-novembre.
Isospace : Fabricant et installateur de cloisons pour les bureaux de l’entreprise : 143 519,04 euros. Décision de justice rendue au profit d’Isospace (voir celle-ci, ici).
Agile4me : SSII spécialisée (une des nombreuses) qui a délégué des codeurs et développeurs et des coach agile pour la réalisation des applications vendues et promises par Wynd à ses clients. 228 960 euros. Nantissement du fonds de commerce obtenu par l’entreprise.

La liste des prestataires qui sont en procès avec l’entreprise Thematic Group est longue comme le bras : l’enquête que nous avons menée avant la publication de notre article nous a permis d’en identifier plus d’une quinzaine, dans tous les pans d’activité relatifs au fonctionnement de la start-up. Le développement de quantité d’applications ou d’OMS, qui sont pourtant le cœur du savoir-faire déclaré de Wynd, repose et reposait sur des prestataires et SSII de tous les pays, sollicités pour développer, si possible dans les délais, les projets de commerce omnicanal vendus aux clients.
« J’ai quitté l’entreprise le jour où j’ai découvert qu’une jeune femme que nous faisions travailler, indépendante, avait du mal à payer son loyer parce que nous ne l’avions pas payée. Ismael est un tyran, qui a un souci pour régler la moindre facture même celle liée au papier toilette », indique, sous couvert d’anonymat (une condition qu’ont exigée quantité de nos sources) une ex-cadre de l’entreprise.

De quoi Wynd est-il le nom ?

En début de semaine, une entreprise elle aussi dirigée par un entrepreneur « visionnaire » a vu sa valorisation fondre en quelques semaine, contraignant son actionnaire de référence à en prendre le contrôle et à injecter 5 milliards de dollars. Elle s’appelle WeWork. Elle a bénéficié de milliers d’articles depuis sa création et a vu sa valorisation atteindre la somme de 42 milliards en mars de cette année. « Wynd est le prochain Théranos », écrivions-nous dans l’article du 19 septembre qui a lancé l’Affaire Wynd. Nous ne faisions que reprendre les paroles d’un des témoins interrogés pour les besoins de notre enquête.
Nous sommes donc étonnés que, malgré le grand nombre de services de fact-checking au sein des très nombreux médias français (il y a 35047 cartes de presse en France en 2017), les décodeurs, les équipes d’investigation (Les décodeurs au Monde, Checknews à Libération, etc.), nous demeurions le seul journal ou média à relater les faits, à enquêter sur l’aventure Wynd ; à avoir jamais questionné apparemment Ismael Ould sur les réalisations de son entreprise. Ses levées de fonds furent pourtant bien relayées, partout.
La start-up nation et ses levées de fonds pharaoniques, ses amitiés consanguines et la propension de quelques-uns de ses représentants éloquents à pratiquer le story telling sont-ils moins importants que le énième livre de souvenirs d’un ex-homme politique, par exemple ?

En-Contact N°111 – août/sept. 2019

Le journalisme demeure parfois un combat : nous serons donc au tribunal le 20 novembre 2019 pour nous expliquer. Merci à la petite équipe soudée de Malpaso (l’éditeur du magazine En-Contact) qui subit souvent les effets collatéraux de notre indépendance, de notre volonté de raconter les belles histoires et les plus délicates. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde*, écrivait Albert Camus.

Par Manuel Jacquinet

Voir le projet de showroom Wynd, ici.

*Albert Camus, dans Poésie 44 (Sur une philosophie de l’expression).

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