J’ai rédigé mon testament « au cas où »

Le 4 juillet 2019 par Magazine En-Contact

Frédéric Jousset n’a pas été enchanté par son expérience de l’ascension de L’Everest. Il y a dans notre industrie et sur notre marché une concentration aigue de fortes personnalités, bien différentes par contre de par leurs pratiques de communication. Quand certains tels Majorel sont de grands adeptes de la disette marketing, d’autres ont toujours raconté leur émois, succès, avec talent et sur tous les canaux.
« Si et quand tu vas faire pipi, raconte-le sur Twitter », aurait dit un jour, à l’un des cadres qu’il emploie, l’un de ces grands patrons. C’est à cet exercice que s’est livré récemment le co-fondateur de Webhelp qui a dressé dans Challenges le récit de son ascension réussie sur l’Everest. Découvrez ci-dessous quelques extraits de son récit.

Avant l’ascension

« Escalader l’Everest ! Un rêve d’enfant. Mais je l’avais enlevé de ma « bucket list » en raison de la durée de l’expédition. Plus de soixante jours. Impossible de faire une telle interruption dans ma vie professionnelle, et familiale. » […] « Je cache mes larmes au moment de dire au revoir à Alma, ma fille de 2 ans, qui croit que je pars au ski. J’ai rédigé mon testament « au cas où », et la suite va prouver que ce n’était pas superflu. » « Grâce à Google Translate, tout le monde se parle aisément, via son téléphone ! Le pire et le meilleur de la technologie. » […] « De retour au camp de base, une attente interminable commence. Le mauvais temps persiste. »[…]  « Au bout de dix jours, à l’heure du dîner, le routeur météo basé aux Etats-Unis nous informe par e-mail qu’il y aura une fenêtre le 23 mai et peut-être le 24. L’excitation est à son comble. Nous visons le premier jour disponible, par sécurité, pour éviter les embouteillages mortels. »

Entrée dans la dead zone

« Mais à partir de là, nous entrons dans la fameuse « dead zone », A cette altitude, pas d’hélicoptère, impossible de porter un homme. Plus aucun secours n’est possible, chaque erreur se paiera cash. Un gant perdu, c’est l’amputation ; une cheville foulée, peut-être la mort. C’est chacun pour soi et l’ambiance s’en ressent. » […] « Le lendemain, l’enfer commence. Il faut escalader un champ de pierres instable. » […] « Arrivés au camp 3, à 8 300 mètres, nous n’avons droit qu’à une courte halte. Une maigre sieste de trois heures, des pâtes lyophilisées, du thé sucré, et à 21 heures nous voilà re­ partis parmi les premiers. » […] « Au lever du jour, je ne suis plus qu’à 100 mètres du sommet à ma montre altimètre. Je suis à bout, seul, mais je sais que c’est gagné. Je ralentis pour profiter de derniers instants. Les larmes me montent aux yeux. »

Retour au camp

« A peine dix minutes se sont écoulées, et nous sommes pressés de nous attaquer à la descente où se produisent 80% des accidents mortels. » […] « Vu la forte pente, on doit rester très concentrés. De retour au camp 3, c’est le drame : une tempête soufflant à plus de 100 km/h se lève. Impossible de s’arrêter. Nous n’avons ni bu ni mangé depuis plus de douze heures. » […] « Je m’assois et je m’endors instantanément. Sans mon sherpa qui me réveille aussi vite, je serai encore là-haut congelé. » […] « Le lendemain, quelques tentes à côté de nous, un alpiniste est retrouvé mort d’épuisement. » […] « Nous sommes un peu moins de 6000 au monde à avoir atteint ce sommet depuis Edmund Hillary en 1953, et 280 sont morts d’avoir tenté son ascension. L’expérience était inouïe les souvenirs éternels, mais le jeu en valait-il la chandelle ? Pas si sûr. »

* (le 20 juin n°615), sélectionnés par Maude Cavat (à la rédaction d’En Contact)

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