Et la palme d’or est décernée à Patrick Drahi, des productions SFR : Prends l’oseille et tire-toi (Lettre ouverte)

Le 26 mai 2015 par Magazine En-Contact

Rappel des faits

Un brillant financier, industriel du câble, parvient à lever des milliards, et s’engage dans une frénésie d’achats, tous en milliards, tandis que, depuis la Suisse, ses équipes saignent les fournisseurs, décalent les échéances, et rendent fou le fisc français.

Patrick Drahi
Patrick Drahi

Mon cher Patrick (Drahi),

Je sais que tu passes beaucoup de temps en ce moment dans les avions, entre Paris, Genève et les Etats-Unis, où ta fringale t’amène à aller chasser du gros. J’ai pensé que, peut-être, les programmes vidéo à bord (in-flight entertainment) te laisseraient sur ta faim. Aussi, t’ai-je concocté, en ce mois de mai où tout s’arrête en France pour un festival de cinéma, une playlist de films à voir, ou à revoir (je ne sais pas quelle fut ta fréquentation du cinéclub à Polytechnique). Te sachant pragmatique, je l’ai conçue également afin qu’elle puisse servir à Bernard (Mourad) et Eric (Klipfel), deux de tes fidèles lieutenants, à qui tu as confié des missions délicates : parfois c’est dans les films qu’on trouve l’inspiration…

L’homme qui tua Liberty Valance, de John Ford : comme dans tous les grands westerns, un affrontement entre la loi de l’Ouest, la légalité et la force.
Les télécoms, c’est pire que la conquête de l’Ouest, et même si je sais que Liberty, aujourd’hui, est peut-être un prénom qui te donne de l’urticaire, (Liberty Global est en effet le nom de ce câblopérateur américain qui t’a grillé la politesse pour un important deal outre-Atlantique), tiens le coup ! Malgré les deux heures que dure le film…

Looking for Eric, de Ken Loach : je ne suis pas sûr que tu sois très sensible à l’univers de Ken Loach, à son penchant pour le social, mais Looking for Eric ressemble tellement à la course frénétique dans laquelle sont engagés tous les outsourceurs de centres d’appel, notamment, qui cherchent désespérément à joindre Eric Klipfel pour savoir s’ils vont mourir ou pas avant la fin du film. C’est comme le sketch des Inconnus : « pour survivre, il doit mourir ». (Je me suis laissé dire que les négociations tarifaires entre SFR et ses prestataires en service client, ça ressemble bigrement à celles entre Eurodiscount et Patrick Benamou, voir film suivant).

Gilbert Melki alias Partrick Abitbol dans le film La Vérité si je mens 3
Gilbert Melki alias Partrick Abitbol dans le film La Vérité si je mens 3

La vérité si je mens ! 2, de Thomas Gilou : chef-d’œuvre absolu. A qui t’identifieras-tu ? Patrick Abitbol ? Serge Benamou ? Tu as démarré, selon la légende, en Serge Benamou, tu es désormais Patrick Abitbol. Mais attention ! Dans le film, le fisc colle aux basques de Patrick et en ce moment, tu sais, c’est chaud à Bercy ! (Le franco-israélien, qui habite à Genève, fait ses emplettes en France, puis au Portugal, puis aux Etats-Unis… tu dois leur donner le tournis à Bercy ! D’autant qu’ils n’ont pas encore trouvé le logiciel pour gérer ce genre de cas… D’ailleurs, dis-moi, tu la déposes où ta déclaration – toi ?)

La vérité si je mens ! 1, de Thomas Gilou : je ne te conseille pas cet opus uniquement pour le jeu d’Anconina, mais parce qu’il s’agit de la première aventure d’un ex-financier, polytechnicien lui aussi, qui changea de vie en se lançant dans le cinéma : Manuel Munz. Pour un coup d’essai ce fut un coup de maître, mais la suite n’a pas été aussi florissante. A méditer, peut-être ?

Prends l’oseille et tire-toi !, de Woody Allen : ça, tu l’as déjà fait avec maestria. Mais prends garde à ne pas finir comme Virgil Starkwell, qui dans ce film finit par se faire pincer par un agent du FBI en civil. Vise plutôt la carrière à la Woody Allen. Au début, tu as un vrai talent, de l’inspiration et des choses à dire et à prouver ; après – selon moi – ça se gâte. Mais il suffit de trouver une ville qui t’accueille à grands coups de subventions pour le tournage, et de faire un beau clip sur ladite ville, avec beaucoup de dialogues. Toi, tu te prends 50% du budget du film. Et parfois, selon les pays, pour mettre un peu d’huile dans le financement, tu proposes à la femme du président un petit rôle ! Prends l’oseille et tire-toi, c’est la morale !

Un billet d’humeur de Manuel Jacquinet

PS : J’ai hésité, mais j’ajoute la scène du film Pretty Woman où Richard Gere emmène Julia Roberts pour une séance de shopping. Mais celle-là, tous les banquiers d’affaires te la jouent, tous les jours : « Nous allons dépenser une somme d’argent absolument indécente ! Alors il va nous falloir beaucoup plus de gens pour nous cirer les pompes. ».

Bernard Mourad, ex-banquier chez Morgan Stanley, qui a accompagné son client Patrick dans quantité de ses acquisitions, et pilote désormais le pôle médias de son groupe. Sa mission (puisqu’il l’a acceptée) : digérer à la vitesse de l’éclair des rédactions à 400 à 500 cartes de presse, mélanger le tout et fabriquer de l’excédent brut d’exploitation, le tout sur plusieurs continents.

Eric Klipfel, ex-directeur de la relation client de Numéricable, désormais en charge dans le nouvel organigramme du marketing grand public, du commerce, de la distribution et du service client du groupe SFR-Numéricable. Sa mission (puisqu’il l’a acceptée) : vendre plus cher des abonnements, à beaucoup plus de gens, en augmentant les prix … mais sans réduire la qualité, ni tuer les fournisseurs !

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