En-Contact, le magazine attaqué par Wynd pour « chantage », publie des témoignages de clients, salariés, prestataires. Et rappelle les faits.

Le 30 septembre 2019 par Magazine En-Contact

Menacé et attaqué en justice par Wynd, (Thematic Groupe), l’éditeur du magazine En-Contact a décidé de publier quelques-uns des témoignages recueillis lors de son enquête et préalablement à la publication de son article (Wynd, c’est le prochain Theranos) et les extraits de condamnations récentes de la société pour non-paiement de fournisseurs.
Le rédacteur en chef, Manuel Jacquinet, précise parallèlement la teneur du seul mail* jamais échangé avec Ismael Ould : « Nous désirons connaitre le chiffre d’affaires de l’entreprise en 2018 et les contacts complets de deux clients installés, de taille différente, afin que nous puissions avancer dans une meilleure connaissance de l’entreprise que celle que nous avons déjà ». Il ajoute : « Nous avons désiré recevoir ces informations préalablement à une rencontre avec Mr Ould, ayant compris que cet entrepreneur est un brillant vendeur, ce qui est un vrai talent, que nul ne conteste. Seuls les faits nous semblaient intéressants. Nous avons donc sollicité Wynd, à plusieurs reprises depuis huit mois, sans succès. Avons dans le même temps recueilli les témoignages de 5 prestataires qui sont en litige avec Wynd et ont parfois déjà gagné leur procès contre l’entreprise pour prestations non réglées ; d’ex-salariés, notamment à des postes de direction ou qui travaillaient directement avec Mr Ismael Ould (plus de 5). Et d’ex-clients. Ils convergent tous dans le même sens, malheureusement. Si nous avions disposé, ou pu recueillir les témoignages de clients installés et satisfaits, nous les aurions pris en compte pour la rédaction de notre article. D’autres témoignages sont encore plus édifiants, sur ses pratiques commerciales ou de management des équipes, que nous réservons à la justice, puisque le fondateur de l’entreprise a décidé de tenter de bâillonner la presse avec deux plaintes, non reçues à ce jour mais qu’il s’est empressé de médiatiser. »

*Nous avons relancé ensuite, et avons mentionné que nous ne désirions convenir d’un rendez-vous dans les locaux de Wynd, mais recevoir les éléments demandés : « Je vous réitère ma demande, préalablement à un rendez-vous ».

Témoignage numéro 1 : Antoine, ex-chef de projet développement chez Wynd

Antoine (le prénom a été changé) est un ancien salarié de Wynd, entreprise qu’il a intégrée et quittée cette année. Il y a exercé des fonctions importantes dans l’équipe de développement, en tant que Chef de Projet. Il décrit les moyens mis en œuvre pour assurer la réalisation technique des projets vendus, les relations avec les clients et le fondateur (Ismael Ould). Il n’exerce pas de fonction chez un concurrent désormais, pour information.
Nb : Les propos repris le sont sans correction de son témoignage, enregistré, afin d’en conserver la teneur et l’esprit. Antoine a pris l’initiative de contacter la rédaction d’En-Contact après la parution d’un des articles.

En Contact : Pourquoi êtes-vous rentré chez Wynd ?
Antoine : Pour le challenge, on m’a recruté en disant que Wynd est une entreprise et start-up qui veut se structurer, qui veut grandir ; et donc on a besoin d’avoir des personnes expérimentées et il y aura du challenge. Moi j’étais justement là pour le challenge sauf qu’on nous donne aucun outil pour le faire et quand vous voulez le faire on vous dit « non ça on s’en fiche, ce qu’il faut c’est livrer au client ». Et tous les projets doivent être faits en 3 mois, je ne sais pas pourquoi, c’est un peu leur dada. Je leur explique, pour une marque fashion typiquement, que s’ils veulent recevoir toutes les informations sur les tablettes ou les iPhones avec en même temps des push notification, si vous voulez avoir un OMS qui marche, il faut au moins 8/10 mois pour faire quelque chose d’à peu près propre. Et ça ne peut pas être fait en 3 mois ; le projet a été décalé. Fallait savoir ; est-ce que c’est cette grande marque ou Wynd qui a demandé à le décaler en premier, mais personne ne pouvait tenir les délais, tout le monde le savait mais personne ne voulait le dire.

Vous reportiez à qui dans l’entreprise ?
Auprès de mon manager directement, qui est passé manager sans avoir eu d’expérience avant. Quand vous regardez l’âge moyen chez Wynd, il est entre 26/27 ans. En effet, tout ce que vous décrivez dans l’article, c’est la partie émergée de l’iceberg, à savoir qu’effectivement Ismaël fait peur aux équipes ; je l’ai déjà entendu engueuler les différents directeurs devant tout le monde ou en gueulant au téléphone. C’est une personne qui peut être sur Tinder en réunion, ne pas vous écouter, ou ne pas venir, il est assez incontrôlable. Au-delà de ça, dans vos articles vous dites qu’il ment sciemment mais moi parfois je me demande s’il ne sait pas ce qui se passe. Ou alors un mix des deux, il ment quand ça l’arrange, il y a des choses qu’il ignore totalement. Une marque fashion était l’un de mes projets, j’ai vraiment été impliqué dans ce projet et effectivement c’était vendre un produit qui n’existe pas. Ça, c’est les commerciaux qui vendent des fonctionnalités qui n’ont jamais été développées et qui ne sont même pas forcément dans les futures versions du produit. Ça a été vendu dans le contrat, on ne vous le dit pas, et quand vous êtes face au client en train de créer le projet informatique on leur dit il y aura ça, ça et ça vous demander aux équipes qui développent le produit pour quand même vérifier et ils nous disent « non ça ce n’est pas prévu, ça pas encore et ça on ne sait pas ». En fait on vous a vendu 12 fonctionnalités, il y en a peut-être que 8 qui vont potentiellement être prises en compte et finalement il y en aura peut-être que 4 de produites dont 2 qui marcheront.

Si on prend l’exemple de cette marque fashion, si on prend l’exemple d’une société comme celle-là, qui fait quand même partie d’un grand groupe, elle signe pour acheter quel type de produits chez Wynd ?
Par exemple un OMS, qui est en fait le chef d’orchestre d’une commande passée sur internet, jusqu’à la livraison soit en boutique, ou bien chez le particulier. C’est l’OMS qui va recevoir la commande depuis internet, interroger les différents entrepôts savoir s’ils ont du stock ou pas ; on va prendre tel article dans tel entrepôt en telle quantité et à la fin on va tout envoyer à l’entrepôt principal ou en boutique pour que le client puisse venir le chercher. Le client va recevoir un mail ou un SMS pour lui dite qu’il peut venir chercher sa commande.

Et cette marque ne prend pas plus de précautions que ça quand ils passent la commande ? Pour vérifier que le prestataire a déjà fait ça ? Comment ça se passe ? Vous avez peut-être travaillé préalablement dans d’autres entreprises, ça ne vous pas étonné qu’il n’y ait pas plus de précautions prises ou de réassurance parce qu’on a quand même affaire à des sociétés importantes ?
C’est très compliqué, c’est qu’on vend de l’omnicanal, mais parfois les clients ont déjà leur propre solution et ne veulent pas toute la solution d’un coup. Donc on aura l’omnicanal qui va effectivement recevoir les commandes mais qui va devoir interroger des systèmes de cette marque en disant ça : on met en stock, ok donc moi il faut que j’intègre les informations mais ce n’est pas moi qui ai l’information en tant que Wynd. Quand je vous dis qu’Ismaël ne sait même pas ce qui se passe c’est vrai, je l’ai vu en réunion avec ce client, il était incapable de livrer ce que le client voulait. Je suis en réunion de crise chez cette marque fashion, Ismaël est venu et il a vendu en disant « je vous garantis que ça c’est standard au produit, il n’y a aucun problème ça sera livré en temps et en heure ». Mon manager et moi, on se regardait et on se disait : soit il le sait, il ment et c’est magique. Soit il ne comprend rien à ce qu’il vend mais tout ce qu’il promettait c’était impossible comme tenir les délais.

Vous êtes toujours dans l’entreprise ?
J’ai quitté à la fin de ma période d’essai, on m’a dit que je ne convenais pas à la façon de travailler pour Wynd. Ce qu’il faut savoir c’est que, quand on est chef de projet informatique en fait, on est tout seul. Il doit limite faire les tests, manager un projet, aller voir le client, s’assurer que tout va bien pour le client, faire de l’après-vente ; on lui donne tous les rôles. Wynd, pour moi, c’est une start-up qui l’est quand ça l’arrange, on va parler d’une nouvelle licorne, des levées de fonds spectaculaires. Tout l’accent est mis dessus mais quand on cherche à savoir chez qui on a fourni il n’y a plus personne. Je peux prendre l’exemple de MK2, on est censés avoir déployé plus de 200 points ou bornes de cinémas pour commander des tickets et dès le premier ça a crashé, il y a eu trop de commandes.

D’après vous, ça va durer encore combien de temps ?
Tant qu’on lève des fonds et qu’on en parle en tant que start-up qui a des articles sur LinkedIn, qui vend monts et merveilles, « Wynd est la future entreprise, etc. », tout le monde y croit. Mais Wynd ne tient jamais ses promesses et ne peut pas le faire. Il faut aussi savoir que dans l’entreprise il y a turnover ultra important, les personnes ne restent jamais plus de 2 ans, en moyenne c’est 1 an maximum. Il y a un turnover que ce soit des développeurs ou des responsables.

C’est quand même au cœur du sujet de la stratégie de quantité de retailers et de magasins, ce qu’ils font, non ?
Quand vous citez Comtesse du Barry, on leur a vendu monts et merveilles, ça n’a jamais marché, ça ne marchera jamais, mais personne ne veut le dire. Il y a un autre projet qui s’appelle Agrigal, qui est l’exemple type ; c’est une coopérative d’agriculteurs. C’est un projet qui change de chef de projet depuis 2 ans, change sans arrêt de budget qui n’est toujours pas livré alors que c’est quelque chose de simple à la base mais comme Wynd ne sait pas faire, ils ne veulent pas mettre les moyens. Car à chaque fois qu’on a besoin de développeurs, Ismaël veut utiliser soit des sociétés externes et toujours les moins chères.

Vous avez travaillé avec quel type de prestataires ?
Soit des Russes avec Noveo par exemple, soit là il aurait une antenne au Maroc, ça dépend. Moi on m’a demandé de travailler sur le projet d’une marque fashion mais je n’avais aucun développeur de prêt.

Quand vous voyez que l’entreprise est citée dans la liste des Next 40, ça veut dire quoi ? Que les gens qui font ces classements ne s’intéressent pas au cœur du métier ?
Soit, ils ne savent pas de quoi ils parlent ou ils veulent juste voir le fait d’avoir une entreprise qui fait 30 % de progression sur 3 ans, qui a levé au moins 6 millions d’euros. Il n’y a que ça qui les intéresse mais il n’y a aucun contrôle qui est fait, sinon Wynd n’y serait pas. Et je pense que cette société est l’exemple, parmi tant d’autres où l’on vous vend monts et merveilles, on cite Wynd dans tous les articles c’est très bien, c’est joli, mais dans les faits trouvez- moi des clients satisfaits… il n’y en a aucun. Une chose qui est très intéressante : si vous allez sur Glassdoor, si vous regardez à chaque fois qu’il y a un commentaire négatif d’un ex-employé, juste après il y a un commentaire posté par les RH avec 5 étoiles et donc cette note est fausse. Et ça on le sait tous en tant qu’employés ou ex-employés de Wynd que les RH postent des faux commentaires pour remonter la note de Wynd.

Dans l’entreprise, qui a des fonctions opérationnelles ?
Bah il a dégagé le directeur financier ! Il y en a un autre qui est arrivé, ce n’était pas son périmètre de base mais ça va le devenir, comme je dis le turnover est très important, les vendeurs il n’y en a pas un qui reste 2/3 ans.

En-Contact N°111 – août/sept. 2019

Quel est le client qui d’après vous a été le plus « massacré », même si vous n’avez pas travaillé avec lui directement ? Un plus en colère que les autres ?
Ils le sont tous, ils viennent tous gueuler en disant « vous nous promettez ça en standard », parce que Wynd s’engage à dire, tout ce qui est standard au produit, dès qu’il y a une montée de version on vous l’offre. C’est dans le contrat type, sauf qu’il n’y a jamais une montée de version chez un client, ça n’a jamais été fait, parce que le produit en standard n’existe pas.

Les vrais concurrents sur la totalité du périmètre ou sur une partie de Wynd sur le marché ça serait qui ? SAP, Cegid, d’autres spécialistes des caisses enregistreuses… ?
Effectivement il y aura Cegid, il y aura Manhattan, ce sont les gros poids lourds du marché. Il y a une société qui monte qui s’appelle Mirakl d’après ce que j’ai compris ils vendent ce qu’ils disent ; ils le font, ils disent qu’ils ne font pas beaucoup aujourd’hui mais au moins ça existe.

Propos recueillis par la rédaction d’En-Contact,
septembre 2019

De nombreux fournisseurs non réglés pour leurs prestations
La société Agile4me.com, ex-prestataire pour Wynd (elle lui a fourni, en tant que SSII spécialisée des product owners notamment), a obtenu en référé, le 12 mars 2019, un séquestre de la somme de 228 960 euros, en contrepartie d’une facture restée impayée à ce jour. Une décision au fond est attendue après les audiences qui se tiendront en octobre 2019.

Photo de une : Arrête-moi si tu peux, de Steven Spielberg, 2013

 

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Commentaires

2 réponses à “En-Contact, le magazine attaqué par Wynd pour « chantage », publie des témoignages de clients, salariés, prestataires. Et rappelle les faits.”

  1. J’ai travaillé pour WYND/Thematic Groupe en tant que prestataire au début de l’aventure, et pour avoir étudié d’assez près leurs technologies, je pense qu’il est abusif de dire qu’il n’y a rien.
    Ils ont des produits, une techno, et une vraie valeur ajoutée potentielle.
    Par contre, M. Ould a commencé par refuser de me payer, arguant d’abord de problèmes de trésorerie, puis, après une levée de fonds réussie, utilisant d’autres arguments, qui n’ont pas tenus devant le Tribunal de Commerce de Paris qui a émis une injonction de payer suite à ma saisine.
    J’y ai perdu du temps, un peu d’argent (histoire d’arrondir les angles, le DAF de l’époque m’a fait passer le message que, pour des raisons d’honneur ou d’égo de M. Ould, il serait bon que je « fasse un geste », ce que j’ai fait en réduisant ma facture d’une dizaine de pourcents).
    En ce qui me concerne, et sauf changement radical, je ne retravaillerai plus pour M. Ould, directement ou indirectement.
    Mais ce n’est que mon avis, et je pense que WYND a une carte à jouer dans son écosystème.
    Je n’ai aucune information sur ce qui est « vendu » comparativement à ce qui est livré, mais ce que je sais, c’est que WYND ce n’est pas « que du vent ».
    Pour ceux qui acceptent les façons de M. Ould, ce n’est sûrement ni le pire des partenaires, ni le pire des fournisseurs, ni le pire des clients, ni le pire des employeurs !

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